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10/10/2011

PLAT DU JOUR 36

Spadee Sam presents – Plat du Jour 36



01 – Ry Cooder – Humpty Dumpty World (Pull up some Dust & Sit Down, Nonescuh 2011) 02 – Erik Friedlander – Hanky Panky (Bonebridge, Skipstone Records 2011) 03 – Joe Henry – Sticks and Stones (Reverie, Anti 2011) 04 – Tom Waits – Bad as Me (Bad as Me, Anti 2011) 05 – Jim White – This Little Girl (Sounds of The Americans, 101 Distribution 2011) 06 – Steven Bernstein’s MTO feat. Antony Hegarty – Family Affair (MTO plays Sly, The Royal Potato Family 2011) 07 – Bill Frisell – Beautiful Boy (All we are Saying, Savoy Jazz 2011) 08 – Kip Hanrahan – You play with the Night with your Fingertips (At Home in Anger, American Clavé 2011) 09 – Jamie Saft – New Zion (Borscht Belt Studies, Tzadik 2011) 10 – Van Hunt – Falls (Violet) (What Were You Hoping For ?, Red Distribution 2011) 11 – Jean-Louis Murat – Les Souliers Rouges (Grand Lièvre, Polydor 2011) 12 – Wilco – Rising Red Lung (The Whole Love, Dbpm / Anti 2011)

14/01/2009

BEST OF 2008 - Tony Scherr, Vinicio Capossela, Carla Bozulich, Giant Sand, Rodney Crowell, Erykah Badu, Ry Cooder, Kip Hanrahan, Mavis Staples

Il est encore temps de revenir brièvement sur quelques uns des meilleurs disques parus en 2008. Sans ordre particulier, voici donc ce qu’il ne fallait pas rater ces douze derniers mois :

ERYKAH BADU - NEW AMERYKAH PT.01, 4TH WORLD WAR (Motown 2008)

La diva nu-soul faisait son grand retour avec le premier volume de sa « nouvelle Amérique », sur lequel elle rendait hommage au P-funk de George Clinton (Amerykahn Promise) et au maître es beats J Dilla (Telephone), nous plongeait dans un magnifique maelström de titres détraqués (Twinkle, The Cell) ou superbement moites (Telephone, That Hump). Vivement la suite.

Erykah BaduTelephone


MAVIS STAPLES - LIVE HOPE AT THE HIDEOUT (Anti 2008)

Six mois avant l’élection de Barack Obama à la tête des Etats-Unis, Mavis Staples, 65 ans, donnait un concert magique au Hideout, un petit club de Chicago, la ville du futur président. Une série de chansons sur les droits civiques, la plupart tirées de son précédent disque We’ll Never Turn Back (Anti 2006), interprétées avec un optimisme contagieux en compagnie le l'excellent guitariste Rick Holstrom. La voix rauque de Mavis, cinquante ans après ses débuts au sein des Staple Singers de son père, donne toujours autant la chair de poule. Clairement l'un des plus grands disques de soul enregistré depuis bien longtemps, et une sacrée lecçon à tout ceux qui s'y sont maladroitement frottés récemment (de Raphael Saadiq à Amy Winehouse, de Duffy à Nikki Costa) .

Mavis StaplesFor What It’s Worth

KIP HANRAHAN - BEAUTIFUL SCARS (American Clavé 2007)


Alors qu’on pensait ses meilleurs albums derrière lui, le génial producteur Kip Hanrahan revenait fin 2007 avec le superbe Beautiful Scars, sommet de moiteur urbaine et tropicale. Autour des voix de Brandon Ross et Xiomara Laugart, des cuivres, des guitares, une basse électrique et bien sûr toujours ces percussions magiques. Le disque de l’été, du prochain également, parfait pour descendre des mojitos en charmante compagnie, l’une des fonctions majeures de la musique probablement...

Kip HanrahanXiomara wears The Hat Beautifully


CARLA BOZULICH : EVANGELISTA - HELLO, VOYAGER (Constellation)
With SIMONE MASSARON - DANDELIONS ON FIRE (LongSongRecords 2008)

En 2008, impossible de passer à côté de la canadienne Carla Bozulich. Pour cause, deux disques superbes, le premier avec son groupe Evangelista, le second avec le guitariste italien Simone Massaron.
Dans les deux cas, des ballades déchirantes (The Blue Room, Dandelions on Fire) le disputent aux blues cabossés (Winds of St Anne, Never Saw Your Face). Plus expérimentales avec Evangelista, les chansons prennent de l’air aux côtés du guitariste italien. Dans les deux cas, la musique eccorchée de Carla Bozulich se révèle parfaitement indispensable.

Evangelista - Truth is Dark Like Outer Space

Carla Bozulich and Simone MassaronDandelions on Fire



VINICIO CAPOSSELA - DA SOLO (Warner 2008)

Un point commun entre le Dandelions on Fire de Bozulich/ Massaron et Da Solo, le dernier Vinicio Capossela ? Le batteur Zeno de Rossi, également présent sur le Suite for Tina Modotti du saxophoniste Francesco Bearzatti, l’un des meilleurs disques de jazz de l’année passée.
Da Solo est une nouvelle petite merveille du chanteur et pianiste italien. Dépouillé, onirique, partiellement enregistré aux Etats-Unis, notamment la superbe La Faccia della Terra avec Joey Burns et John Convertino de Calexico, Capossela continue de créer une œuvre passionnante, en marge de tout compromis. Et s’il passe près de chez vous, sautez sur l’occasion.

Vinicio CaposselaSante Nicola


RY COODER - I, FLATHEAD (Nonesuch 2008)

Dernière partie d’un tryptique commencé avec le grandiose Chavez Ravine et poursuivi par le moins bon My Name is Buddy, I, Flathead renoue avec l'excellence. Le guitariste légendaire de Los Angeles continue ainsi sa série d'albums concepts en compagnie des meilleurs musiciens (son fils Joachim et Jim Keltner à la batterie notamment). Country, tex-mex, rock n’roll, Cooder brasse toute l’histoire de la musique populaire américaine. Un voyage musical en cinémascope.

Ry Cooder with Juliette CommagereLittle Trona Girl


GIANT SAND - ProVISIONS (YepRoc)

1ère classe également pour Howe Gelb et le retour aux affaires de Giant Sand, l'une de ses innombrables formations. Répétons-le, ProVisions enterre la concurrence, Calexico notamment dont la couverture médiatique du dernier album et ses critiques beaucoup trop élogieuses ont quelque chose de suspect. Car en face, Howe Gelb évolue loin des poussives chansonnettes tex-mex de ses anciens camarades. Facilité mélodique, science des arrangements et sens du casting (Isobel Campbell, Neko Case, M.Ward qui lui doit beaucoup). Et bien sûr la voix grave de Howe. La grande classe.

Giant SandPitch and Sway

RODNEY CROWELL - SEX AND GASOLINE (YepRoc 2008)

Sex and Gasoline fut l'une des très bonnes surprises de l'année. Avec Joe Henry à la production, Rodney Crowell a enregistré son meilleur disque à ce jour, et de loin. Une belle collection de chansons adultes, féministes et douces-amères. Parfaitement soutenu par ,entre autres, Jay Bellerose à la batterie, il règne sur ce disque une sérénité, une bonne humeur et une modestie dont on ne se lasse pas.

Rodney CrowellThe Rise and Fall of Intelligent Design

TONY SCHERR - TWIST IN THE WIND (SmellsLikeRecords 2008)

Enfin, on terminera ce tour d’horizon des meilleurs disques de l’année passée avec le Twist in The Wind de Tony Scherr. Plus souvent croisé dans le milieu du jazz, des Lounge Lizards à Bill Frisell en passant par le Sex Mob de Steven Bernstein, Scherr a également collaboré avec Feist. Son second disque en solo est le meilleur et atteitn des sommets sur une poignée de chansons désabusées, All That I Could Ask par exemple, ou encore une reprise faussement bossa de I Want You To Want Me des Cheap Trick. A mille lieux de tout strass et paillettes, de la musique à l'os, parfait exemple de celle qu'on aime ici. Bonne année !

Tony Scherr - Boxcar

27/06/2008

EN SOLDES ! T.Buckley,R.Nathanson,Prince,M.Gaye,R.Orbison,N.Springsteen,H.Lavoe,La Lupe,M.Santamaria,Baby Loves Jazz


Spadee Sam presents –After The Dance Mix

01 – The Baby Loves Jazz BandTen Little Monkeys (Go Baby Go 2006, Verve)
02 – Monguito Santamaria feat.Ronnie MarksCrying Time (Blackout 1970, Fania)
03 – Roy OrbisonBlue Angel (Lonely and Blue 1960, Monument/Legacy)
04 – Bruce Springsteen with The Sessions BandFurther Up (On The Road) (Live in Dublin 2007, Columbia)
05 – Roy NathansonHome (Sotto Voce 2006, AumFidelity)
06 – Marvin Gaye – I Wanna Be Where You Are (After The Dance) (I Want You , Motown)
07 – Hector LavoeTus Ojos (La Voz 1975, Fania)
08 – La LupeAlivio (They Call Me La Lupe 1966, Fania)
09 – PrinceRaspberry Beret (Around The World In a Day 1985 , Warner Bros.)


Profitez des soldes pour acheter des disques...
Le Baby Loves Jazz Band est un projet plutôt drôle puisqu’il s’agit de reprendre des chansons populaires pour enfants en version jazz. Sans se prendre le moins du monde au sérieux, le trompettiste Steven Bernstein (Sex Mob, Millenium Territory Orchestra) réunissait autour de lui en 2006 le saxophoniste Briggan Krauss (Sex Mob), le claviériste John Medeski (Medeski, Martin and Wood), le batteur Ben Perowsky (John Zorn, Dave Douglas), les contrebassistes Brad Jones (Marc Ribot Cubanos Postizos, Ornette Coleman), et Lennie Plaxico (Cassandra Wilson, Chet Baker), ainsi que les chanteurs Babi Floyd (Rolling Stones) et l’excellente Sharon Jones. Working on The Railroad, Old MacDonald, Ten Little Monkeys ou You Are My Sunshine sont ainsi réinterprétés, et l’album comporte une dizaine d’interludes musicaux explicatifs sur les différents instruments (la trompette, le piano, la batterie, etc). Les enfants qui fêtent leur anniversaire avec Go Baby Go dans la platine ont bien de la chance.

Trois albums issus du label Fania, le label essentiel du latin jazz des années 60 à 80.

Blackout, du pianiste Monguito Santamaria, fils de l’immense percussionniste cubain Mongo Santamaria, est un très bon disque. Si les morceaux en espagnol sont assez classiques, ceux, au nombre de quatre, chantés en anglais par Ronnie Marks sont excellents et ravissent les collectionneurs de morceaux latin jazz chantés en anglais dont on fait partie.
Si c'est également votre cas, pensez à jeter une oreille sur le I Need Her, a Latin Jazz Mix, en écoute sur le myspace de Spadee Sam, avec entre autres Chollo Rivera et Joe Bataan.

La Voz, paru en 1975, est le premier album sous son nom du grand chanteur Hector Lavoe, qui survole ce disque magnifique. La salsa à son sommet (arrangements de Willie Colon et Louie Ramirez, Ruben Blades aux chœurs), avec en final le génial Mi Gente, et des boléros à tomber, comme ce superbe Tus Ojos.
On notera que Milton Cardona, dont on avait parlé lors de l’article sur Kip Hanrahan dont il est un proche, est crédité aux congas.

Le troisième album Fania acheté ces jours-ci est They Call Me La Lupe. La Lupe est probablement la plus grande gueuleuse de l’histoire de la musique. Mais c’est aussi l’une des plus grandes interprètes de boleros, du genre à vous donner la chair de poule à chaque morceau. C’est encore le cas ici avec El Preso Numero Nueve, Pensando en Ti et Alivio, qui cohabitent avec les plus casse-gueules El Cascabel, l’America de West Side Story et la reprise du Dominique de Sœur Sourire !La Lupe, c’est aussi ces Oy brûlants comme une après-midi cubaine en plein soleil.

On évoquait Roy Orbison en retraçant la carrière de T-Bone Burnett.
Lonely and Blue, paru en 1960, est la quintessence du style d’Orbison, soit des ballades romantiques enrobées de cordes, au-dessus desquelles plane l’incroyable voix du chanteur, l’une des plus exceptionnelles de la musique populaire. Oh Happy Days !

Roy Orbison est cité par Bruce Springsteen sur le morceau Thunder Road (as the radio plays Roy Orbison singing for the lonely). On en avait déjà parlé il y a de cela plusieurs mois mais le live à Dublin de Springsteen et son « sessions band » est l’un des meilleurs disques, si ce n’est le meilleur, du boss. La version d’Atlantic City qui ouvre l’album est exceptionnelle et plusieurs autres morceaux sont du même niveau. Les musiciens sont excellents, on peut entendre Mark Anthony Thompson sur Eyes on The Prize et ce très beau Further On (Up The Road) ainsi que le superbe violon de Sam Bardfeld.

On retrouve ce dernier sur un autre disque essentiel, paru en 2006 sur le label Aum Fidelity. Sotto Voce, du saxophoniste Roy Nathanson est l’un des meilleurs projets de ces dernières années. Autour de lui, Sam Bardfeld donc au violon, Curtis Fowlkes au trombone, Tim Kiah à la contrebasse et Napoleon Maddox, que vous connaissez bien si vous lisez ce blog de temps à autres, à la « boîte à rythme humaine ». Ce dernier assure donc la partie rythmique, et Nathanson est aussi génial au saxophone que sur les parties vocales. Qui peut encore reprendre Sunny sans tomber dans le ridicule ? Maddox, lui, chante même sur Sunrise, Sunset, un morceau dont on laissera quand même la version définitive à Claudine Longet

On ne s’étendra pas sur Marvin Gaye et son I Want You produit par Leon Ware, autre grand sentimental, l’un des sommets de la musique soul, comme le sont la plupart des disques de Marvin Gaye. Disons juste que sur la version Deluxe se trouve I Wanna Be Where You Are (After The Dance), et cela devrait être suffisant pour vous convaincre d’acquérir ce disque.

Enfin, Around The World in a Day, la cuvée 1985 de Prince. Pas son plus grand disque, c’est sûr, la production d’époque fait souffrir. Mais rien que pour Raspberry Beret, difficile de regretter l’achat. On parle rarement de ce qui fait la force de Prince, et qui pourrait être le dénominateur commun des plus grands de la musique populaire. Oui, comme chez Debussy ou Dylan, ce qui fait la différence, c’est le sens du rythme, du phrasé, une manière de tisser d'incroyables lignes mélodiques. Il y a chez ces musiciens la même façon de partir dans une phrase et de retomber naturellement au moment parfait. Ecoutez le deuxième couplet de Raspberry Beret et vous entendrez Dylan dans la voix et dans le rythme (If I planned 2 do her any harm). Cette perfection dans le rythme de la mélodie, on la retrouve à maintes reprises chez Prince, par exemple sur Joy in Repetition. On lui consacrera bientôt plus de temps.


En bonus, le premier DVD sur Tim Buckley, My Fleeting House, sorti chez Manifesto. Autant dire que si vous aimez la musique, il faut vous précipitez sur l’occasion de voir rassembler toutes les images de Tim Buckley en concert. Tim Buckley est l’un des plus grands génies de la musique du XXème siècle. Alors que l’on en fait des tonnes sur Zappa, on parle beaucoup moins du père de Jeff, qui a pourtant en moins d'une dizaine d'années repoussé toutes les limites. Chanteur fabuleux et bien moins agaçant que son fils, extraordinaire musicien, on peut voir sur ce documentaire l’évolution de son style depuis le folk des débuts jusqu’au funk salace des derniers jours, en passant par le free jazz. On peut penser que Tim Buckley est l’un des plus grands chanteurs de jazz.
Et puis il y a ce moment surréaliste où Buckley, assis sur l’un des fauteuils de l'émission de Steve Allen après avoir chanté Morning Glory, semble perdu et affligé par la conversation entre le présentateur et l’une des invités qui lui parle de… sa coupe de cheveux !

Tim Buckley
- Live Boboquivari

10/06/2008

PLAT DU JOUR 9 - James Hunter, Mugison, Bill Frisell, Secret Chiefs 3, Prince, Aimee Mann

Spadee Sam presents – I'm on Fire Mix

01 – James HunterShe’s Got a Way (The Hard Way 2008, HearMusic)
02 – MugisonThe Animal (Mugiboogie 2008, Ipecac)
03 – PrinceDionne (The Truth 1997, NPG)
04 – MugisonI’m On Fire (Lonely Mountain 2003, Ipecac)
05 – Aimee MannStranger Into Starman (Smilers 2008, Superego)
06 – Bill FrisellProbability Cloud (History, Mystery Pt.One 2008, Nonesuch)
07 – Secret Chiefs 3Akramacharei (Xaphan, Book of Angels Vol.09 2008, Tzadik)


En ces temps où la soul des jours heureux fait le bonheur des chanteu(r)ses à la mode, la plupart de ces derniers sont bien loin d’arriver à la cheville de l’anglais James Hunter. Classieux et modeste, Hunter publie aujourd’hui son troisième album, The Hard Way, sur lequel des sommets sont atteints, comme sur la superbe ballade Tell Her, ou le blues Til The End. Entre calypso, soul d’inspiration Sam Cooke et blues dans le style d' Ike Turner, The Hard Way de James Hunter est le disque à offrir cet été à tout amateur de belle voix et de bonne musique.

James Hunter en session live sur WFMU : http://wfuv.streamguys.us/cgi-bin/search_wfuv.cgi


Troisième album également pour l’islandais Mugison. Toujours entre chansons pop tordues et blues saturés, on le sent sur Mugiboogie tiraillé par d'un côté une attirance pour Tom Waits et de l'autre une fascination pour Prince. Il fait donc un peu des deux, en moins bien c’est sûr, mais lorsqu’il trouve le juste milieu, entre ballades pop publicitaires et grosses guitares inutiles, on arrive à passer un bon moment, avec le fantôme de Beck qui fait parfois plus que rôder.
Si ce n’est déjà fait, procurez-vous, amateurs de pop pas trop lisse, son premier album, Lonely Mountain, un très beau disque de grands espaces.

Avec Dionne, buvons à la santé de Prince, qui fête ces jours-ci son cinquantième anniversaire.
On passera vite sur le ridicule chapitre qui lui était consacré samedi dernier dans l’émission Tracks sur Arte. Quand vous n’avez rien à dire, abstenez-vous.
Ceci étant dit, Dionne est un morceau en tout point génial, avec un dernier couplet extraordinaire.

Rien de neuf sur Smilers, le nouvel album de la chanteuse Aimee Mann, et sur lequel la seule chose surprenante est la place de ce Stranger Into Starman en deuxième position sur le disque. Pour le reste, des chansons pop (presque) parfaites pour un long voyage en voiture sur une route pas trop tortueuse en compagnie de la jolie voix d’Aimee Mann.

Le guitariste Bill Frisell publie lui un double album, History Mystery, sur lequel il est on ne peut mieux accompagné. Kenny Wollesen à la batterie, Tony Scherr à la basse, Ron Miles au cornet, Greg Tardy au saxophone et un trio de cordes luxueux, composé d’Eyvind Kand à l’alto, de Jenny Scheinman au violon et de Hank Roberts au violoncelle. Musique de chambre cinématographique, on est, comme d’habitude avec Frisell, au coeur d'un univers sonore où il fait bon vivre. C’est parfois un peu long certes, on n’est pas sûr que le choix de reprendre A Change Is Gonna Come de Sam Cooke soit parfaitement judicieux, mais on peut fermer les yeux paisiblement et se laisser porter par la musique légère mais jamais futile du guitariste en étant sûr de passer un excellent moment.
En tout cas, John L.Waters le critique musical du Guardian est plus perspicace sur History Mystery de Frisell que sur le Beautiful Scars de Kip Hanrahan. A côté du sujet, il écrivait à propos de ce dernier, que « les tonalités et rythmes ne s’accordent jamais, que les morceaux ne semblent pas terminés, que la structure de ces derniers est inexistante, et que le chant est atroce », pour poursuivre ainsi: « Il y a un tas de groupes anglais capables de la même chose sans avoir à se déplacer jusqu'à New York. Gâchis de musiciens talentueux, dont Steve Swallow qui a co-écrit le vaguement divertissant Busses from…Havana ».
Outre que le titre exact du morceau en question est Busses from Heaven, on pourra s’interroger longtemps sur ces nombreux groupes anglais capables de la même chose. Quant aux critiques sur la musique même, difficile de passer autant à côté de l’essentiel.
Pour Frisell, Waters est donc beaucoup plus éveillé et attribue au guitariste la capacité à « donner un sens à chacune de ses notes et à la manière qu’il a d’organiser sa musique et ses musiciens ».

Plus dense, le neuvième volume du Book of Angels de John Zorn vient de paraître, signé des Secret Chiefs 3.
Guitare surf, klezmer, musique de chambre, rock, jazz, tout est passé à la moulinette par Trey Spruance, le guitariste de Mr Bungle, l’un des groupes de Mike Patton, y compris les thèmes écrits par Zorn, qui servent de base à cette série de disques.
Avec le bassiste Shahzad Ismaily et le batteur Ches Smith (soit la rythmique du Ceramic Dog de Marc Ribot) entre autres, Spruance réalise l’un des volumes les plus passionnants de la série. Richesse des arrangements et de l’instrumentation, ambiances multiples, à la fois divertissant et musicalement passionnant, Xaphan fait désormais partie des disques incontournables du label Tzadik.

Marc Ribot Ceramic DogLive 2008

En bonus, on ne résistera pas à vous conseillez le visionnage de cette magnifique vidéo sur laquelle la chanteuse péruvienne Susanna Baca interprète No Valentin, entouré par Marc Ribot à la guitare, David Byrne au chant et John Medeski au clavier.

Susana BacaNo Valentin (Live at Joes' Pub)

Dans quelques jours, si l’avion veut bien décoller, nous irons nous promener du côté de Los Angeles. Avis aux amateurs…

17/05/2008

KIP HANRAHAN, ASTOR PIAZZOLA ET LE LABEL AMERICAN CLAVE


Comme promis, passons la vitesse supérieure et intéressons-nous au producteur Kip Hanrahan et à son label American Clavé, alors que paraissent ces temps-ci des rééditions du catalogue, chez Enja Records.


SPADEE SAM presents – Born Anew at Each A.M.Mix

01 – Busses from Heaven (Beautiful Scars 2007, AMCL 1060)
02 – One Casual Song (After Another) (Vertical’s Currency 1984, AMCL 1010)
03 - ....If I Knew How To, If I Knew (Tenderness 1993, AMCL 1016)
04 – Hollywood in Harlem (Every Child Is Born a Poet 2006, AMCL 1032)
05 – Caravaggio / A Quick Balance (Beautiful Scars 2007, AMCL 1060)
06 – Aziz and Azizah (A Thousand Nights and a Night 1996, AMCL 1036)
07 – Leijia Heads to Brooklyn (Beautiful Scars 2007, AMCL 1060)
08 – Milton Cordona (Beautiful Scars 2007, AMCL 1060)
09 – What Else Can I Do With a Drum (Days and Nights of Blue Luck Inverted 1988, AMCL 1012)
10 – Born Anew at Each A.M. (Every Child Is Born a Poet 2006, AMCL 1032)
11 – Gender (Days and Nights of Blue Luck Inverted 1988, AMCL 1012)
12 – A Small Map of Heaven (Vertical’s Currency 1984, AMCL 1010)
13 – Love Is Like a Cigarette (Days and Nights of Blue Luck Inverted 1988, AMCL 1012)
14 – Pretty as Thee (Every Child Is Born a Poet 2006, AMCL 1032)
15 – Shahrazad (A Thousand Nights and a Night 1996, AMCL 1036)
16 – Shahrazad Shifts Angles, Introducing (A Thousand Nights and a Night 1996, AMCL 1036)
17 – Dunya’s Nocturnal Realization (A Thousand Nights and a Night 1996, AMCL 1036)
18 – Shahrazad at The Closing of The First Night of Stories (A Thousand Nights and a Night 1996, AMCL 1036)

Avant de définitivement se tourner vers la musique à la fin des années 70, Kip Hanrahan avait étudié l’architecture puis le cinéma. Deux domaines qui n’ont ensuite jamais cessé de faire partie intégrante de son œuvre, débutée en 1981 avec Coup de Tête et dont la dernière trace à cette heure est l’album Beautiful Scars, paru il y a quelques mois.

Percussionniste, Kip Hanrahan est avant tout producteur. Depuis plus de 25 ans, tous les disques parus sous son nom incluent une quantité impressionnante de musiciens, actifs sur les scènes du jazz/free jazz, de la musique latine ou du rock.

Depuis 25 ans, on a pu entendre sur une quinzaine de disques, et parmi beaucoup d’autres, les guitaristes Arto Lindsay ou Leo Nocentelli (The Meters), les bassistes Jamaaladeen Tacuma, Bill Laswell ou Fernando Saunders, les batteurs Anton Fier, Andrew Cyrille ou JT Lewis, les pianistes Carla Bley, Don Pullen, Mike Cain ou DD Jackson, les violonistes Alfredo Triff ou Billy Bang, les souffleurs Jerry Gonzalez, Henry Threadgill, Byard Lancaster, David Murray ou Ron Blake.

Mais le ciment de l’oeuvre d’Hanrahan, c’est la basse électrique, celle, élastique, de Steve Swallow, ainsi que les percussions magiques et omniprésentes de Milton Cardona, Daniel Ponce, Horacio El Negro Hernandez ou Robby Ameen, les voix de Brandon Ross, Lisa Herman, Alvin Youngblood Hart ou Lindsey Marcus, celles de la cubaine Xiomara Laugart ou encore du gallois Jack Bruce, mythique bassiste du groupe Cream avec Eric Clapton.

Des voix chantées, parlées, murmurées, en anglais, en espagnol.

Tous les disques de Kip Hanrahan se ressemblent plus ou moins, et font entendre une musique faite de plans rapprochées, urbaine, new-yorkaise, cosmopolite, métissée, sensuelle, moite.
Impossible d’écouter un disque d’Hanrahan à la campagne en hiver.

Il fut pendant longtemps difficile de conseiller un disque en particulier parmi la dizaine d’albums publiés sous son nom. Le premier, Coup de Tête, résonne des éclairs de guitare d’Arto Lindsay et cache une merveilleuse reprise d’India Song de Jeanne Moreau et Marguerite Duras, avec Carla Bley au piano et au chant.
Deux and plus tard, Desire Develops an Edge voit l’apparition de deux des éléments les plus importants dans l’œuvre d’Hanrahan, la basse de Steve Swallow et la voix de Jack Bruce.
Si en 1984, sur Vertical’s Currency, il n’y avait eu que ce fantastique Small Map of Heaven… La voix de Jack Bruce y est sensuelle comme jamais, David Murray offrant quant à lui un solo magnifique.
5 ans plus tard, Days and Nights of Blue Luck Inverted en est la sombre suite.
Au même moment, le pianiste Don Pullen, la chanteuse Carmen Lundy et le violoniste Alfredo Triff illuminent Tenderness, avant qu’en 1993, Exotica penche nettement du côté des Caraïbes.
Puis les Mille et une Nuit, et leur libre adaptation par Hanrahan et ses musiciens. Des dialogues nocturnes, intimes, un leitmotiv de piano et toujours de fantastiques percussions.
Et puis, alors que l’on pensait le meilleur derrière lui, voilà que Kip Hanrahan publie Beautiful Scars, où tout est du même niveau que Busses from Heaven ou Caravaggio, notamment One Summer Afternoon, Xiomara wears The Hat Beautifully ou The Accountant of Morning, sur lesquels Alfredo Triff mais aussi le saxophoniste Ron Blake font des merveilles.


N’hésitez pas et courrez acheter Beautiful Scars, vous l’écouterez longtemps, ce qui de nos jours est plutôt rare.






SPADEE SAM presents – Tangologie, an American Clave Mix


01 – Alfredo TriffAmbiente Pa ‘Ti (21 Broken Melodies at Once 2000, AMCL 1023)
02 – Astor PiazzollaTanguedia III (Tango : Zero Hour 1986, AMCL 1013)
03 – Silvana DeluigiAquesto Abajo (Yo! 2002, AMCL 1025)
04 – Alfredo TriffBolero Para Las Memorias (21 Broken Melodies at Once 2000, AMCL 1023)
05 – Deep RumbaArabian Nights (Deep Rumba, A Calm In The Fire of Dance 2000, AMCL)
06 – Silvana DeluigiTangologie (Yo! 2002, AMCL 1025)
07 – Astor PiazzollaKnife Fight (The Rough Dancer and The Cyclical Night 1988, AMCL 1019)
08 – Astor PiazzollaMichelangelo ’70 (Tango : Zero Hour 1986, AMCL 1013)
09 – Astor PiazzollaPrologue (Tango Apasionado) (The Rough Dancer and The Cyclical Night 1988, AMCL 1019)
10 – Silvana DeluigiSonamos el Tango (Yo! 2002, AMCL 1025)
11 – Deep RumbaBesame Mucho (Deep Rumba, A Calm In The Fire of Dances 2000, AMCL 1030)
12 – ConjurePetit Kid Everett (Cab Calloway Stands In For The Moon 1988, AMCL 1015)
13 – ConjureMinnie The Moocher (Cab Calloway Stands In For The Moon 1988, AMCL 1015)

Très vite, Kip Hanrahan créé le label American Clavé afin d’y publier sa musique et celle d’amis comme le percussionniste Milton Cardona, le trompettiste Jerry Gonzalez et plus tard, le violoniste cubain Alfredo Triff.

Y sortent les albums sous son nom mais aussi des projets comme Conjure, qui rassemblent autour des textes d’Ishmael Reed (auteur en 1972 du flamboyant Mumbo Jumbo) certains des musiciens nommés précédemment, rejoints par Taj Mahal, Allen Toussaint, Lester Bowie, Olu Dara ou Bobby Womack, pour trois disques qui brassent toutes les musiques afro-américaines, blues, soul, jazz, free jazz, funk.

Mais American Clavé est surtout le label sur lequel paraissent trois des derniers disques, les meilleurs, d’Astor Piazzolla.

Trois disques en quintet, augmenté sur The Rough Dancer and The Cyclical Night du saxophone alto de Paquito D’Rivera.
Trois disques d’une violence inouïe, sensuels, sexuels.
Sur Tango :Zero Hour, The Rough Dancer et La Camorra, le tango est joué «comme dans un bordel, par des musiciens à moitié ivres qui s’aiment et se détestent ».
Une musique au cordeau, sèche, sans fioriture, où claquent comme un fouet les glissandos rapides du violoniste Fernando Suarez Paz, les contrepoints percussifs du piano de Pablo Ziegler et surtout le bandonéon d’El Troesma, puissant, complexe.
Par leurs extraordinaires évocations des passions les plus extrêmes, ces trois disques tuent pratiquement le tango, devenu, débarrassé de tout folklore, autant blues que soul.
La solitude d’une provocation passionnée…

« Quel pêché a donc commis Astor Piazzolla dans une vie antérieure pour voir depuis sa mort sa musique ainsi massacrée par les musiciens classiques, alors qu’il ne supportait pas la manière qu’avait ces derniers d’essayer, en vain, de la jouer ».
‘Il faut avoir ma musique dans le cœur, dans le corps, avant même que je l’écrive. Avec eux, c’est impossible ».
« Astor assistait à une répétition, réarrangeait le tout de manière à rendre sa musique plus simple rythmiquement et émotionnellement, puis laissait tomber, acceptait les récompenses et sa musique, vide ».
« Depuis sa mort, sa musique est presque exclusivement jouée, vidée, massacrée par des musiciens classiques ».
« L’une des caractéristiques d’Astor Piazzolla est qu’il jouait debout. « Je refuse de paraître comme une veille dame entrain de tricoter ». Chanteur ou saxophoniste, vous parlez, respirer, sonnez différemment en vous tenant debout. Récemment, à Buenos Aires, les jeunes joueurs de bandonéon se tenaient tous assis. Toute la sensualité du jeu de Piazzolla s’était perdue. Et ils ressemblaient à nouveau tous à de vieilles dames entrain de tricoter ».

KIP HANRAHAN

Astor Piazzolla : Milonga del Angel
Astor Piazzolla : Michelangelo 70

Kip Hanrahan poursuivra son travail autour du tango après la mort du maître, en produisant l’excellent Yo!, de la chanteuse argentine Silvana Deluigi, et sur lequel on retrouve presque au complet le quartet qui entourait Piazzolla sur Tango Zero Hour et La Camorra.


Bonus : Quelques suggestions extra-musicales pour accompagner la musique de Kip Hanrahan et du label American Clavé.

En sirotant un mojito, regardez, si ce n’est déjà fait, In The Mood for Love de Wong Kar-Wai, et lisez Los Boys (10/18), le magnifique livre de l’écrivain américain d’origine dominicaine, Junot Diaz.

Vous m'en direz des nouvelles...

20/01/2008

PLATS DU JOUR 3 - La Messe est Dite - Eugene Chadbourne, Han Bennink, Roy Nathanson, Anthony Coleman, Jason Moran, ...

Photo : Claudia Marschal
Pas d'orgue ni d'alléluia chez :
01 - Pierre Bastien - Minor Swing (Mecanium, ADN 1988)
02 - Eugene Chadbourne and Han Bennink - Love for Sale (21 Years, LeoRecords 2001)
03 - Roy Nathanson and Anthony Coleman - The Sheik of Avenue B (The Coming Great Millenium, KnittingFactory 1993)
04 - Roswell Rudd and Mark Dresser - Calypso Lite (Airwalkers, CleanFeed 2006)
05 - William Parker with Hamid Drake and Daniel Carter - Blues for Percy (Painter’s Spring, ThirstyEar 2002)
06 - Conjure - Prayer to Earth (Bad Mouth, AmericanClave, 2006)
07 - Wanda Robinson - The Trouble with Dreams (Black Ivory, Perception 1971)

Le chaotique Minor Swing de Pierre Bastien, le guitariste-chanteur Eugene Chadbourne et le batteur Han Bennink prennant du bon temps sur Love for Sale. Roy Nathanson/Groucho Marx vous parle, accompagné du piano bar (-mitzvah) de Anthony Coleman. Le calypso grave du tromboniste Roswell Rudd et du contrebassiste Mark Dresser, le blues version Parker/Drake/Carter puis une prière, quand même, celle de l'écrivain Ishmael Reed sur le saxophone de David Murray chez le producteur Kip Hanrahan avant celle, solitaire, de Wanda Robinson.


Ni chez :
01 - Aki Takase, Alex Von Schlippenbach and DJ Illvibe - Utrecht (Lok03, LeoRecords 2005)
02 - Uri Caine Ensemble - Mozart K545 First Movement (Plays Mozart, WinterandWinter 2007)
03 - Jason Moran - Artists Ought To Be Writing (Artist in Residence, BlueNote 2006)
04 - Cecil Taylor - I (Sister Young’n) (Fly!Fly!Fly!Fly!Fly!, MPS 1980)
05 - Craig Taborn - Light Made Lighter (Piano) (Light Made Lighter, ThirstyEar 2001)
06 - Robert Glasper - J Dillalude (In My Element, BlueNote 2007)
07 - Trio Braam/DeJoode/Vatcher - Nightsong Aches (Change This Song, BBB 2006)

Click here to watch "Spadee-Sam-presents---Light-Made-Lighter-Mix".mp3


Des pianistes, avec strong>Aki Takase et Alex Von Schlippenbach découpés par les scratchs de Illvibe, Mozart revisité par Uri Caine, le message du texan Jason Moran, le je(ux) de Cecil Taylor, Craig Taborn léger, Robert Glasper pour un hommage au feu génial Jay Dee/J Dilla, et Michiel Braam nocturne avec Wilbert DeJoode et Michael Vatcher.


AMEN