01 – Carolina Chocolate Drops – Hit ‘em Up With Style (Genuine Negro Jig, Nonesuch 2010) 02 – Loudon Wainwright – Fear Itself (Songs For the New Depression, Yep Roc Records 2010) 03 – Eric Bibb – Sunrise Blues (Booker’s Guitar, Dixiefrog 2010) 04 – Johnny Cash – Redemption Day (American VI, Ain’t No Grave, American 2010) 05 – Mose Allison – The Way of The World (The Way of The World, Anti 2010) 06 – Josh Rouse – Duerme, Mobila (ElTurista, Yep Roc Records 2010) 07 – How Gelb – Spiral(‘Sno Angel Winging It, Ow Om 2009) 08 – Josh Rouse – Cotton Eyed Joe (El Turista, Yep Roc Records 2010) 09 – Grant Lee Phillips – Buried Treasure (Yep Roc Records 2009)
Carolina Chocolate Drops - Hit 'em Up With Style
Loudonw Wainwright - Fear Itself
Eric Bibb - Booker's Guitar
Mose Allison - I'm Nobody Today (Live in Chicago 2010)
Il est encore temps de revenir brièvement sur quelques uns des meilleurs disques parus en 2008. Sans ordre particulier, voici donc ce qu’il ne fallait pas rater ces douze derniers mois :
ERYKAH BADU - NEW AMERYKAH PT.01, 4TH WORLD WAR (Motown 2008)
La diva nu-soul faisait son grand retour avec le premier volume de sa « nouvelle Amérique », sur lequel elle rendait hommage au P-funk de George Clinton (Amerykahn Promise) et au maître es beats J Dilla (Telephone), nous plongeait dans un magnifique maelström de titres détraqués (Twinkle, The Cell) ou superbement moites (Telephone, That Hump). Vivement la suite.
Erykah Badu – Telephone
MAVIS STAPLES - LIVE HOPE AT THE HIDEOUT (Anti 2008)
Six mois avant l’élection de Barack Obama à la tête des Etats-Unis, Mavis Staples, 65 ans, donnait un concert magique au Hideout, un petit club de Chicago, la ville du futur président. Une série de chansons sur les droits civiques, la plupart tirées de son précédent disque We’ll Never Turn Back (Anti 2006), interprétées avec un optimisme contagieux en compagnie le l'excellent guitariste Rick Holstrom. La voix rauque de Mavis, cinquante ans après ses débuts au sein des Staple Singers de son père, donne toujours autant la chair de poule. Clairement l'un des plus grands disques de soul enregistré depuis bien longtemps, et une sacrée lecçon à tout ceux qui s'y sont maladroitement frottés récemment (de Raphael Saadiq à Amy Winehouse, de Duffy à Nikki Costa) .
Alors qu’on pensait ses meilleurs albums derrière lui, le génial producteur Kip Hanrahan revenait fin 2007 avec le superbe Beautiful Scars, sommet de moiteur urbaine et tropicale. Autour des voix de Brandon Ross et Xiomara Laugart, des cuivres, des guitares, une basse électrique et bien sûr toujours ces percussions magiques. Le disque de l’été, du prochain également, parfait pour descendre des mojitos en charmante compagnie, l’une des fonctions majeures de la musique probablement...
Kip Hanrahan – Xiomara wears The Hat Beautifully
CARLA BOZULICH : EVANGELISTA - HELLO, VOYAGER (Constellation) With SIMONE MASSARON - DANDELIONS ON FIRE (LongSongRecords 2008)
En 2008, impossible de passer à côté de la canadienne Carla Bozulich. Pour cause, deux disques superbes, le premier avec son groupe Evangelista, le second avec le guitariste italien Simone Massaron. Dans les deux cas, des ballades déchirantes (The Blue Room, Dandelions on Fire) le disputent aux blues cabossés (Winds of St Anne, Never Saw Your Face). Plus expérimentales avec Evangelista, les chansons prennent de l’air aux côtés du guitariste italien. Dans les deux cas, la musique eccorchée de Carla Bozulich se révèle parfaitement indispensable.
Evangelista - Truth is Dark Like Outer Space
Carla Bozulich and Simone Massaron – Dandelions on Fire
VINICIO CAPOSSELA - DA SOLO (Warner 2008)
Un point commun entre le Dandelions on Fire de Bozulich/ Massaron et Da Solo, le dernier Vinicio Capossela ? Le batteur Zeno de Rossi, également présent sur le Suite for Tina Modotti du saxophoniste Francesco Bearzatti, l’un des meilleurs disques de jazz de l’année passée. Da Solo est une nouvelle petite merveille du chanteur et pianiste italien. Dépouillé, onirique, partiellement enregistré aux Etats-Unis, notamment la superbe La Faccia della Terra avec Joey Burns et John Convertino de Calexico, Capossela continue de créer une œuvre passionnante, en marge de tout compromis. Et s’il passe près de chez vous, sautez sur l’occasion.
Vinicio Capossela – Sante Nicola
RY COODER - I, FLATHEAD (Nonesuch 2008)
Dernière partie d’un tryptique commencé avec le grandiose Chavez Ravineetpoursuivi par le moins bon My Name is Buddy, I, Flathead renoue avec l'excellence. Le guitariste légendaire de Los Angeles continue ainsi sa série d'albums concepts en compagnie des meilleurs musiciens (son fils Joachim et Jim Keltner à la batterie notamment). Country, tex-mex, rock n’roll, Cooder brasse toute l’histoire de la musique populaire américaine. Un voyage musical en cinémascope.
Ry Cooder with Juliette Commagere– Little Trona Girl
GIANT SAND - ProVISIONS (YepRoc)
1ère classe également pour Howe Gelb et le retour aux affaires de Giant Sand, l'une de ses innombrables formations. Répétons-le, ProVisions enterre la concurrence, Calexico notamment dont la couverture médiatique du dernier album et ses critiques beaucoup trop élogieuses ont quelque chose de suspect. Car en face, Howe Gelb évolue loin des poussives chansonnettes tex-mex de ses anciens camarades. Facilité mélodique, science des arrangements et sens du casting (Isobel Campbell, Neko Case, M.Ward qui lui doit beaucoup). Et bien sûr la voix grave de Howe. La grande classe.
Giant Sand – Pitch and Sway
RODNEY CROWELL - SEX AND GASOLINE (YepRoc 2008)
Sex and Gasoline fut l'une des très bonnes surprises de l'année. Avec Joe Henry à la production, Rodney Crowell a enregistré son meilleur disque à ce jour, et de loin. Une belle collection de chansons adultes, féministes et douces-amères. Parfaitement soutenu par ,entre autres, Jay Bellerose à la batterie, il règne sur ce disque une sérénité, une bonne humeur et une modestie dont on ne se lasse pas.
Rodney Crowell – The Rise and Fall of Intelligent Design
TONY SCHERR - TWIST IN THE WIND (SmellsLikeRecords 2008)
Enfin, on terminera ce tour d’horizon des meilleurs disques de l’année passée avec le Twist in The Wind de Tony Scherr. Plus souvent croisé dans le milieu du jazz, des Lounge Lizards à Bill Frisell en passant par le Sex Mob de Steven Bernstein, Scherr a également collaboré avec Feist. Son second disque en solo est le meilleur et atteitn des sommets sur une poignée de chansons désabusées, All That I Could Ask par exemple, ou encore une reprise faussement bossa de I Want You To Want Me des Cheap Trick. A mille lieux de tout strass et paillettes, de la musique à l'os, parfait exemple de celle qu'on aime ici. Bonne année !
On a connu des disques beaucoup moins bons que Carried to Dust, le dernier Calexico. Dans d’autres circonstances, on pourrait même en faire pour un moment un proche compagnon de route. L’album a néanmoins un gros problème. Il sort au même moment que Provisions, celui du voisin de palier et mentor de Calexico, Howe Gelb. Le coup est d’autant plus dur qu’il y a peu, Joey Burns et John Convertino faisait partie de la formation sous laquelle Gelb sort ce disque, Giant Sand. Mais qui a dit « écouter, vous entendrez la différence » ?! Car une différence il y en a une sacrée entre ces deux disques. D’un côté, la pop mariachi de Calexico, parfois agréable, souvent laborieuse. Leur disque commence ainsi par deux morceaux franchement mauvais, Victor Jara’s Hands et Two Silver Trees avec son refrain on ne peut plus insupportable. Heureusement, il y a chez Calexico ce son de batterie admirable de John Convertino et avouons que la voix de Joey Burns, si elle est loin d’être inoubliable est plutôt sympathique. Mais sur Carried to Dust, il faut attendre la beaucoup plus compacte Writer’s Minor Holiday, , sans cordes et refrains pompeux, pour commencer à se détendre. De manière générale, c’est le sens de l’arrangement, des détails et de la mélodie qui fait défaut à Calexico quand leur son reste leur principal atout.
Le sens de la mélodie n’est pas ce qui manque à Howe Gelb, qui évolue depuis plusieurs albums à des hauteurs incroyables, impressionant de facilité mélodique. Stranded Pearl ouvre ce panier de Provisions qui accueille Isobel Campbell, Neko Case ou M.Ward. Toujours aussi fantômatique, Isobel Campbell fait néanmoins bonne figure sur ce morceau, en meilleure compagnie musicale avec Howe Gelb qu’avec Mark Lanegan c’est sur. Ici, on soulignera les points communs entre Gelb et Jean-Louis Murat, la voix, la prolixité discographique et le goût prononcé pour les chanteuses. Si Murat pouvait mettre dans ses chansons ce petit grain de folie qui leur manque souvent et qui rend si bons les morceaux de son collègue américain … Sur Without a Word, c’est Neko Case qui donne le change d’excellente manière.
Il y a d’autres moments de grâce sur Provisions, notamment Pitch and Sway, le retour au calme après la tempête électrique qui s’abat sur l’instrumental World’s End State Park, les groovy Muck Machine ou Saturated Beyond Repair et un Well Enough Alone qui ferait plaisir à Lou Reed.
Et si vous en vouliez encore dans la même famille, Kurt Wagner fera paraître dans quelques jours un nouveau Lambchop d’une parfaite élégance. Par exemple, comment résister à une telle douceur ?
Comme prévu, revenons sur les meilleurs disques parus en 2007. Pour commencer, trois des grands disques américains de l'année passée, ceux de Mavis Staples, de Lucinda Williams et de Howe Gelb. Points communs à ces trois albums: américains certes, mais aussi, il faut l'avouer, plutot inégaux. Alors pourquoi sont-ils les meilleurs ? c'est simple, les moments forts sur ces trois disques le sont bien plus que chez n'importe qui en 2007.
We'll Never Turn Back est de loin le meilleur album de Mavis Staples. Les précédents étaient souvent assez mal produits, tandis que sur celui-ci, Ry Cooder et son fils Joachim font du très bon boulot. Ni synthés, ni batterie en plastique, c'est acoustique que jouent le guitariste américain avec Mike Elizondo à la contrebasse et Jim Keltner à la batterie sur la fantastique reprise de JB Lenoir, Down In Mississippi, premier titre de l'album, vite suivi par le tout aussi génial Keep You Eyes On The Prize ou la voix grave et rugueuse de Mavis Staples fait frissonner. Regardez aussi le clip, archives qui montrent l'horeur du racisme dans le sud des Etats-Unis il y a de cela quelques dizaines d'années seulement.
Plus joyeux, sur YouTube on peut voir Mavis Staples chanter Eyes On The Prize sur les plateaux de plusieurs émissions de télé américaines, accompagnée par l'excellent guitariste de blues Rick Holmstrom (auteur notamment du très recommandable Hydraulic Groove en 2002 et du tout récent Late In The Night).
La chanteuse est encore au sommet sur le terrible Is The Mississippi ou elle dialogue avec ses choristes et la guitare splendide de Ry Cooder. Si On My Way conclut en beauté cette première partie d'album impeccable, la suite est un cran au dessous mais comment rester à un tel niveau tout le long du disque ?
Comme Ry Cooder sur We'll Never Turn Back, le producteur new-yorkais Hal Willner fait du superbe travail sur West, le dernier disque de Lucinda Williams. Revoila Jim Keltner à la batterie mais également Bill Frisell à la guitare, la violoniste Jenny Scheinman et l'accordéoniste du Tin Hat Trio, Rob Burger. Avec des musiciens pareils, l'attente n'est pas longue avant d'entendre des merveilles comme ce magnifique Mama You Sweet ou la voix légèrement éraillée de Lucinda Williams est accompagnée par les balais de Jim Keltner et les arpèges de guitare de Bill Frisell avant que l'accordéon de Rob Burger ne conclue un morceau en apesanteur. Plus loin, la voix de Williams donne froid dans le dos sur Unsuffer Me ("My Joy is dead"), qui donne malheureusement un peu trop dans l'emphase. Sur Rescue puis Words, la chanteuse retrouve le chemin des merveilles, en partie grace à ses accompagnateurs de luxe. Avec ces deux morceaux et Mama You Sweet, on tient trois merveilles de chansons, à des années-lumières de tout ce qui se fait dans la chanson française actuelle, sans musique, sans rythme et sans musiciens. Et l'on n'a pas encore parlé de Wrap My Head AroundThat, funk glacial et répétitif de presque dix minutes, ou la chanteuse utilise un phrasé presque hip-hop a vous glacer le sang. Fantastique.
Howe Gelb est sans aucun doute l'un des plus grands musiciens actuels. Et disons-le tout de suite, Down Home 2-Return To San Pedro, c'est la grande classe. Enregistré dans une petite église à San Pedro, en hommage à son défunt ami, le guitariste Rainer Ptacek, il est seul ou presque à la guitare sur ce disque ou il alterne inédits et titres plus anciens. Train Singer Song, The Hangin' Judge ("If You're not the new Dylan, who are you?") sont excellents, The Wild Frontier est hilarant, y'a t-il plus classe et plus cool que All Done in Again, Notoriety ou Lonely Man You Are ? Pour terminer, Down On Home achève d'écoeurer la concurrence qui ne pourra que s'incliner devant tant de facilité et de talent. Tant de disques folks sortent chaques semaines, gardez votre argent pour ce Down Home 2-Return To San Pedro, vous ne retournerez peut-etre jamais à San Pedro mais vous vous tournerez définitivement vers Howe Gelb !