Affichage des articles dont le libellé est Bob Dylan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bob Dylan. Afficher tous les articles

27/04/2009

SORTIES DE DISQUES - AVRIL 2009 (Leonard Cohen, Bob Dylan, Neil Young, Ramblin' Jack Elliott, Allen Toussaint, Booker T, Prince, Joe Bataan)

Leonard Cohen, Bob Dylan, Neil Young, Ramblin’ Jack Elliott, Allen Toussaint, Booker T, Prince ou encore Joe Bataan, autant de légendes vivantes qui publient ce mois-ci leurs nouveaux disques. Revue d’effectif sans concession.


Découvrez Bob Dylan!


Le retour sur scène de Leonard Cohen fait plutôt plaisir. Mais ce « Live in London » n’apportera rien de plus à ce que l’on connaissait déjà du poète aviné. Une voix, grave, superbe, des textes admirables mais des arrangements comme il ne devrait pas en exister. Comment un type qui s’habille si bien peut-il faire preuve d’aussi mauvais goût en matière de musique ! Cela restera pour toujours un mystère.

Un autre qui aurait mieux fait de s’abstenir, c’est Booker T, sans ses MG’s. Le clavier légendaire du label Stax de la grande époque, souvenez-vous, Green Onions, aligne sur son nouveau disque des compositions sans saveurs et des reprises inutiles (Hey Ya d’Outkast, Get Behind The Mule de Tom Waits). Même la guitare électrique de Neil Young sur Native New Yorker n’y peut rien, on s’ennuie ferme sur ce Potato Hole.

De son côté, le Canadien publie Fork In The Road, sorte de pendant discographique au Gran Torino de Clint Eastwood : pas déplaisant à l’écoute, plutôt efficace de temps à autre (Just Singing a Song), le disque est également sans surprise, assez lourd et traite d’un sujet absolument essentiel : la voiture écologique ! «Hit The Road » Neil !

Dans la série des grands chanteurs sur le déclin, celui pour qui on éprouve le plus de peine est Joe Bataan. Accompagné par un groupe indigent (Los Fulanos), le « King of Latin Soul » n’a visiblement plus beaucoup d’essence dans le réservoir. Son précédent come-back pour Call My Name paru en 2005 sur le label VampiSoul était déjà mi-figue mi-raisin mais celui-ci est carrément inécoutable. Bataan s’attaque une dernière fois à I Wish You Love, trente-cinq ans après sa magnifique première version du tube de Charles Trénet et s’effondre, à bout de force. Que reste-il de nos amours ?

Heureusement, plusieurs de ces grands anciens rattrapent le coup.
Lui n’est pas encore au « Hall of Fame » mais pourrait bien y être intronisé bientôt, tant son travail de production pour des monuments de la musique américaine (Solomon Burke, Bettye Lavette) est admirable
Auteur de la meilleur chanson du dernier Madeleine Peyroux (Love and Treachery), et surtout producteur des nouveaux disques de Ramblin’ Jack Elliott et Allen Toussaint, Joe Henry est l’homme de ce printemps.

Sur Bright Mississippi, le légendaire pianiste de la Nouvelle-Orléans joue des morceaux de Thelonious Monk, Duke Ellington, Django Reinhardt ou Sydney Bechet, accompagné par, excusez du peu, Marc Ribot Brad Mehldau, Joshua Redman, Don Byron ou encore Nicholas Payton. Pas une faute de goût, de la soul qui n’en aurait pas la forme, du jazz en fait, et surtout un sacré bonheur à l’écoute de ce disque d’Allen Toussaint qu’on devrait offrir à tous ceux qu’on aime.

Au même moment sort A Stranger Here de Ramblin’ Jack Elliott, lui aussi produit par Joe Henry. Ce dernier a proposé au chanteur folk héritier de Woody Guthrie et père artistique de Bob Dylan, 10 chansons de country blues datant de la Dépression des années 30.
Enregistré comme souvent dans le garage du producteur à Los Angeles avec, là aussi, une équipe de rêve, dont d’autres légendes comme l’arrangeur Van Dyke Parks ou le leader des Los Lobos David Hidalgo, on ne voit aucune faiblesse dans ces reprises de Blind Lemon Jefferson, Blind Willie Willie Johnson, Son House ou Tampa Red. Le disque prend même de la hauteur dans sa deuxième partie, avec les superbes Grinnin’ In Your Face, Falling Down Blues et How Long Blues avant de se conclure sur un monumental Please Remember Me, un blues de derrière les fagots aux discrètes notes de vibraphone.

L’excellente idée de faire appel à David Hidalgo semble avoir fait son chemin ces derniers mois. On retrouve en effet le leader des Los Lobos sur le nouveau Bob Dylan, Together Through Life. Titre et pochette sublime et deux premiers extraits, Beyond Here Lies Nothin’ et Feel a Change Comin’ On, qui, en plus d’être habités par l’accordéon tex-mex d’Hidalgo, sont d’ors et déjà les tubes de l’été.

Enfin, l’incorrigible Prince publie trois disques en même temps, pourquoi pas. Le premier, LotusFlow3r fait la part belle à la guitare, comme sur From The Lotus, une intro jazz-funk qui n’est pas sans rappeller la période The Rainbow Children, North/East/West/South du début des années 2000. Puis on navigue entre pop princière (Morning After, 4Ever), habituels hommages funk (Feel Good, Feel Better, Feel Wonderful) et instrumentaux inutiles (77 Beverly Park). Mais si LotusFlow3r n’est pas un chef d’oeuvre impérissable, il n’en reste pas moins le meilleur disque de Prince depuis The Rainbow Children en 2001. Car avec la sympathique $ ou la superbe Colonised Mind, on retrouve le Love Symbol à son meilleur niveau.
On ne sait en revanche trop quoi penser de Mplsound, à la fois insupportable par ses rythmes digitaux et son vocoder bon marché et en même temps renouant avec l’imparable exubérance kitsch du Prince des années 80.
Enfin, Elixer présente la nouvelle égérie de Prince, Bria Valente. Dotée d’une jolie voix sans être inoubliable, la chanteuse bénéficie surtout d’une poignée d’excellentes chansons signées de son mentor. Here Eye Come est un morceau RnB comme seul Prince peut en écrire, All This Love dégage un charme estival tandis que Something U Already Know est une excellente ballade nu soul. Mais Elixer vaut surtout pour son morceau du même nom, un duo exceptionnel entre Bria Valente et Prince. Crooner de charme, ce dernier remporte haut la main la palme de la séduction en musique, une catégorie pour laquelle n’a-t-il jamais eu de concurrence ?

18/10/2008

PLAT DU JOUR 17 - Ep.04 - B.B.King, Bob Dylan


T-Bone Burnett aux manettes, Jim Keltner derrière les fûts, il y avait très peu de chance que le nouvel album de B.B.King soit mauvais. Il est vraiment bon.
Aucune faute de goût dans la production, des musiciens parfaits, tout y est.
On peut alors goûter aux délices de piano bastringue servis par Dr John sur I Get So Weary ou My Love Is Down, discrètement accompagné de cuivres Nouvelle-Orléans, apprécier les classiques How Many More Years ou The World Go Wrong, emballer sur Waiting For Your Call et Blues Before Sunrise et trembler sur Backwater Blues et l’émouvant Tomorrow Night qui clôt l’album de la meilleure des manières.

B.B.KingGet These Blues Off Me



B.B.KingTomorrow Night



Une fois de plus, Burnett prouve qu’il est l’un des plus grands producteurs actuels, avec une touche personnelle et un sens du casting évident. Beaucoup devraient en prendre de la graine.



Le 8ème volume des « Bootlegs » de Bob Dylan, autre légende vivante, est sorti il y a quelques jours et c’est une toute autre histoire. On attendait beaucoup des sessions de Time Out of Mind, répétons-le, son meilleur disque. Mais à part l’excellent et terrifiant Dreamin’ Of You, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Une version alternative de Can’t Wait et deux morceaux, Mississippi et Marchin’ To The City venant juste rappeler l’atmosphère moite qui enveloppe le disque produit par Daniel Lanois en 1997.
On relèvera encore un émouvant Most of The Time issu des sessions de Oh Mercy, également produit par Lanois en 1989.
Mais il y a trop de morceaux quelconques sur ce Tell Tale Signs et pas grand-chose pour équilibrer la balance.

Bob Dylan - Marchin' To The City (Sessions Time Out of Mind) (Tell Tale Signs-Bootlegs Vol.08 2008, Columbia)

12/08/2008

PLAT DU JOUR 14 - Traveling Alone Ep.01 - Traveling Alone Mix




Spadee Sam presents – Traveling Alone Mix



01 - Myriam AlterWas It There (Where Is There 2007, Enja)
02 – Daniel ZamirLove (I Believe 2008, Tzadik)
03 – Corin CurschellasOlma de Vali (Grischunit 2008, TräumtonRecords)
04 – Simone Massaron and Carla BozulichDandelions on Fire (Dandelions on Fire 2008, LongSong)
05 – John MellencampDon’t Need This Body (Life, Death, Love and Freedom 2008, HearMusic)
06 – Corin CurschellasPinada (Grischunit 2008, TräumtonRecords)
07 – Ron SexmithTraveling Alone (Exit Strategy of The Soul 2008, YepRocRecords)
08 – Simone Massaron and Carla BozulichMy Hometown (Dandelions on Fire 2008, LongSong)
09 – John MellencampJohn Cockers (Life, Death, Love and Freedom 2008, HearMusic)
10 – Todd Sickafoose – Whistle (Tiny Resistors 2008, Cryptogramophone)
11 – Phantom Orchard feat.Maja S.RatkjeOmni (Orra 2008, Tzadik)
12 – Simone Massaron and Carla BozulichNever Saw Your Face (Dandelions On Fire 2008, LongSong)

01/08/2008

PLAT DU JOUR 13 - Dreamin' of You - Tony Scherr, Bob Dylan, Jenny Scheinman, Dan Zanes, Bobby Previte New Bump

Spadee Sam presents - Dreamin' of You Mix

01 - Tony Scherr - Shows a Little (Twist In The Wind 2008, SmellsLike Records)
02 - Dan Zanes and Friends feat.Marc Ribot - El Pescador (Nueva York 2008, FestivalFive Records)
03 - Bobby Previte and The New Bump - She Has Information (Set The Alarm for Monday 2008,Palmeto Records)
04 - Dan Zanes and Friends feat.Marc Ribot - El Botteloon (Nueva York 2008, FestivalFive Records)
05 - Tony Scherr - All That I Could Ask (Twist In The Wind 2008, SmellsLike Records)
06 - Jenny Scheinman - Hard Sole Shoe (Crossing The Field 2008, Koch Records)
07 - Bob Dylan - Dreamin' of You (Tell Tale Signals, Rare and Unreleased 1989-2006 2008, Columbia)
08 - Jenny Scheinman - Johnsburg, Illinois (Jenny Scheinman 2008, Koch Records)

Où l'on revient avec bonheur sur quelques musiciens déja évoqués il n'y a pas si longtemps.

Twist In The Wind est le second album du producteur, bassiste, guitariste et chanteur Tony Scherr. Meilleur que son prédécesseur Come Around, ce Twist In The Wind regorge de superbes chansons, entre rock urbain, blues rocailleux et riffs soul. On me reproche assez d'être négatif sur la plupart des horreurs dont on semble partout se régaler pour insister sur ceux qui trouvent grâce à mes yeux. Avec Tony Scherr, on tient un vrai musicien, dont l'apport à chacune de ses collaborations est remarquable. De Feist à Norah Jones, de Jenny Scheinman à Bill Frisell en passant par Sex Mob ou les Lounge Lizards, on peut tranquillement se passer de beaucoup de disques récents pour la discographie complète de Tony Scherr.

On l'a déja dit, c'est lui qui a excellement produit le premier album vocal de la violoniste Jenny Scheinman, un disque conclut par le Johnsburg,Illinois de Tom Waits.
Quant au nouvel album instrumental de Scheinman, Crossing The Field, c'est une merveille dont ce Hard Sole Shoe qui fait la part belle au piano de Jason Moran n'est qu'une des facettes.

On reste à New York avec la participation de Marc Ribot au dernier disque du coolissime ex Del Fuegos Dan Zanes. Sur Nueva York on entend aussi la chanteuse mexicaine Lila Downs, essentielle lorque l'on rend hommage à la culture latino-américaine et à son influence sur celle du nord. Festive, positive, la musique sur ce Nueva York est surtout excellente et en font un album chaudement recommandé.

De la musique latine également, comme suggérée sur She Has Information, sur le dernier disque du batteur Bobby Previte, entouré sur Set The Alarm for Monday du saxophoniste Ellery Eskelin, du trompettiste Steven Bernstein, du vibraphoniste Bill Ware et du contrebassiste Brad Jones.

Et puis Bob Dylan sera une fois de plus dans l'actualité à la rentrée, avec la sortie du huitième volume de ses bootlegs. Tell Tale Signals s'annonce passionnant, car sur ses trois disques, on pourra entendre des versions alternatives et des morceaux inédits datant des sessions du meilleur album de Dylan, Time Out of Mind, paru en 1997 et produit par Daniel Lanois. Soit l'un des plus grands disques de musique moite, caractéristique primordiale s'il en est. Et cet inédit Dreamin' of You, où Dylan chante admirablement (comme jamais?), constitue déjà un sacré apéritif.

27/06/2008

EN SOLDES ! T.Buckley,R.Nathanson,Prince,M.Gaye,R.Orbison,N.Springsteen,H.Lavoe,La Lupe,M.Santamaria,Baby Loves Jazz


Spadee Sam presents –After The Dance Mix

01 – The Baby Loves Jazz BandTen Little Monkeys (Go Baby Go 2006, Verve)
02 – Monguito Santamaria feat.Ronnie MarksCrying Time (Blackout 1970, Fania)
03 – Roy OrbisonBlue Angel (Lonely and Blue 1960, Monument/Legacy)
04 – Bruce Springsteen with The Sessions BandFurther Up (On The Road) (Live in Dublin 2007, Columbia)
05 – Roy NathansonHome (Sotto Voce 2006, AumFidelity)
06 – Marvin Gaye – I Wanna Be Where You Are (After The Dance) (I Want You , Motown)
07 – Hector LavoeTus Ojos (La Voz 1975, Fania)
08 – La LupeAlivio (They Call Me La Lupe 1966, Fania)
09 – PrinceRaspberry Beret (Around The World In a Day 1985 , Warner Bros.)


Profitez des soldes pour acheter des disques...
Le Baby Loves Jazz Band est un projet plutôt drôle puisqu’il s’agit de reprendre des chansons populaires pour enfants en version jazz. Sans se prendre le moins du monde au sérieux, le trompettiste Steven Bernstein (Sex Mob, Millenium Territory Orchestra) réunissait autour de lui en 2006 le saxophoniste Briggan Krauss (Sex Mob), le claviériste John Medeski (Medeski, Martin and Wood), le batteur Ben Perowsky (John Zorn, Dave Douglas), les contrebassistes Brad Jones (Marc Ribot Cubanos Postizos, Ornette Coleman), et Lennie Plaxico (Cassandra Wilson, Chet Baker), ainsi que les chanteurs Babi Floyd (Rolling Stones) et l’excellente Sharon Jones. Working on The Railroad, Old MacDonald, Ten Little Monkeys ou You Are My Sunshine sont ainsi réinterprétés, et l’album comporte une dizaine d’interludes musicaux explicatifs sur les différents instruments (la trompette, le piano, la batterie, etc). Les enfants qui fêtent leur anniversaire avec Go Baby Go dans la platine ont bien de la chance.

Trois albums issus du label Fania, le label essentiel du latin jazz des années 60 à 80.

Blackout, du pianiste Monguito Santamaria, fils de l’immense percussionniste cubain Mongo Santamaria, est un très bon disque. Si les morceaux en espagnol sont assez classiques, ceux, au nombre de quatre, chantés en anglais par Ronnie Marks sont excellents et ravissent les collectionneurs de morceaux latin jazz chantés en anglais dont on fait partie.
Si c'est également votre cas, pensez à jeter une oreille sur le I Need Her, a Latin Jazz Mix, en écoute sur le myspace de Spadee Sam, avec entre autres Chollo Rivera et Joe Bataan.

La Voz, paru en 1975, est le premier album sous son nom du grand chanteur Hector Lavoe, qui survole ce disque magnifique. La salsa à son sommet (arrangements de Willie Colon et Louie Ramirez, Ruben Blades aux chœurs), avec en final le génial Mi Gente, et des boléros à tomber, comme ce superbe Tus Ojos.
On notera que Milton Cardona, dont on avait parlé lors de l’article sur Kip Hanrahan dont il est un proche, est crédité aux congas.

Le troisième album Fania acheté ces jours-ci est They Call Me La Lupe. La Lupe est probablement la plus grande gueuleuse de l’histoire de la musique. Mais c’est aussi l’une des plus grandes interprètes de boleros, du genre à vous donner la chair de poule à chaque morceau. C’est encore le cas ici avec El Preso Numero Nueve, Pensando en Ti et Alivio, qui cohabitent avec les plus casse-gueules El Cascabel, l’America de West Side Story et la reprise du Dominique de Sœur Sourire !La Lupe, c’est aussi ces Oy brûlants comme une après-midi cubaine en plein soleil.

On évoquait Roy Orbison en retraçant la carrière de T-Bone Burnett.
Lonely and Blue, paru en 1960, est la quintessence du style d’Orbison, soit des ballades romantiques enrobées de cordes, au-dessus desquelles plane l’incroyable voix du chanteur, l’une des plus exceptionnelles de la musique populaire. Oh Happy Days !

Roy Orbison est cité par Bruce Springsteen sur le morceau Thunder Road (as the radio plays Roy Orbison singing for the lonely). On en avait déjà parlé il y a de cela plusieurs mois mais le live à Dublin de Springsteen et son « sessions band » est l’un des meilleurs disques, si ce n’est le meilleur, du boss. La version d’Atlantic City qui ouvre l’album est exceptionnelle et plusieurs autres morceaux sont du même niveau. Les musiciens sont excellents, on peut entendre Mark Anthony Thompson sur Eyes on The Prize et ce très beau Further On (Up The Road) ainsi que le superbe violon de Sam Bardfeld.

On retrouve ce dernier sur un autre disque essentiel, paru en 2006 sur le label Aum Fidelity. Sotto Voce, du saxophoniste Roy Nathanson est l’un des meilleurs projets de ces dernières années. Autour de lui, Sam Bardfeld donc au violon, Curtis Fowlkes au trombone, Tim Kiah à la contrebasse et Napoleon Maddox, que vous connaissez bien si vous lisez ce blog de temps à autres, à la « boîte à rythme humaine ». Ce dernier assure donc la partie rythmique, et Nathanson est aussi génial au saxophone que sur les parties vocales. Qui peut encore reprendre Sunny sans tomber dans le ridicule ? Maddox, lui, chante même sur Sunrise, Sunset, un morceau dont on laissera quand même la version définitive à Claudine Longet

On ne s’étendra pas sur Marvin Gaye et son I Want You produit par Leon Ware, autre grand sentimental, l’un des sommets de la musique soul, comme le sont la plupart des disques de Marvin Gaye. Disons juste que sur la version Deluxe se trouve I Wanna Be Where You Are (After The Dance), et cela devrait être suffisant pour vous convaincre d’acquérir ce disque.

Enfin, Around The World in a Day, la cuvée 1985 de Prince. Pas son plus grand disque, c’est sûr, la production d’époque fait souffrir. Mais rien que pour Raspberry Beret, difficile de regretter l’achat. On parle rarement de ce qui fait la force de Prince, et qui pourrait être le dénominateur commun des plus grands de la musique populaire. Oui, comme chez Debussy ou Dylan, ce qui fait la différence, c’est le sens du rythme, du phrasé, une manière de tisser d'incroyables lignes mélodiques. Il y a chez ces musiciens la même façon de partir dans une phrase et de retomber naturellement au moment parfait. Ecoutez le deuxième couplet de Raspberry Beret et vous entendrez Dylan dans la voix et dans le rythme (If I planned 2 do her any harm). Cette perfection dans le rythme de la mélodie, on la retrouve à maintes reprises chez Prince, par exemple sur Joy in Repetition. On lui consacrera bientôt plus de temps.


En bonus, le premier DVD sur Tim Buckley, My Fleeting House, sorti chez Manifesto. Autant dire que si vous aimez la musique, il faut vous précipitez sur l’occasion de voir rassembler toutes les images de Tim Buckley en concert. Tim Buckley est l’un des plus grands génies de la musique du XXème siècle. Alors que l’on en fait des tonnes sur Zappa, on parle beaucoup moins du père de Jeff, qui a pourtant en moins d'une dizaine d'années repoussé toutes les limites. Chanteur fabuleux et bien moins agaçant que son fils, extraordinaire musicien, on peut voir sur ce documentaire l’évolution de son style depuis le folk des débuts jusqu’au funk salace des derniers jours, en passant par le free jazz. On peut penser que Tim Buckley est l’un des plus grands chanteurs de jazz.
Et puis il y a ce moment surréaliste où Buckley, assis sur l’un des fauteuils de l'émission de Steve Allen après avoir chanté Morning Glory, semble perdu et affligé par la conversation entre le présentateur et l’une des invités qui lui parle de… sa coupe de cheveux !

Tim Buckley
- Live Boboquivari

25/06/2008

PLAT DU JOUR 11 - Ry Cooder, Elvis Costello, Lylie Auldist, Tricky, Randy Newman, Solomon Burke




Spadee Sam presents - Plat du Jour 11 Mix



01 – Elvis Costello and The ImpostersDrum and Bone (Momofuku 2008, Universal)
02 – Kylie Auldist with The BamboosCommunity Service Annoucement (Just Say 2008, TruThoughts)
03 – TrickyC’mon Baby (Knowle West Boy 2008, Pias)
04 – Ry CooderPink-o-Boogie (I, Flathead 2008, Nonesuch)
05 – Solomon BurkeUnderstanding (Like a Fire 2008, ShoutFactory)
06 – Randy NewmanHarps and Angels (Harps and Angels 2008, Nonesuch)
07 – Elvis Costello and The ImpostersHarry Worth (Momofuku 2008, Universal)
08 – Ry CooderCan I Smoke in Here (I, Flathead 2008, Nonesuch)
09 – Randy NewmanOnly a Girl (Harps and Angels 2008, Nonesuch)
10 – Matthew ShippThe Sweet Science (Right Hemisphere 2008, RogueArt)



Avec Elvis Costello, Solomon Burke, Ry Cooder, ou Randy Newman, ce sont des poids lourds de la musique populaire dont les disques sont ou s’apprètent à sortir ces temps-ci.

Le plus lourd des trois est sans conteste le roi Solomon, qui, de son trône, offre Like a Fire à un public dont on fait partie. Mais passée une première écoute rapide et prometteuse, on repère petit à petit les grosses ficelles qui font sombrer l’album dans le superficiel. Avec Eric Clapton ou Ben Harper à l’origine de certains des morceaux, il y avait honnêtement peu d’espoir de marquer les esprits. Surtout depuis l’exceptionnel Don’t Give Up On Me (Anti), qui, en 2002, avait vu le retour aux affaires de Burke. Mais sur ce dernier, c'était Joe Henry qui était aux manettes, et les chansons étaient signées du même Henry, de Tom Waits, Bob Dylan, Elvis Costello, Brian Wilson ou Dan Penn avec des musiciens qui avaient pour noms Jay Bellerose ou Chris Bruce. Un autre monde. Ici, la couche de vernis appliquée au disque par le producteur Steve Jordan ne tient pas les premières pluies et seule la voix, à jamais superbe, de Solomon Burke, survit à l’effondrement de l’édifice.

Solomon BurkeFlesh and Blood (Joe Henry)

Elvis Costello lui, va droit au but. Momofuku est un disque de rock direct, bien produit et si l’on est d’humeur à supporter la voix de canard à bout de souffle de Costello, c’est avec plaisir que l’on écoute un album qui débute teigneux, finit romantique, et regorge comme souvent d’excellentes chansons.

Signons vite une pétition pour l’amélioration des arrangements sur les disques pop. Le prochain Randy Newman, Harps and Angels souffre sacrément de ces affreuses vaguelettes de cordes, les mêmes qui pourissent quantité de films. Sinon, l’impression dominante est d’être dans un disque, poli, du Tom Waits de la fin des années 70, Blue Valentine ou Heartattack and Vine.
Agréable à écouter, suffisamment court pour ne pas trop s’y ennuyer, les textes canailles de l’extraordinaire parolier qu’est Newman sont beaucoup plus savoureux que la musique sur ce Harps and Angels , loin tout de même d'être un mauvais disque.




Randy NewmanA Few Words in Defense of Our Country

On sursaute en entendant la première plage du nouveau Tricky. Un motif de piano et la voix d’outre-tombe du chanteur font espérer le retour à la complexité tordue des premiers albums. Et puis, une chanteuse r’n’b et un gros riff qui tache viennent gâcher le plaisir. Puppy Toy, où le parfait résumé d’un très inégal Knowle West Boy. La flamme rallumée sur Coalition, moite à souhait, et pour le reste, des horreurs comme plusieurs raggas ridicules (Baccative, Balgaga), l’hommage pathétique à Hooverphonic (Past Mistake), ou du r’n’b à l’arrêt (Veronika). Frustrant.

TrickyPuppy Toy, Live at Jools Holland

Deux catégories semblent s’être formées dans le monde des nouvelles chanteuses soul. Les « populaires », avec Amy Winehouse bien sûr, puis Duffy, Adele et d’autres d’un côté, et les « alternatives », avec Sharon Jones, Alice Russell, Nicole Willis et désormais Kylie Auldist. Accompagnée par le groupe australien The Bamboos, cette dernière publie sur le label TruThoughts, Just Say, son premier album. On va la faire courte, c’est du déjà entendu mille fois. On peut néanmoins parfaitement l’entendre encore un peu si on nous sert des morceaux aussi bons que Community Service Annoucement ou No Use. En revanche, la reprise de Everybody Here Wants You de Jeff Buckley est dispensable. Surtout que c’est l’un des seuls morceaux de Buckley fils que l’on arrive encore à écouter. En tout cas, Just Say est plus que recommandable.

Pour terminer, Ry Cooder conclue sa trilogie californienne avec I, Flathead, qui, sans égaler le fantastique Chavez Ravine, est bien meilleur que le décevant My Name is Buddy, paru l’an dernier. Jim Keltner est toujours à la batterie et la musique cinématographique servie par Cooder est un très bon exemple de ce qu’on apprécie par ici. Un son chaud, de la musique riche à tous les niveaux, des histoires (Steel Guitar Heaven), de l’éclectisme, de l’humour (Johnny Cash), de la finesse (My Dwarf is Getting Tired), du rêve (Little Trona Girl). I, Flathead, un disque où l’on ne s’ennuie pas un instant. Pouvez-vous en citer beaucoup d’autres en ce moment ?

Ry CooderDown in Mississippi (JB Lenoir)


21/06/2008

JENNY SCHEINMAN, Un 21 juin entre San Francisco et New York


SPADEE SAM presents – June 21; a Jenny Scheinman Mix

01 – Jenny ScheinmanShame, Shame, Shame (Jenny Scheinman 2008, Koch)
02 – Jenny ScheinmanSeating of The Bride (The Rabbi’s Lover 2002, Tzadik)
03 – Charming HostessKlezsex (Eat 1999, Vaccination)
04 – Scott Amendola BandOladipo (Believe 2005, Cryptogramophone)
05 – Vinicius CantuariaChuva (Cymbals 2007, Naive)
06 – Marta TopferovaSemana Azul (La Marea 2005, WorldVillage)
07 – Vinicius CantuariaIrapurù (Vinicius 2001, TransparentMusic)
08 – Jenny ScheinmanTango for Luna (Shalagaster 2004, Tzadik)
09 – Doug WieselmanTango (Dimly Lit-Collected Soundtracks 1996-2002 2003, Tzadik)
10 – Bill FrisellAnywhere Road (The Intercontinentals 2003, Nonesuch)
11 – Scott Amendola BandHis Eye Is On The Sparrow (Cry 2003, Cryptogramophone)
12 – Bill FrisellHymn for Ginsberg (Unspeakable 2004, Nonesuch)
13 – Jenny ScheinmanJune 21 (12 Songs 2005, Cryptogramophone)
14 – Vinicius CantuariaCubanos Postizos (Live at The Skirball Center 2003, Kufala)
15 – Jenny ScheinmanMilk Bottle (Shalagaster 2004, Tzadik)
16 – Carla Bozulich feat.Willie NelsonCan I Sleep in Your Arms (Red-Headed Stranger 2003, DiChristineStairBuilders)
17 – Norah JonesI’ve Got To See You Again (Come Away With Me 2002, BlueNote)
18 – Jenny ScheinmanThe Burro (The Rabbi’s Lover 2002, Tzadik)



C’est en 2002 qu'on fit véritablement connaissance avec la violoniste américaine Jenny Scheinman. Cette même année paraissaient en effet The Rabbi’s Lover chez Tzadik, ainsi que Come Away with Me, l’album de son amie Norah Jones, auquel elle participait.
Ce n’était pas son premier disque, mais The Rabbi’s Lover, paru dans la série Radical Jewish Culture du label Tzadik, marqua l’apparition de la musicienne sur le devant de la scène new-yorkaise. Autour d’elle , pour célébrer la maîtresse du rabbin, rien de moins que Greg Cohen et Trevor Dunn à la contrebasse, Kenny Wollesen à la batterie, Russ Johnson à la trompette et Adam Levy à la guitare. On retrouvait les mêmes sur le premier album de Norah Jones, qui s’il n’était pas le disque le plus aventureux du siècle avait pour lui de contenir d’excellentes chansons, jouées par de non moins excellents musiciens (Bill Frisell, Brian Blade, Rob Burger, Tony Scherr).

A la fin des années 90, Jenny Scheinman s’installe définitivement à New York. Auparavant, elle grandit et apprit la musique à San Francisco. C’est là qu’elle devint professionnelle et qu’elle intègra la formation du batteur Scott Amendola, pour trois excellents disques (deux d’entre eux sur le label Cryptogramophone), avec également le guitariste Nels Cline. Dans le Scott Amendola Band, on pouvait déjà entendre dans son jeu de violon un sens de la mélodie de l'espace remarquable.


Scott Amendola Band
avec Nels Cline et Jenny Scheinman - Live 2007
Nels Cline et Jenny Scheinman - Live


Elle fait la rencontre de Lee Townsend, patron du label Nonesuch, et ce dernier lui présente le guitariste Bill Frisell, avec qui va débuter une étroite collaboration artistique. Depuis dix ans, Jenny Scheinman est ainsi de tous les projets avec cordes du guitariste.


Bill Frisell
Band avec Jenny Scheinman - Sugar Baby, Live


On retrouvera à plusieurs reprises le duo Frisell/Scheinman avec le chanteur-guitariste brésilien Vinicius Cantuaria, par exemple sur le magnifique Vincius, paru en 2001, sur lequel interviennent également Caetano Veloso, le bassiste Marc Johnson, Marc Ribot ou le trompettiste Michael Leonhardt. Cantuaria, installé depuis de nombreuses années à New York, est membre avec Scheinman du beau projet de Frisell, The Intercontinentals.
Leur collaboration trouve son sommet sur le disque Live at the Skirball Center, enregistré en 2003, probablement l’un des plus beaux disques jamais enregistré en concert. La rythmique basse (Sergio Brandao) / percussions (Paulo Braga à la batterie, Nanny Assis aux percussions) est extraordinaire, et les mélodies de la violoniste accompagnent à merveille le jeu de guitare économe et subtil de Vinicius Cantuaria.


Marta Topferova
avec Jenny Scheinman - Live

L’un des fidèles de Bill Frisell est le multi instrumentiste Tony Scherr. C’est lui qui tient la basse sur son dernier disque, History Mystery, ou Scheinman est également présente au sein d’un trio de cordes comprenant aussi Eyvind Kang et Hank Roberts.
Tony Scherr est membre de Sex Mob, l’une des formations du trompettiste Steven Bernstein. C’est aussi un excellent guitariste, chanteur (deux albums dont le dernier, Twist in the Wind, est sorti il y a quelques semaines sur Smells Like Records, et comporte entre autres le superbe I Could Understand) et un producteur recherché. Il s’est donc occupé du premier disque vocal de Jenny Scheinman, paru il y a quelques jours chez Koch et qui, à l’instar de son amie Norah Jones, montre le goût de la violoniste pour les chansons américaines, celles écrites par Bob Dylan, Lucinda Williams ou Tom Waits.


Tony Scherr
- I Could Understand, Live at the Ballroom 2008


De San Francisco à New York, le voyage est long. Pour la route, en plus des disques de Jenny Scheinman, le recueil de nouvelles de Sam Shepard, Ballade au Paradis (Crusing Paradise 1996) (ed.Pavillons Robert Laffont 1997), ferait un excellent compagnon de route.

01/06/2008

SEPT FOIS PLUS CHAUD QUE LE FEU, ou T-Bone Burnett, musicien et producteur américain


Spadee Sam presents – A T-Bone Burnett Mix

01 – T-Bone BurnettEvery Time I Feel The Shift (The True False Identity 2006, Sony)
02 – Robert Plant and Alison KraussRich Woman (Raising Sand 2007, Rounder)
03 – Cassandra WilsonPoet (Thunderbird 2006, Blue Note)
04 – T-Bone BurnettHollywood Mecca of The Movies (The True False Identity 2006, Sony)
05 – T-Bone Burnett with Jade VincentMan, Don’t Dog Your Woman (The Soul of a Man 2003, Sony)
06 – Vincent and Mr Green - $2.50 (Vincent and Mr Green 2004, Ipecac)
07 – Vincent and Mr GreenLike You (Vincent and Mr Green 2004, Ipecac)
08 – Sam Phillips with Marc RibotIncinerator (Fan Dance 2001, Nonesuch)
09 – The Alpha BandTick Tock (The Statue Makers of Hollywood 1978, Arista)
10 – T-Bone BurnettIt’s Not Too Late (The Criminal Under My Own Hat 1992, Sony)
11 – Joe HenryJohn Hanging (Shuffletown 1990, Mammoth)
12 – T-Bone BurnettCriminals (The Criminal Under My Own Hat 1992, Sony)
13 – Roy OrbisonShe’s a Mystery To Me (Mystery Girl 1989, Virgin)
14 – Joe HenryBen Turpin In The Army (Shuffletown 1990, Mammoth)
15 – The Legendary Stardust CowboyI Took a Trip (Ona Space Shuttle) (Paralysed, His Vintage Recordings 1968-1981)


Depuis Los Angeles, où il s’installe définitivement au début des années 70, Joseph Henry « T-Bone » Burnett se fait d’abord connaître en accompagnant Bob Dylan dans son Rolling Thunder Review Tour, puis avec son propre groupe, The Alpha Band, qui publie entre 1976 et 1978 sur le label Arista, trois albums dispensables.

Bob Dylan feat.T-Bone BurnettShelter from The Storm (Live 1976) (Burnett en bleu à la guitare)

Burnett commence alors une carrière solo, dont la discographie affichera en 1992 cinq albums, mélanges de country, new wave, pop, rock et blues, tous signes d'une immense culture musicale, et dont les résultats parfois mitigés ne seront pas toujours négligeables, comme avec l’excellent The Criminal Under My Own Hat, paru en 1992.

T-Bone Burnett feat.Marc RibotEvery Little Thing (Live 1992)

En parallèle de ses disques solo, T-Bone produit des disques pour Elvis Costello, Los Lobos, sa compagne Sam Phillips, et surtout, à la fin des années 80, pour le roi des cœurs brisés et de la nuit californienne, Roy Orbison. Quelques mois avant sa mort, ce dernier grave Mystery Girl, qui contient des tubes comme You Got It, California Blue ou l’extraordinaire chanson qui donne son titre à l’album, composée par Bono et The Edge :

Roy OrbisonYou Got It
Roy OrbisonCalifornia Blue

Elvis CostelloKing of America (1986)
Sam PhillipsI Need Love (1994
Los LobosDon’t Worry Baby (1984)

Burnett est le directeur artistique du dernier testament d’Orbison, le concert Black and White Night, qui voit Costello, Bruce Springsteen, Tom Waits ou K.D.Lang entourer l’homme aux lunettes noires.

Roy OrbisonIn Dreams (Black and White night)
Roy OrbisonCrying (Black and White Night)

(la scène du théatre dans Mulholland Drive de David Lynch...Llorando)
Roy OrbisonPretty Woman (Black and White Night)

En 1990, le bénéficiaire des talents de producteur de Burnett est Joe Henry, sur Shuffletown, le meilleur disque de sa première période, sur lequel on entend entre autres le trompettiste Don Cherry. Pas mal quand on sait que dix ans plus tard, sur Scar, c’est Ornette Coleman qui sera de la partie.

Après The Criminal Under My Own Hat en 1992, un disque nommé aux Grammy Awards, Burnett décide de stopper sa carrière discographique. Plus rien à dire. Il endosse alors la casquette de producteur, qu’il va garder à temps plein pendant une quinzaine d’années.
De l’énorme succès américain des affreux Wallflowers, le groupe de Jakob Dylan, fils de Robert, jusqu’au Mr Jones des Counting Crows, matraqué jusqu’à l’écoeurement par les radios dans les années 90, de Eels à Joseph Arthur (mais que sont-ils devenus ?), Burnett est derrière un grand nombre de succès commerciaux, pas tous géniaux certes, mais pas non plus honteux.

The Counting CrowsMr.Jones

Il participe également au succès du film des frères Coen, O Brother Where Art Thou (avec George Clooney/Clark Gable), en tant que conseiller musical.

Man of Constant Sorrow (O Brother Where Art Thou)

Burnett remet le couvert pour Ladyillers, le film suivant des Coen (avec Tom Hanks) puis pour Walk The Line, le film moyennement biographique sur Johnny Cash avec Joaquin Phoenix.

Walk The Line trailer


2006 est l’année charnière pour Burnett. Il liquide la première partie de sa carrière avec le best of Twenty Twenty, The Essential T-Bone Burnett.
Au même moment paraît The True False Identity, son premier disque depuis 15 ans, où l’on retrouve la guitare de Marc Ribot, omniprésente tout au long du disque, et une production superbe, fruit d’une recherche sur le son commencée depuis plusieurs années. Un son en « 3D », large et chaud, au milieu duquel la voix de Burnett évolue avec un phrasé qui doit autant à Roy Orbison qu’à Bob Dylan et qui flirte, comme Dylan du reste, avec celui du hip-hop.
Exemple avec le morceau Palestine Texas :

T-Bone BurnettPalestine Texas

True False Identity est un disque superbe, tout en rythmes, imprimés par les batteurs Jay Bellerose et Jim Keltner. Le son de guitare de Ribot est parfait et l’enveloppe sonore que crée Burnett autour de ses chansons est une merveille.

T-Bone BurnettEarlier Baghdad (The Bounce)

C’est du reste la qualité sonore de Raising Sand, l’album de Robert Plant et d’Alison Krauss, paru il y a quelques mois et produit par Burnett, qui en fait une réussite.

Robert Plant and Alison KraussRich Woman (Live 2007)

Rich Woman est ainsi le parfait exemple de l’univers sonore du producteur. Un grain unique, des couches de sons multiples, des instruments doublés ou triplés et au final, une impression d’espace, mais une musique très proche. Le but de Burnett, « donner l’impression à l’auditeur qu’il est assis au milieu de la pièce où jouent les musiciens » est atteint.

Avant Raising Sand et la même année que The True False Identity, Burnett produit Thunderbird, le meilleur album de la chanteuse Cassandra Wilson. Musiciens de luxe encore une fois, avec les guitaristes Marc Ribot et Colin Lindell, les batteurs Jay Bellerose et Jim Keltner, le fidèle contrebassiste de Wilson, Reginald Veal et, comme sur son propre disque, le claviériste Keefus Ciancia.
C’est ce dernier qui amène la touche hip-hop/trip-hop dans ces deux disques, sur Closer To You, It Would Be So Easy, Strike a Match ou Poet chez Wilson, Palestine Texas chez Burnett.
Keefus Ciancia, membre du groupe P-funk Weapons of Choice, est également partenaire de la chanteuse Jade Vincent dans le projet Vincent and Mr Green, dont l’unique album à ce jour, paru en 2004 sur le label de Mike Patton, Ipecac, est un très bon disque de folk trip-hop tordu et lynchien.
Thunderbird se termine quant à lui par Tarot, un morceau aimanté par le fabuleux solo d’harmonica de Grégoire Maret.

Plutôt que sur son dernier disque, le très moyen Loverly, précipitez-vous sur Thunderbird, un grand disque de blues par Cassandra Wilson.


Cassandra Wilson - Easy Rider / Go to Mexico (Live in Basel 2006, AVO Sessions)

Et alors que sort ces temps-çi sur le label Nonesuch le nouvel album de T-Bone Burnett, l'inégal Tooth of Crime, et que s’apprête à paraître sur le même label celui de la chanteuse Sam Phillips, revenons aux tous débuts, quand Burnett produisait les Legendary Stardust Cowboy, en tous points légendaires :

Legendary Stardust CowboyGemini Spaceship (Live 2007)
Legendary Stardust CowboyHey Hey It’s Saturday

Après ça …

04/04/2008

WHAT IS SOUL, Lizz Wright et quelques chanteuses sur KCRW



Comme les deux précédents, le nouvel album de Lizz Wright, The Orchard (Verve), souffre de la production trop lisse de Craig Street.
Le 10 mars, dans l’émission Morning Becomes Eclectic que présente depuis Los Angeles Nic Harcourt sur KCRW, la chanteuse s'affichait sans la couche de vernis appliquée à ses enregistrements studio.

http://www.kcrw.com/music/programs/mb/mb080310lizz_wright

1 – Old Man
2 – I Idolize You
3 – Another Angel
4 – Interview
5 – This Is
6 – Coming Home
7 – Thank You


Et pendant cette session d'une demi-heure Lizz Wright est au sommet. De la soul comme elle est l'une des seules à en pouvoir en chanter aujourd'hui, d'une déconcertante facilité et d'une incroyable sensualité à chacun de ses mouvements, de ses intonations de voix. Avec son groupe, dont l'excellent guitariste Oren "Spaceship" Bloedow (Elysian Fields, Lounge Lizards, Meshell Ndegeocello), elle reprend Old Man de Neil Young, I Idolize You d'Ike Turner et Thank you de Led Zeppelin, en plus de ses propres compositions comme Another Angel et This Is, qui finit sur un dialogue très réussi entre Wright et sa choriste.
D'où cette question : pourquoi faire des disques si tristes et ennuyeux quand on a un tel potentiel ?
Pendant l'interview de la chanteuse par Nic Harcourt, on en apprend un peu plus sur le processus d'enregistrement de The Orchard, et sont cités Joey Burns et John Convertino du groupe Calexico, ainsi que la chanteuse et guitariste Toshi Reagon, qui a co-écrit le très beau Coming Home. Cette dernière, également coollaboratrice régulière de Mark Anthony Thompson alias Chocolate Genius, est la fille de la chanteuse activiste Bernice Johnson Reagon, militante pour les droits civiques et la cause afro-américaine depuis de nombreuses années.


01 – Bernice Johnson ReagonHad, Took, Misled (Give Your Hands To Struggle 1975, ParedonRecords)
02 – FunkadelicWhat Is Soul (Funkadelic 1970, Westbound)
03 – Simon Dupree and Big SoundWhat Is Soul (Kites 60’s, SeeForMilesRecords)
04 – Toshi Reagon22 Hours (Have You Heard 2005, RighteousBabe)
05 – Chocolate Genius Inc.Chasing Strange (Black Yankee Rock 2005, CommotionRecords)
06 – M.WardWhat Is a Soul (Big Change-Songs for Finca 2007)
07 – Lizz WrightChasing Strange (Dreaming Wide Awake 2005, Verve)
08 – Bernice Johnson ReagonCotton Needed Pickin’So Bad
09 – Bernice Johnson ReagonOld Ship of Zion (Give Your Hands To Struggle 1975, ParedonRecords)
10 – Sam CookeRunning Out Tape (Portrait of a Legend 2003, Abkco)



Dans la compétition opposant plusieurs "nouvelles" jeunes chanteuses soul, l'anglaise Adele a largement pris le dessus sur l'agaçante galloise Duffy,
au vu de leurs sessions respectives dans Morning Becomes Eclectic.
Duffy : http://www.kcrw.com/music/programs/mb/mb080314duffy

Adele : http://www.kcrw.com/music/programs/mb/mb080321adele

Adele arrive à séduire par son naturel et sa décontraction. On peut imaginer la revoir un jour si la musique suit. En attendant, elle reprend To Make You Feel My Love de Bob Dylan, un morceau de Time Out of Mind (Columbia 1997).

Pour finir, une qui s’est mise tardivement à la soul c’est l'agitée mais ravissante Chan Marshall alias Cat Power, franchement hilarante pendant sa session où elle interprète des morceaux de son dernier disque Jukebox. Une très belle voix, mais on a du mal à se passionner pour des morceaux dont les versions originales sont pour la plupart insurpassables.
Dan Penn, l’auteur de Dark End of The Street (Cat Power s’interroge d’ailleurs là-dessus pendant l’interview), disait « on me demande souvent quel interprète je préfère pour chanter cette chanson, comme s’il y en avait eu un autre que James Carr ».

Cat Power : http://www.kcrw.com/music/programs/mb/mb080229cat_power

31/03/2008

JEM COHEN et la Constellation Patti Smith



Photo : Claudia Marschal


A l'occasion de Land 250, l'exposition de Patti Smith à la Fondation Cartier, intéressons-nous à quelques artistes qui gravitent depuis de nombreuses années autour de la chanteuse.

Pour commencer, on ne parlera pas ici du photographe Robert Mapplethorpe, dont vous pouvez consulter les photographies à cette adresse : The Robert Mapplethorpe Foundation, Inc.

Pas non plus de l’écrivain et journaliste Nick Tosches, qui, il y a quelques années, avait participé avec Patti Smith à une superbe soirée de « musique et poésie » à Beaubourg. En passant, notons quand même qu’avec Les Héros Oubliés du rock n’roll (éd.10/18), Tosches a écrit le meilleur livre de tous les temps sur la musique, tandis que ses biographies de Dean Martin et de Jerry Lee Lewis sont du même niveau.

Mais on peut dire quelques mots sur Fred "Sonic" Smith, l’un des mari de Patti Smith, et plus généralement sur quelques musiciens qui l’ont et continuent à l’entourer.


SPADEE SAM presents – Patti Smith Mix


01 – MC5Gotta Kepp Movin’ (High Time 1971, Rhino/WEA)
02 – Patti SmithPumping (My Heart) (Radio Ethiopia 1976, Arista)
03 – TelevisionMarquee Moon (Marquee Moon 1977, Elektra/WEA)
04 – MC5The American Ruse (Back In The USA 1970, Rhino/WEA)
05 – Patti SmithGlitter In Their Eyes (Gung Ho 2000, Arista)
06 – Patti SmithRedondo Beach (Horses 1975, Arista)
07 – MC5 Let Me Try (Back In The USA 1970, Rhino/WEA)
08 – Patti Smith with Lenny Kaye and Thurston MooreThe Last Hotel (Kicks Joy Darkness-Tribute to Jack Kerouac 1997, Rykodisc)
09 – Tom VerlaineHeavenly Charm (Songs and Other Things 2006, ThrillJockey)
10 – Tom Verlaine and The Million Dollar BashersCold Irons Bound (I’m Not There OST 2007 Sony)
11 – Tom VerlaineDepot (1957) (Warm and Cool 1992/2006, Thrill Jockey)


Le MC5, que Fred « Sonic » Smith a fondé avec un autre guitariste, Wayne Kramer, fut l’un des groupes précurseurs du hard rock et du punk.
Chez les Motor City 5 de Detroit, le rock n’roll, la pop et la musique soul (Let Me Try) sont les ingrédients qui, avec un humour, une énergie et un engagement très à gauche, rendent savoureuse l’écoute de leurs trois albums, Kick Out The Jams "Motherfucker " en 1969, Back in the USA en 1970 et High Time en 1971. Le groupe se sépare en 1972 et Fred Smith monte quelques années plus tard le Sonic’s Rendez-Vous Band, avant de se retirer des affaires et d’épouser Patti Smith, avec qui il restera jusqu’à sa mort en 1994.


Tom Verlaine est quant à lui le guitariste et chanteur du groupe Television, fondé en 1973 à New York avec le chanteur Richard Hell (qui quittera rapidement le navire pour fonder Richard Hell and The Voidoids), et qui trouva sa vitesse de croisière avec le guitariste Richard Lloyd.
Leur premier album et chef d’œuvre , Marquee Moon, paraît en 1977 et mélange influences punk, rock psychédélique (les solos de guitare de Jerry Garcia dans le Grateful Dead), musique surf (Dick Dale, The Ventures) et free jazz.
Après l’arrêt de Television à la fin des années 70, Tom Verlaine commence une carrière solo qui n’est pas sans intérêt.
Il participe également à des disques de Patti Smith (Gone Again notamment), a produit les morceaux qui devaient former le deuxième disque de Jeff Buckley, et a participé en 2007 à la B.O. du film de Todd Haynes autour de Bob Dylan, I’m Not There.


Depuis de nombreuses années, la guitare de Lenny Kaye accompagne Patti Smith sur ses albums et en concert. Il a également produit en 1994 le superbe premier album solo de Kristin Hersh. La chanteuse y reçoit le soutien de Michael Stipe, le chanteur de R.E.M. sur Ghosts. Mais Houdini Blues, Teeth, Sundrops, A Loon, Tuesday Night ou The Cuckoo sont autant de morceaux à fleur de peau, fantastiques et acoustiques, qui font de cet album l'un des disques incontournables des années 90.

Avec R.E.M., Michael Stipe invite Patti Smith en 1996 sur l’album New Adventures in Hi-Fi. On entend sa voix sur E-Bow The Letter, un morceau encore meilleur avec le clip qui l’accompagne :

R.E.M. :
E-Bow The Letter

C'est le réalisateur indépendant Jem Cohen qui en est l'auteur. Ce dernier a grandement participé à l'installation de l’exposition Land 250 de la Fondation Cartier aux côtés de Patti Smith elle-même, en plus d'avoir réalisé son dernier clip, celui de sa reprise du Smells Like Teen Spirit de Nirvana, sur l'album Twelve.

Patti Smith : Smells Like Teen Spirit



Spadee Sam presentsDreaming My Dream Mix http://media.putfile.com/Spadee-Sam-presents---Dreaming-My-Dream-Mix

01 – Kristin Hersh feat.Michael StipeYour Ghost (Hips and Makers 1994, Reprise/WEA)
02 – R.EM.Houston (Accelerate, 2008, Warner Bros/WEA)
03 – Evangelista (Carla Bozulich)– Lucky Lucky Luck (Hello, Voyager 2008, Constellation)
04 – The QuaversDevil's Shoes (Lit By Your Phone 2007 , ShinyLittle Records)
05 – Vic ChesnuttYou Are Never Alone (North Star Deserter 2007, Constellation)
06 – SmokeAwake (Heaven On a Popsicle Stick 1995, LongPlay)
07 – The Cowboy Junkies feat.Vic ChesnuttDreaming My Dreams (Trinity Revisited, 2007 ZoeRecords)
08 – SmokeDream (for Dana) (Heaven On a Posicle Stick 1995, LongPlay)
09 – SmokeHan Aaron (Heaven On a Popsicle Stick 1995, LongPlay)

Jem Cohen a tourné d’autres clips pour R.E.M, tous aussi beaux les uns que les autres :

Talk About The Passion , sur Murmur en 1983,
Country Feedback , sur Out of Time en 1991,
Belong , également sur Out of Time,
ou Nightswimming , sur Automatic for The People en 1992.

Mais aussi pour Jonathan Richman en 1996 avec

I Was Dancing In The Lesbian Bar

Il a également filmé les excellents Elliott Smith (Lucky Three, 12min.), et Cat Power (From Fur City (Live)).

On peut se faire une idée de son travail de réalisateur de documentaire en regardant Free, réalisé en 2007, ou un extrait du superbe Lost Book Found (10min.).

La liste complète de ses films est consultable sur : http://jemcohenfilms.com/



En 2000, Jem Cohen a réalisé un documentaire sur Benjamin, chanteur et leader du groupe underground Smoke, où l'on découvre un personnage excentrique, travesti punk dont la voix proche de celle de Tom Waits se révèle néanmoins d'une grande douceur. Benjamin mourra du sida en 1999. D’excellentes critiques et plusieurs prix dans les festivals ont récompensé ce film magnifique.

Benjamin Smoke, de Jem Cohen et Peter Sillen.


Très récemment, Jem Cohen a produit North Star Deserter, le dernier disque du chanteur américain Vic Chesnutt. Un disque fabuleux, d’une tension incroyable, l’un des meilleur album de l’année passée. Pour ce disque, le réalisateur/producteur a proposé à Chesnutt d'enregistrer à Montréal avec des musiciens proches du label Constellation. Bien lui en a pris car les montées en puissance sonore provoquées par les membres de groupes comme Godspeed You Black Emperor, A Silver Mt. Zion ou The Quavers offrent un climat de tension musicale idéale pour la voix et les chansons de Chesnutt. Les morceaux de bravoure dépassant les cinq minutes alternent judicieusement avec de plus courtes chansons acoustiques ou encore avec ce merveilleux morceau soul, You Are Never Alone. Si Jem Cohen a proposé ses services à Vic Chesnutt, c'est parce qu'il ne trouvait pas très bons les précédents disques du chanteur. Pourtant, Ghetto Bells, paru en 2005, était un disque remarquable, et voyait l'apport du guitariste Bill Frisell. Jem Cohen a en tout cas parfaitement réussi sur North Star Deserter à mettre en valeur la puissance dramatique dont est imprégnée la musique de Vic Chesnutt.
Celle-ci semble encore plus s’affirmer en concert puisque, de Jean-Louis Murat interviewé dans les Inrocks (« ça fait deux décennies que je n’avais pas vu un aussi bon concert ») à celle qui est l’auteur des photos sur ce blog, c’est l’unanimité pour saluer les prestations scéniques de Vic Chesnutt et de ses musiciens.

De manière générale, Vic Chesnutt chante de mieux en mieux. On l'entend bien sur Trinity Revisited des Cowboy Junkies, qui revisitent leurs Trintiy Sessions de 1988 avec quelques invités dont Chesnutt.
Enfin, sur ces deux sessions acoustiques où ce dernier interprète Fodder On Her Wings de Nina Simone :

Vic Chesnutt : Everything I Say
Vic Chesnutt : Fodder On Her Wings
Et pour finir en beauté, Vic Chesnutt filmé par Jem Cohen : The Foxx and Little Vic


Un peu de culture, de magnifiques images, de l'excellente musique, vous en avez de la chance d'être ici ...