Affichage des articles dont le libellé est Mark Lanegan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mark Lanegan. Afficher tous les articles

13/05/2008

PLAT DU JOUR 6 - Estelle, Willy Deville, Eric Bibb, Mark Lanegan, James Pants, Pär Lämmers, ...

Spadee Sam presents – Stars That Speak Mix (clique gauche pour l'audio)

01 – The SolutionHad You Told Him Like It Is (Wouldn’t Be Like It Is) (Will Not Be Televised 2008, WildKingdom)
02 – Eric BibbSpirit I Am (Get On Board 2008, Telarc)
03 – Estelle feat.Cee-LoPretty Please (Love Me) (Shine 2008, Atlantic)
04 – James Pants feat.Deon DavisKash (Welcome 2008, StonesThrow)
05 – Mike DoughtyMore Bacon Than A Pan Can Handle (Golden Delicious 2008, Ato)
06 – ChairliftAt My Side
07 – Vampire WeekendCape Cod Kwassa Kwassa (Vampire Weekend 2008, XI)
08 – EstelleCome Over (Shine 2008, Atlantic)
09 – Aqeel Cosmic Psycho (Inside The Man of and Afro-American Ange 2008, DelPialo)
10 – Kissey AsplundCaos (Plethora 2008, BBE)
11 – Isobel Campbell and Mark LaneganThe Flame That Burns (Sunday at Devil Dirt 2008, Pias)
12 – Willy DevilleStars That Speak (Pistola 2008, Eagle)

Quantité de bonnes chansons perdues dans un océan d’albums à moitié (plus ?) vides.

Dans la mouvance soul/funk rétro actuelle, les suédois de The Solution proposent Will Not Be Televised qui puise allègrement aux sources des labels Stax et Motown. Le son du premier, la pop soul de la seconde pour un résultat pas désagréable, mais pas renversant non plus.

Disons-le une fois pour toute, le blues d’Eric Bibb est ennuyeux comme la pluie. Passéiste en diable, Bibb arrive même à faire mouche avec une parfaite imitation de Joe Cocker ! Profitez donc un maximum du tube Spirit I Am.

John Legend fait de l’excellent boulot sur Shine, le deuxième album d’Estelle, bourré de tubes imparables. Si American Boy, son duo avec Kanye West, fait les beaux jours des gens branchés, celui avec Cee-Lo, l’une des moitié de Gnarls Barkley, est bien meilleur. Et avec Come Over, Estelle signe le morceau parfait pour votre ménage de printemps, toutes fenêtres ouvertes.

Une parfaite ritournelle pop chez Chairlift et un interlude de luxe chez Mike Doughty, ancien membre de Soul Coughing, une tentative hawaio-africaine par Vampire Weekend, c’est maigre on vous l’accorde, mais on prend ce qu’on nous donne et les gens n’ont plus rien.

A Los Angeles, sur l’excellent label de hip-hop Stones Throw, sortent de temps à autres des ovnis électro-psychédéliques. C’est le cas avec Welcome de James Pants, un disque largement dispensable qui l’est nettement moins pour le morceau Kash. Bootsy Collins doit traîner dans le coin. Le remix de Peanut Butter Wolf, patron du label, est encore plus savoureux.

L’ombre d’un ancien pensionnaire de Stones Throw, J Dilla, plane sur la mixtape d’Aqeel, pleines de beats futuristes et de voix p-funk, dont s’inspire largement cet excellent Cosmic Psycho.

La suédoise Kissey Asplund est charmante et a une très jolie voix. Sur Caos, on entend le bruit des vagues. Est-ce à ses côtés que l’on s’est endormi et avons raté le reste de Plethora ?

Le duo cowboy/cowgirl Mark Lanegan/Isobel Campbell revient avec un album bien meilleur que Ballad of The Broken Seas, paru il y a deux ans. On le sait depuis longtemps mais Mark Lanegan est l’une des plus grandes voix actuelles. On n’en dira pas autant de sa charmante partenaire dont les gémissements, même discrets, sont insupportables.
Le sommet de ce Sunday at The Devil Dirt est le fantomatique et sudiste Back Burner, qui aurait tout à fait pu figurer sur Pistola, le dernier Willy Deville. Back Burner / I’m Gonna Do Something The Devil Never Did, même combat. Mais chassez le romantisme et il revient au galop et c’est à une fin de nuit enfumée en compagnie de mariachis ivres que nous invite, comme souvent, Deville, sur Stars That Speak.

Au rayon jazz, allez faire un tour sur le myspace du pianiste néerlandais basé à Berlin, Pär Lämmers. En trio, il vient de publier Hinten rechts, der Regen, sur le très bon label allemand Traumton Records. Le morceau Krank, par exemple, vaut le détour et tout l’album évolue au même niveau. Les trois excellents musiciens affichent clairement leurs intentions pop (une reprise du merveilleux Between The Bars d'Elliott Smith) mais jamais ne tombent dans la facilité, ni mélodique ni ryhtmique. Pär Lämmers pourrait en tout cas bien vite devenir un pianiste dont on parle, d'autant que les échos qui nous sont parvenus des performances du trio en concert sont plus que positives.

28/04/2008

BOBY BLUE BLAND ET JOE HENRY, Comment Chanter, Comment Ecrire


Spadee Sam Presents – Dreamer, a Bobby Blue Bland Mix

01 – I Ain’t Gonna Be The First To Cry (Dreamer 1974, MCA)
02 – This Time I’m Gone For Good (His California Album 1973, MCA)
03 – When You Come To The End of Your Road (Dreamer 1974, MCA)
04 – Lovin’ on Borrowed Time (Dreamer 1974, MCA)
05 – Twenty-Four Hour Blues (Dreamer 1974, MCA)
06 – Cold Day In Hell (Dreamer 1974, MCA)
07 – Dreamer (Dreamer 1974, MCA)

Deux disques finissent de convaincre les plus sceptiques. Bobby Blue Bland est l’un des plus grands chanteurs de tous les temps. His California Album (MCA) paru en 1973, et Dreamer (MCA), en 1974, viennent définitivement conclure l’affaire.
Si sur California, quelques requins de studio californien rendent certains passages un peu laborieux, Dreamer mérite quant à lui bien son nom.
D’accord, vous n’aurez pas manquer de souligner que la chemise que porte Bland sur la pochette tient plutôt du cauchemar que du rêve annoncé. Mais l’album est tellement bon qu’on en arrive vite à oublier la tapisserie seventies collée sur les poils du torse de Bobby Bland.
Toujours dans une veine californienne, le chanteur est à la cool, avec cette voix ahurissante « un coup je te murmure des cochonneries à l’oreille chérie, un coup je hurle ne t’en va pas ».
Surtout qu’au fil des années, une consommation de cigarettes au-dessus de la normale aidant, sa voix a encore gagné en rugosité.
On y entend donc le classique Ain’t No Love in The Heart of The City, popularisé par...Jay-Z sur son album The Blueprint, et la chanson qui donne son titre à l’album, Dreamer, et qui fait entendre un solo de synthé dantesque.
Sur His California Album, c’était le standard de Luther Ingram, If Loving You Is Wrong, que chantait Bland.
Ranger Dreamer dans votre discothèque et vous serez un homme de goût, sans même parler du fait que c’est un disque idéal pour emballer à l’ancienne.


Spadee Sam presents – I Pity The Fool, a Bobby Blue Bland Mix (clique gauche pour ouvrir l'audio)

01 – I Pity The Fool (I Pity The Fool, The Duke Recordings)
02 – I Can’t Stop Singing (Turn On Your Love Light, The Duke Recordings)
03 – Steal Away (Turn on Your Love Light, The Duke Recordings)
04 – St.James Infirmary (Turn On Your Love Light, The Duke Recordings)
05 – I’m Gonna Cry (Turn On Your Love Light, The Duke Recordings)
06 – How Does a Cheatin’ Woman Feel (Turn On Your Love Light, The Duke Recordings)
07 – I’ll Take Care of You (I Pity The Fool, The Duke Recordings)
08 – Stormy Monday Blues (Turn On Your Love Light, The Duke Recordings)
09 – Black Night (Turn On Your Love Light, The Duke Recordings)
10 – Loneliness Hurts (Turn On Your Love Light, The Duke Recordings)


Le faible coût de Dreamer doit être une raison supplémentaire d’en faire l’acquisition.
Car la partie totalement indispensable de la discographie de Bobby Blue Bland est peu accessible financièrement et discographiquement.
On parle là des deux doubles disques présentant les sessions du chanteur pour le label Duke, I Pity The Fool et Turn On Your Love Light.

Recommandation préalable, écouter les Duke Recordings de Bobby Blue Bland avant minuit est aussi stupide que nourrir un Gremlins après. Et ne venez pas raconter qu’on ne vous a pas prévenu.

De I Can’t Stop Singing, son riff de guitare irrésistiblement funky, son « call and response » entre Bland et ses choristes évoquant Ray Charles et ses Raelettes, à un Steal Away monumental de décontraction, du classique St James Infirmary à un I’m Gonna Cry qui résonne des accents d’Otis Redding, c’est la grande classe.
Puis, avec How Does a Cheatin’ Woman Feel, c’est le basculement dans le blues des bas-fonds. Celui qui vous emmène vers I’ll Take Care of You, un autre monde fait d' un orgue pas cher, d'une batterie qui tressaute, et de cette voix douce. Mark Lanegan en fera en 1999 une reprise très digne sur l’album du même nom (I’ll Take Care of You 1999, SubPop).
Stormy Monday Blues et sa guitare flottante est l’exemple parfait de cette voix à double tranchant, un moment collante comme du miel, prête l’instant d’après à vous couper les ailes de terreur. Les musiciens sont au niveau de la voix, avec en particulier cette légère, courte et géniale accélération rythmique sur le solo de guitare.
Grave et royalement éraillée, entourée d’une section de cuivres magnifiques, la voix de Bland ne fait pas dans la gaudriole sur Black Night, et préfigure un dramatique Loneliness Hurts, sommet de l’art vocal du chanteur.
Un blues de derrière les fagots, et cette voix se transformant soudain en un terrible rugissement qui, tendrement, se termine dans une longue et même phrase.
C’était Bobby Blue Bland.

A part ca, un blog affilié au New York Times et dont le thème est « Comment écrire une chanson », avec les participations d' Andrew Bird, Suzanne Vega, Rosanne Cash et indirectement de Joe Henry.
Il est passionnant de voir l’évolution d’une chanson dans le suivi des mails échangés entre Rosanne Cash, qui a décidé de rendre cette correspondance publique, et Joe Henry. Cash raconte donc comment il y a quelques mois elle a montré des textes à Henry en lui proposant d'y intervenir. Ce dernier modifie quelques passages mais la chanteuse ne parvient pas à se faire à l'idée de voir les mots d'un autre dans un de ses textes. Le projet est donc abandonné jusqu'à ce qu'elle décide à nouveau de changer d'avis et de relancer Joe Henry qui accepte une nouvelle fois. Là, après quelques modifications, le chanteur enregistre une demo. So It Goes est ainsi superbe, comme le sont la plupart des chansons de Joe Henry.

http://measureformeasure.blogs.nytimes.com/

13/09/2007

TOUT LE MONDE EN PARLE, Fred Neil

Spadee Sam presents - Shake Sugaree, a Fred Neil Mix (clique gauche pour l'audio)

01 - Fred Neil - Everybody's Talking
02 - Fred Neil - Green Rocky Road
03 - Fred Neil - That's The Bag I'm In
04 - Fred Neil - Come Back Baby
05 - Fred Neil - Prettiest Train
06 - Fred Neil - Please send me Someone to Love
07 - Fred Neil - Faretheewell
08 - Tim Buckley - Dolphins
09 - Mark Lanegan - Ba-dee-da
10 - Sid Selvidge - Shake Sugaree
11 - Elizabeth Cotten - Shake Sugaree

Dans « Le Monde » du 26 juillet 2007, la journaliste Véronique Mortaigne rendait compte du concert de Joe Sample, et de la chanteuse Randy Crawford, au festival de jazz de Nice. Cette dernière y interprétait Everybody’s Talking qui, d’après l’auteur de l’article, est signée Harry Nilsson.
Rendons à César ce qui lui appartient, c’est Fred Neil qui compose et chante Everybody’s Talking en 1966, sur l’album Fred Neil (Capitol).

Si l’envie vous prend de découvrir cet extraordinaire chanteur, procurez vous l’excellent double disque The Many Sides of Fred Neil paru en 1998 chez Collector’s Choice Music, sous-division d’EMI.
On y trouve les albums Fred Neil donc, mais aussi Sessions paru en 1967, ainsi que Other Side of This Life, album live de 1971. Quelques enregistrements inédits complètent le second disque.

Si The Dolphins, Everybody’s Talking ou That’s The Bag I’m In sont les meilleures chansons de Fred Neil, Faretheewell (Fred’s Tune)» et «Cynicrustpetefredjohn Raga» sont celles qui retiendront notre attention sur ce premier album. Faretheewell, composée par John et Alan Lomax, c’est un peu Johnny Cash chanteur de soul sudiste qui nous raconterait qu’ « autour de son cœur, tout n’est que douleur ». Merveilleux.
La seconde est une jam-ragga orientale avec entre autre l’harmoniciste Al Wilson (du groupe Canned Heat), et qui n’a rien à voir avec tout ce qui lui précède sur le disque.
Mais c’est assez normal pour Neil. Comme Tim Buckley, son plus grand disciple, Fred Neil semble en permanence vouloir dire « Vous êtes bien gentils, je vous ai chanté de jolies chansons, on va pouvoir maintenant faire un peu de musique ». Et quand on les laisse faire Neil ou Buckley père, ne pas s’attendre à des tubes radio.
Sessions débute avec Please Send me Someone to Love du chanteur Percy Mayfield, un blues extraordinaire ou la voix de Neil se bat en duel avec la contrebasse. Montez les basses à fond et tremblez.
Mieux ne vaut pas être seul en pleine nuit pour écouter Merry Go Round et Look Over Yonder. Difficile de faire moins drôle, mais cette voix mes amis, six pieds sous terre, du blues ni noir ni blanc, juste du blues. Ses « hmm hmm » ponctuant les solos de guitares sont vraiment impressionnants de gravité.
Ces Sessions se terminent par les énergiques Looks Like Rain et Roll On Rosie, deux jams sous caféine, ou l’ambiance semble être bien détendue en cette heure qu’on devine tardive. La voix de Neil est au sommet en crooner folk-blues menant là ou il le souhaite sa petite équipe.

Other Side of This Life est un concert de 1971 et débute tranquillement par la chanson titre avant que Neil ne mette la gomme sur Roll on Rosie et s’impose en roi du cool sur That’s The Bag I’m In, Prettiest Train ainsi que Come Back Baby sur laquelle il est accompagné par le pianiste Les McCann. Trois morceaux ou l’interprétation de Neil atteint des sommets. Ba-De-Da voit le retour de son premier partenaire discographique, le chanteur Vince Martin, tandis que sur le sombre Ya Don’t Miss Your Water c’est l’ange noir de la country Gram Parsons qui vient pousser la chansonnette.

Parmi les quelques inédits de fin de disque, December’s Dream est une curiosité, Neil se faisant beaucoup plus sérieux qu’à l’accoutumé sur cette jolie chanson, au point qu’il est difficile de reconnaître sa voix.
Enfin, How Long Blues-Drown In Tears, longue jam blues, renoue avec la veine des Sessions.

Au chapitre héritiers, on notera le Ba-di de Mark Lanegan sur l’excellent I’ll Take Care of you son album de reprises paru en 1999 chez SubPop et sommet de sa discographie, surtout au vue de ses douteuses et récentes collaborations, du genre Isobel Campbell et Soulsavers. Pas d’électro d’ascenseur ou de tapisserie vocale féminine mais de la soul et du blues sec.
En 1968 c’est le chanteur de soul Al Wilson (pas l’harmoniciste de Canned Heat) qui reprend The Dolphins sur Searching for the Dolphins (SoulCity), dont le titre annonce la couleur. Voix hésitante sur des arrangements luxuriants et pompiers, on s’en passera facilement.
Et Tim Buckley ? Avouons-le, la version studio de Dolphins, sur l’album Sefronia (ManifestoRecords) n’est pas terrible. Ca sent déjà le sapin pour Tim.
En revanche la première version live sur le merveilleux Dream Letter, Live in London 1968(ManifestoRecords) est splendide. 12 cordes, guitare électrique, vibraphone et contrebasse accompagnent la voix divine de Tim Buckley qui survole ce morceau pas facile à chanter (« I’ve been searching for the dolphins in the sea … »)
Sid Selvidge, sur The Cold of The Morning (PeabodyRecords, 1972) s’essaye à une imitation de Fred Neil sur I’ve Got a Secret (didn’t We Shake Sugaree) de Elizabeth Cotten. Produit par Jim Dickinson (Sister Lovers de Big Star entre autres), l’ombre de Neil plane tout au long de cet album de reprises comme on les jouait dans les Coffe House de Greenwich Village ou ce dernier était un modèle pour tous les débutants de la scène folk (pour plus d’explications, lire les Chronicles de Bob Dylan…).
On pouvait aussi y voir et entendre le chanteur et guitariste Kenny Rankin qui, quelques mois auparavant, accompagnait Dylan à la guitare sur le morceau Subterranean Homesick Blues et qui en 1967 sortait Mind Dusters (VividSound), son premier disque sur lequel il s'attaquait lui aussi à The Dolphins, plutôt correctement pour être honnête.
C’était une autre époque. Depuis, Fred Neil s’est retiré des affaires courantes, s’occupant en Floride de sa grande passion, les dauphins, avant de s’éteindre définitivement en 2001.

Pour la discographie complète de Neil, voici un lien qui devrait vous satisfaire :

Et comme il le chantait,

« Tout le monde me parle mais je n’entend personne,
Juste les échos de mon esprit… »
(« Everybody’s Talkin’)
Bon voyage ...