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17/12/2008

PLAT DU JOUR 20 - John Zorn, Roy Orbison, Anthony Hamilton, Jane Birkin, Agnès Varda


Quelques unes des dernières sorties de l'année passées en revue aujourd'hui, avec au programme les disques de  Jane Birkin, Anthony Hamilton ,Roy Orbison et John Zorn .

C’est un euphémisme de dire que l’on a suivi de très loin la carrière discographique de Jane Birkin. La curiosité étant souvent récompensé, l'oreille jetée sur Enfants d’Hiver a offert une belle surprise. Sobrement produit et arrangé, évitez peut-être de le passer à votre famille le soir de Noël. Pour un même résultat, laissez plutôt allumé la gaz.  Désormais avertis, vous pourrez néanmoins apprécier cet album sans vous passez la corde au cou. Pour la première fois, c’est Jane Birkin elle-même qui a écrit tous les textes, ces derniers mis en musique par, entre autres, Alain Souchon et son fils. Ce sont eux par exemple qui signent le superbe Période Bleue, murmure nostalgique qui précède une évocation de Léo Ferré sur le dépouillé piano/voix A la Grâce de Toi. On relèvera également le majestueux et sombre 14 février, on passera sur l’hommage musicalement raté à la Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi et on terminera sur l’émouvante Les Boîtes (« ces boîtes contiennent toute ma vie »), délicatement accompagné par un accordéon discret.
Au final, on tient avec Enfants d’Hiver le meilleur album de Jane Birkin.

Jane BirkinPériode Bleue (Enfants d’Hiver 2008, Liberty)



Le chanteur Anthony Hamilton se maintient lui à un excellent niveau sur The Point of It All. Hamilton, c’est d’abord une voix superbe, chauffée longtemps dans les chœurs de pionniers de la « nu soul », D’Angelo en tête. Reste la musique. Celle-ci n’évite pas les clichés à quelques reprises (les abominables Her Heart et Soul’s on Fire, une intervention ridicule de David Banner sur Cool) mais surnage suffisamment pour qu’on savoure ce disque, bien meilleur que le dernier John Legend et bien plus authentique que tous les affreux Jamie Lidell ou Raphael Saadiq. Quelques ballades moites valent le détour (Hard to Breathe, Please Stay, The Point of It All) et on avouera être particulièrement emballé par un Prayin’ For You/ Superman qui commence en funk/gospel et se termine sur un blues piano/voix qui laisse entrevoir de sacrées promesses !

Anthony HamiltonThe Day We Met (The Point of It All 2008, SoSoDef)



Non, l’homme aux lunettes noires n’est pas ressorti de sa boîte. En revanche, sa musique en sort fièrement ces temps-ci, avec la publication d’un coffret de quatre disques qui couvrent l’ensemble de sa carrière. Au-delà des tubes de l’immense Roy Orbison, puisque c’est de lui qu’il s’agit (Pretty Woman, Crying, Runnin’ Scared, You Got It), c’est la présence de plusieurs démos et enregistrements guitare/voix qui font de The Soul of Rock N’Roll une acquisition indispensable. A ce moment-là vous allez entendre Precious et Claudette et vous allez frémir à l’écoute de cette voix d’un autre monde.

Roy OrbisonPrecious (The Soul of Rock N’Roll 2008, SonyBMG)



Roy OrbisonClaudette (demo) (The Soul of Rock n’Roll 2008, SonyBMG)



Deux disques de John Zorn qui en aura une fois de plus publié une quantité impressionnante cette année. La suite de ses musiques de film d’abord, avec le volume 22, qui fait entendre un quintet vocal a cappella. Mystérieuse et franchement flippante, la musique de The Last Supper se révèle également superbe, quand bien même vous ne l’écouterez pas tous les matins.

John ZornThe Last Supper (The Last Supper 2008, Tzadik)



Mike Patton gueule, la basse électrique de Trevor Dunn est à son volume maximum, John Zorn fait hurler son saxophone comme aux plus belles heures de Naked City et Joey Baron adore ça. Vous écoutez The Crucible, troisième volet des aventures du trio Moonchild (Dunn, Baron, Patton), augmenté cette fois du maître des lieux, John Zorn lui-même. Tous les éléments des différents projets historiques de ce dernier sont réunis ici, de Naked City donc, aux formations Masada, acoustique et électrique, en passant par Painkiller. Trevor Dunn est particulièrement impressionnant, torturant sa basse de belle manière. Et comme il n’en manquait qu’un, Marc Ribot s’habille en Jimmy Page le temps d’un 9 x 9 calqué sur le Black Dog de Led Zeppelin. Que du bonheur.

John Zorn9 X 9 (The Crucible 2008, Tzadik)



Entre tous ces disques, allez voir le magnifique documentaire autobiographique d’Agnès Varda, Les Plages d’Agnès. Des idées incroyables, une inventivité folle, une voix passionnante et une histoire de l’art (Alexander Calder) et du cinéma (Jacques Demy, Chris Marker, Jean-Luc Godard), vous en ressortirez enchanté.

05/12/2008

PLAT DU JOUR 19 - Françoiz Breut, Matthew Herbert, Peven Everett, John Zorn, Vic Chesnutt, Joe Louis Walker, Kindred The Family Soul


Spadee Sam presents – Plat du Jour 19 Mix



01 – Matthew Herbert Big BandThe Story (There’s me and There’s You 2008, K7/Accidental)
02 – Peven EverettWill I See You There (Dear Europe 2008, StudioConfessions)
03 – Kindred The Family SoulCan’t Help It (The Arrival 2008, HiddenBeach)
04 – Vic Chesnutt, Elf Power, The Amorphous StrumsTeddy Bear (Dark Developments 2008, OrangeTwin)
05 – Joe Louis WalkerI Got What You Need (Witness to The Blues 2008, Dixiefrog)
06 – Françoiz BreutLes Jeunes Pousses (A L’Aveuglette 2008, T-Rec)
07 – John ZornMasque en Sole (Filmworks XXI : Belle de Nature-The New Rijksmuseum 2008, Tzadik)

Excellent nouveau disque en big band du compositeur activiste anglais Matthew Herbert. Une poignée d’années après un déjà très bon Goodbye Swingtime (avec Dani Siciliano et Jamie Lidell) , Herbert récidive en grande formation avec, à la tête de celle-ci, la chanteuse Eska Mtungwazi. Départ en trombe avec l’ample The Story, puis un sexy Pontificate et Waiting, l’une des meilleures plages du disque, swing orchestral et groove soyeux. La ballade n’est pas oubliée avec une belle Rich Man’s Prayer. On aura peut-être du mal à tout avaler en une fois mais morceau par morceau, c’est délicieux.

En revanche, les autres disques du moments sont plutôt inégaux.

Chez Peven Everett, c’est une habitude. Chanteur extraordinaire, évoluant à la frontière de la house et de la soul, l’américain publie une quantité ahurissante de disques composés sur des claviers bons marchés. Ne cherchez donc pas de qualités particulières aux compositions d’Everett mais vous pourrez en revanche savourer le groove imparable qui s’échappe naturellement de sa voix.

De belles promesses à l’écoute des deux premiers titres de The Arrival, le nouvel album du duo Kindred and The Family Soul. Ca s’arrête malheureusement là. Une raison supplémentaire d’apprécier la soyeuse ballade nu soul Can’t Help It, en charmante compagnie et pendant les longues soirées d’hiver.

Pour Vic Chesnutt, la bonne série devait bien prendre fin un de ces jours. Mais la chute n’est pas si brutale. Après deux disques fantastiques, Ghetto Bells et The North Star Deserter, ce Dark Developments semble d’abord bien décevant avant de dévoiler ses charmes au fur et à mesure des écoutes. Beaucoup plus léger (on n’hurle pas de rire non plus rassurez vous) qu’à l’accoutumée, comme ce demi-reggae intitulé Teddy Bear.

Dans son numéro de décembre, le magazine Jazzman a choisi le dernier disque de Joe Louis Walker comme disque de l’année dans la catégorie blues, avec cette conclusion : le blues moderne. Si Witness to The Blues est un disque de blues moderne, nous sommes tous des morts vivants. On ne passe pas un si mauvais moment à l’écoute de Witness mais de là à en faire un disque incontournable, il y a de la marge. Visiblement, la musique de Chris Whitley n’a pas encore résonné dans toutes les oreilles.

La seconde partie du vingt et unième volume des musiques de films de John Zorn est sans intérêt (The New Rijksmuseum, clavecin et percussions). Mais avant d’en arriver là, il y a sept plages et une demi heure de très belle musique avec la bande son de Belle de Nature, un film érotico SM. Pas de surprises dans les compositions de Zorn mais l’association de la harpe de Carol Emanuel, des guitares électrique et acoustique de Marc Ribot et de la contrebasse de Shanir Blumenkranz est une réussite. Une musique beaucoup plus douce et agréable que certaines piqûres d’orties...

Enfin, l’un des meilleurs disques de l’année (le meilleur ?) au rayon chanson française. A l’Aveuglette de la chanteuse Françoiz Breut est magnifique. Voix et textes superbes, musique de grands espaces qui évoquent les meilleurs moments de Holden ou évidemment de Dominique A, on est dans une mélancolie jamais assommante et à la fin de ce disque court (un peu plus d’une demi heure), on se presse de réappuyer sur la touche lecture. Mille fois oui à Françoiz Breut, et courrez offrir A l’Aveuglette à vos amis pour les fêtes.

18/10/2008

PLAT DU JOUR 17 - Ep.03 - John Zorn, Trevor Dunn


Les deux derniers volumes de musiques de films composées par John Zorn ont plus d’un point commun.
Musique de chambre, jeux entre les timbres des instruments employés, soit un trio piano/violoncelle/contrebasse pour le volume 19, The Rain Horse, et un quintet accordéon/harpe/contrebasse/violon/violoncelle pour le volume 20 intitulé Sholem Aleichem.
Deux disques à écouter dans un cadre feutré, en regardant tomber la neige.

Sur The Rain Horse, Rob Burger, plus connu jusque là pour ses talents d’accordéoniste au sein du Tin Hat Trio et sur le volume 18 des Filmworks (The Treatment), est au piano. On avouera n’être que moyennement enthousiasmé par son jeu sur l’instrument, surtout entre deux musiciens qui ont eux la parfaite maîtrise du leur, Erik Friedlander au violoncelle et Greg Cohen à la contrebasse. Mais la toute relative « faiblesse » du jeu de Burger au piano ne masque jamais la qualité des thèmes écrits par Zorn. Ainsi ce très beau Forests in The Mist :

John Zorn (Rob Burger/Erik Friedlander/Greg Cohen) – Forests in The Mist (Filmworks XIX, The Rain Horse 2008, Tzadik)



Et le niveau monte encore d’un cran quand Rob Burger laisse la parole au fantastique duo violoncelle/contrebasse :

John Zorn (Greg Cohen/Erik Friedlander) – Dance Exotique (Filmworks XIX, The Rain Horse 2008, Tzadik)




La musique de Sholem Aleichem voit la réapparition de la harpiste Carol Emanuel, une musicienne qu’on avait peu entendu depuis ses prestations remarquées dans les pièces Godard/Spillane de Zorn, au milieu des années 80.
Un retour réussi, d’autant que cette fois, la harpiste est accompagnée par un Rob Burger accordéoniste mais aussi du Masada String Trio au complet, soit Erik Friedlander et Greg Cohen ainsi que Mark Feldman au violon.
L’association des cordes et de l’accordéon faisait déjà bon ménage sur The Treatment mais prend encore une autre dimension avec l'ajout de la harpe. On retrouve les « gimmicks » thématiques de Zorn et ce volume prend parfois des allures de cabaret noir magique.

John ZornShalom, Sholem ! (Filmworks XX, Sholem Aleichem 2008, Tzadik)




Enfin, toujours sur Tzadik, c’est le bassiste Trevor Dunn qui sortait il y a quelques semaines son disque de musiques de films, Four Films. Où l’on retrouve les influences d’Ennio Morricone et surtout des premiers volumes des Filmworks de John Zorn et de Marc Ribot. Des miniatures s’attachant à créer des climats cinématographiques (la « musette » de Paris Whore, "Les Prostitués de Paris").

Trevor Dunn - Isabelle (Four Films 2008, Tzadik)


14/10/2008

PLAT DU JOUR 17 - Ep.01, Le Mix - Lucinda Williams, Jolie Holland, B.B.King, John Zorn, Bob Dylan, Danilo Perez, McCoy Tyner


Spadee Sam presents – Plat du Jour 17 Mix

01 – McCoy Tyner with Marc Ribot500 Miles (Guitars 2008, McCoyTynerMusic)
02 – Danilo PerezAcross The Crystal Sea (Across The Crystal Sea 2008, UniversalJazz)
03 – John ZornMamme Loshen (Filmworks XX : Sholem Aleichem 2008, Tzadik)
04 – B.B.KingBackwater Blues (One Kind Flavor 2008, Geffen)
05 – Lucinda WilliamsTears of Joy (Little Honey 2008, LostHighway)
06 – Bob DylanAin’t Talkin’ (Tell Tale Sign-Bootleg Series Vol.08 2008, Columbia)
07 – Lucinda WilliamsHeaven Blues (Little Honey 2008, LostHighway)
08 – Jolie HollandFox in Its Hole (The Living and The Dead 2008, Anti)
09 – John ZornLucky Me, I’m an Orphan! (Filmworks XX : Sholem Aleichem 2008, Tzadik)
10 – Jolie HollandLove Henry (The Living and The Dead 2008, Anti)

Le légendaire pianiste de John Coltrane s’amuse avec Marc Ribot, comme le fait le celui du quartet actuel de Wayne Shorter avec le grand orchestre de Claus Ogerman qu’on avait entendu en 1977 « Amoroso » de Joao Gilberto. Sinon, John Zorn et la harpe de Carol Emmanuel pour des nouvelles musiques de films, B.B.King ressuscité par T-Bone Burnett, les fonds de tiroir de Bob Dylan et deux fortes têtes de la chanson américaine, Jolie Holland et Lucinda Williams, de retour pour le meilleur et pour le pire.

13/09/2008

PLAT DU JOUR 15 - Ep.04 - Medeski, Martin and Wood, Fred Frith


Déception à l’écoute du onzième volume du Livre des Anges de John Zorn, où le second répertoire Masada est cette fois-ci interprété par le trio Medeski, Martin and Wood.
En effet, on s’ennuie rapidement sur Zaebos, l’un des plus mauvais volumes de la série. On comprend alors que les compositions de Zorn ont définitivement besoin de plus d’espace, une amplitude créée par les cordes du Masada String Trio, du Bar Kokhba Sextet ou du violoncelle d’Erik Friedlander, ou par l’économie de moyens d’un Jamie Saft au piano.
Dans les formations servant la musique la moins aérée, le trio de Marc Ribot avec Calvin Weston et Trevor Dunn, le solo de Uri Caine qui comportait quand même d’excellents moments, on en arrive vite à l’exercice de style, perdant le lyrisme qui fait la force des thèmes de Zorn.
Sur Zaebos, ces derniers semblent avoir déjà été entendu mille fois et surtout, le groupe pêche sur ce qui fait habituellement sa force, l’humour. Respect étrange, manque de distanciation et difficulté aussi de passer après le superbe premier volume de la série par le trio de Jamie Saft, quand bien même John Medeski est plus souvent à l’orgue qu’au piano.
Reste sur Zaebos le plaisir d’entendre cette fabuleuse paire rythmique que forment Billy Martin à la batterie et Chris Wood à la contrebasse. Le rythme « urbain » a-t-il déjà été mieux représenté que par le son et le groove imprimé par Billy Martin ?!

Medeski, Martin and Wood - Asaliah (Zaebos, Book of Angels Vol.11 2008, Tzadik)




Dans un tout autre style, le dernier disque de guitare solo de Fred Frith est superbe, intimiste mais tourné vers les grands espaces. To Sail, To Sail porte donc bien son nom et on pense beaucoup à Bill Frisell ou encore au dernier disque solo d’Erik Friedlander tout au long de cette série de vignettes imaginaires auxquelles Frith donne vie avec une élégance remarquable.

Fred Frith - Because Your Mama Wants You (To Sail, To Sail 2008, Tzadik)



Fred Frith - Sheep's Head, 1963 (To Sail, To Sail 2008, Tzadik)

19/07/2008

PLAT DU JOUR 12 - Coultrain, Daniel Zamir, Trevor Dunn,Edward Perraud,Jean Grae,What's The Science,James Hunter,Bonnie Prince Billy

Spadee Sam presents – Plat du Jour 12 Mix

01 – Diplomats of Solid Sound feat.The DiplomettesSmokey Places (2008, Pravda Records)
02 – Carlos Nino and Lil Sci feat.Tiffany PaigeHigher (What’s The Science-Elevation 2008, PhantomDomestic)
03 – Jean GraeDon’t Rush Me (Jeanius 2008, Blacksmith)
04 – CoultrainUntitled (Follow Ur Lead) (The Adventures of Seymour Liberty 2008, JujuDust)
05 – James HunterTil The End (The Hard Way 2008, HearMusic)
06 – Bonnie Prince BillyWhat’s Missing Is (Lie Down In The Light 2008, DragCity)
07 – Leonard CohenHere It Is (Ten New Songs 2001, Sony)
08 – Carlos Nino and Lil SciConstant (What’s The Science-Elevation 2008, PhantomDomestic)
09 – Bonnie Prince BillyWillow Trees Bend (Lie Down In The Light 2008, DragCity)


En attendant un retour total aux affaires au courant du mois d’août, patientons avec un peu de musique.

Dans l’actualité, les meilleurs albums hip-hop du moment sont sans hésiter ceux de Jean Grae d’un côté et de What’s The Science, alias Carlos Nino et Lil Sci de l’autre.
La première sort Jeanius, avec les beats du producteur 9th Wonder. Les seconds font paraître Elevation. Dans les deux cas, aucune hésitation à avoir, courez en faire l'acquisition.

Ceux qui désespèrent d’avoir des nouvelles discographiques des rois D’Angelo et Maxwell, trouveront le réconfort dans l’excellent album de Coultrain, Adventures of Seymour Liberty. On n'avait pas entendu un disque "masculin" de de ce niveau depuis un long moment (Van Hunt ?) dans la catégorie "nouvelle soul".

http://myspace.com/coultrainmusic


Plus classique, répétons combien The Hard Way, de l’anglais James Hunter, est remarquable.

Très beau aussi, le dernier Bonnie Prince Billy, Lie Down The Light.

Au rayon jazz, l’un des meilleurs disques paru ces temps-ci est I Believe du saxophoniste israélien Daniel Zamir. Six ans après le splendide Children of Israel (qui faisait entendre un ensemble de saxophones composé de, excusez du peu, John Zorn, Marty Ehrlich, Ned Rothenberg, Paul Shapiro, Doug Wieselman et Anat Cohen), Zamir revient cette fois ci entouré de Uri Caine au piano, de Greg Cohen à la contrebasse et de Joey Baron à la batterie, soit la meilleure rythmique du monde.
On peut écouter Let Me In Under Your Wing sur son myspace et si vous appréciez l’Acoustic Masada de John Zorn, il ne fait aucun doute que I Believe sera votre disque de chevet au cours des prochains mois.

Toujours sur Tzadik, le bassiste Trevor Dunn (Mr Bungle, John Zorn, Trio Convulsant) publie ses musiques de films. Sur myspace, écoutez déjà l’émouvant Isabelle, avec Chris Speed à la clarinette, Marika Hughes au violoncelle et Shelley Burgon à la harpe.

Enfin, en bonus, on ne saurait trop vous conseillez de suivre les aventures musicales d’Edward Perraud, l’un des plus passionnant batteur hexagonal et pas que. Membre entre autres des formations Hubbub (en concert à Jazz à Mulhouse le 28 août) et Das Kapital (en concert avec le magnifique projet Wonderland/Lenin on Tour lors des festivals Jazzdor de Strasbourg en novembre et de Berlin en octobre), il donne à entendre d’excellents morceaux sur sa page myspace, tels les savoureux EDGO et Groove 2.

A bon entendeur…

15/05/2008

CEDIM PULSE FESTIVAL, 2ème Soir à l'Artichaut, mercredi 14 mai 2008 avec Zakrya, Primal Band, L'Ensemble du Prince Oreille

Spadee Sam presents - No Me Llores Mas Mix


01 - Arsenio Rodriguez - No Me Llores Mas
02 - John Zorn - Moadim (Filmworks XIV, Hiding and Seeking 2003, Tzadik)
03 - Cassandra Wilson feat.Brandon Ross - The Chosen (The Spirit Music Jamia, Dance of The Infidel 2005, UniversalJazz)


Le hasard fait parfois bien les choses. A moins que ce ne soit un coup de fil à un ami.

Celui qui vous invite à vous rendre à l’Artichaut, mercredi 14 mai, pour assister à l’une des soirées du Cedim Pulse Festival, (Centre d'enseignement et de développement de l'improvisation musicale) qui se déroule jusqu’à dimanche dans ce bar de Strasbourg.

Une fois sur place, les élèves de l’atelier Passage, dirigé par Vincent Posty et Lior Blindermann jouaient, plutôt bien, des pièces de John Zorn, Filmworks XIV (Hiding and Seeking), avec chanteuse (Emmanuelle Zanfonato), contrebasse (Adam Lanfrey), basse électrique (Lionel Mullot), batterie (Yann Gall) et oud (Théophane Hospital). A la conclusion de cet apéritif, No me Llores Mas d’Arsenio Rodriguez, version Marc Ribot et ses Cubanos Postizos.

Puis, l’Ensemble du Prince Oreille. Violoniste-chanteuse (Aline Haelberg), contrebassiste (Rémy Daviau), percussionniste (Julien Gutbier) et guitariste (Fabien Bucher).
Un concert d’excellente facture, où les mélodies fluides prenaient appui sur des ostinatos rythmiques entêtants. Un parfait équilibre de groupe et une musique festive qui ne tombait jamais dans la facilité. De très bons musiciens également avec une mention spéciale au guitariste Fabien Bucher. On aimerait entendre plus souvent l’Ensemble du Prince Oreille.

Faites vous votre avis en les écoutant ici : http://www.myspace.com/ensembleduprinceoreille


Au caveau, Primal Band leur succédait. Initié par le saxophoniste David Florsh (Ozma), le contrebassiste Vincent Posty (tous les groupes jazz de Strasbourg ?!) et le pianiste Christophe Imbs (Christine Clément Polaroïd4), ce projet a pour ambition de réunir un maximum de musiciens de la scène jazz locale autour d’une musique autant écrite qu’improvisée.
Chaque musicien, ou presque, dirigeaient à tour de rôle une de leur composition. Les qualités d’écriture et de direction de Christophe Imbs, David Florsch, Yves Weyh, Vincent Posty ou Pierre Michel ont ainsi été mises en valeur de belle manière. En plus des trois musiciens cités plus haut et du saxophoniste Pierre Michel, le trombone de Pascal Beck, la trompette de Fred Bocquel, la clarinette et la voix de Sylvie Brucker, la batterie de Pascal Gully et l’accordéon de Yves Weyh étaient à entendre dans ce projet ambitieux et passionnant qui n’en est qu’à ses tout débuts.

Enfin, le gros morceau de la soirée était le concert de Zakarya. On connaît l’histoire, Zakarya est le seul groupe français à être signé sur le label Tzadik de John Zorn. Trois albums ont paru depuis 1999 et s’ils sont tout les trois excellents, notamment le dernier sur lequel on note la présence de la guitare de Marc Ribot, rien ne laissait présager de l’intensité du set qu'ils allaient offrir ce soir.
Rock, free jazz, klezmer oriental, un son énorme, des compositions, celles qui figureront sur leur prochain disque, toujours plus compactes et surtout des musiciens impressionnants. A l’accordéon, Yves Weyh, aussi à l’aise dans les dissonances les plus marquées que dans les passages les plus mélodiques. A la guitare, précis et doté d'un son magnifique, Alexandre Wimmer. Comme à son habitude, la rythmique Vincent Posty/Pascal Gully fut remarquable, le premier distribuant violemment ses accords de basse, le second tirant de sa batterie un son à la fois puissant et ouaté.
Invité par le groupe sur deux morceaux, Lior Blindermann a quant à lui pris un fantastique solo d’oud, tout en silences suspendus et entrées hors temps, accompagné par la rythmique Posty/Gully.
Autant dire que le prochain disque qu’enregistre Zakarya cet été est d’ores et déjà attendu avec impatience. En attendant, on les retrouvera à Jazz à Mulhouse le 27 août 2008, dans la salle du Noumatrouff.

Des moments comme la musique, et le jazz en particulier, arrive à en offrir à qui sait recevoir.
Soyez curieux, allez aux concerts, bouffez tout comme disait Oswald de Andrade.

Bonus : Le morceau Windsleepers sur le myspace de Polaroïd4, le quartet de la chanteuse Christine Clément, est superbe.

11/04/2008

SEISM UPDATE ET BLOCKSTOP, Affaires à Suivre

Vous aimez le jazz ? Vous en aimez les rythmiques nerveuses, les cuivres lyriques et joueurs ?
Vous aimeriez épater la gallerie en parlant d'un jeune groupe de qualité mais encore peu connu ?
Ne cherchez plus et allez sur la page myspace des excellents Seism Update qui ne me paient pourtant pas pour dire cela :

http://www.myspace.com/seismupdate

Trois morceaux sur les cinq en écoute sont chaudement recommendés ici : Le groovy De Feu ne Sera Pas le Jeux et son entêtant ostinato de basse, le plus mélodique Cat Dog et surtout Rage Against The Flower, où la puissante rythmique pousse le saxophone vers des contrées où se retrouver plus souvent serait fort agréable. Surtout qu'elles pourraient bien être fréquentées par l'Electric Masada de John Zorn dans ses moments les plus durs.

http://www.youtube.com/watch?v=JiLUO7d4hGw&feature=related

Cette formation de Tours est donc vraiment à découvrir et si on vous laissera le choix de poursuivre vos recherches à propos de ses trois musiciens, disons déjà ici tout le bien que l'on pense du remarquable saxophoniste Julien Duchet ainsi que des excellents Franck Bodin à la batterie et Jean-Baptiste Racagneres à la basse.

Alors certes, de petits ajustements au niveau du son seraient profitables mais avec le strict minimum, Seism Update parvient sur ces enregistrements live à un résultat bien au-dessus de la moyenne, grâce à une énergie formidable et à la qualité de trois musiciens qu'il va falloir suivre de près.


A Strasbourg, une autre formation vaut largement qu'on s'y intéresse. C'est Blockstop.

http://www.myspace.com/blockstop67

Passons vite sur les sujets qui fâchent avec un chanteur un tantinet bavard et une retenue d'ensemble qui, si elle est compréhensible au vu du nombre restreint de concerts donnés par la formation, n'en donne pas moins envie de voir les musiciens lâcher la bride et mettre un peu plus de folie dans leur musique.
En revanche, on peut difficilement dire que les deux morceaux en écoute sur leur myspace ne sont pas excellents. Parfaitement produits, sans faute de goût, on y entend une rythmique d'une rare souplesse (Nicolas Schmidt à la batterie, Denis Maire à la basse), un guitariste qui fait très bien ce qu'il faut, et, Dieu sait si c'est rare, sans jamais en rajouter (Hugues Gerard) ainsi qu' un chanteur (Mr E, américain) dont le flow est particulièrement adapté à cet environnement électrique mais non électronique. Pour résumer, Blockstop sert un hip-hop vraiment cool.

Quand, dans peu de temps, Seism Update aura arrondi quelques angles et Blockstop laissé une plus grande place aux "accidents" dans sa musique, l'heure sera passée d'étonner vos proches, qui auront depuis longtemps succombés à ces deux jeunes excellentes formations.

Il serait dommage de vous laisser distancer...

26/03/2008

LES ANGES AU CHEVET DE LUCIFER, Book of Angels Vol.10 par le Bar Kokhba Sextet


Le guitariste Marc Ribot est présent sur plusieurs disques qui paraissent ces temps-ci sur le label Tzadik.
D’abord sur son album solo, des Exercises in Futility acoustiques et « classiques », qu’on appréciera, selon son humeur du moment, de diverses manières. Intéressant parfois, assommant régulièrement, au final décevant par sa monotonie. Ribot est décidément plus passionnant lorsqu’il multiplie les approches ( le disque Saints par exemple) que quand il maintient le même cap ésthétique tout au long d'un album (le rock saturé d'Asmodeus-Book of Angels Vol.7 ou cet Exercises in Futility).


Ribot allume l’électricité et retrouve l'usage du vibrato surf sur le disque de John Zorn, The Dreamers. Il y est entouré par les membres de l’Electric Masada, Joey Baron à la batterie, Trevor Dunn à la basse, Jamie Saft aux claviers, John Zorn au saxophone alto sur un morceau (Toys) et Cyro Baptista aux percussions. Enfin, Kenny Wollesen, dont on était sans nouvelles depuis quelques temps, fait ici son retour au vibraphone.
Si vous aimez le côté « easy listening » de l’œuvre de Zorn, vous avez déjà l’album The Gift, paru en 2001 et bien meilleur que celui-ci, sur lequel tout n’est néanmoins pas inintéressant. Pour commencer, Mow Mow est plutôt pas mal. A Ride on Cottonfair fait entendre le toujours excellent Jamie Saft au piano. A l'inverse, Anulikwutsayl est un morceau perdu de l’Electric Masada, tandis que l’agaçant Toys donne à entendre John Zorn au saxophone alto. On peut ranger parmi les réussites de The Dreamers cet Exodus, où Jamie Saft au Fender Rhodes et Marc Ribot à la guitare électrique s’en donnent à cœur joie, tandis que toute la formation fait preuve d’une grande douceur sur le superbe Forbidden Tears. Mais The Dreamers n’arrive décidément pas à faire oublier The Gift.


Le meilleur disque sur lequel on peut entendre la guitare de Ribot est Lucifer, le dixième volume du Book of Angels de John Zorn, joué cette fois-ci par le Bar Kokhba Sextet. Rappelons le principe. John Zorn a composé une série de morceaux (dont les titres sont autant de noms d’anges cités dans la Torah) réunis sous le nom de Book of Angels. Plusieurs volumes paraissent avec des formations, à chaque fois différentes, proposant leurs interprétations de ces compositions. Jusqu’à présent, les principales réussites de la série étaient celles du Jamie Saft Trio, du Masada String Trio et du Cracow Klezmer Band.
On peut à présent ajouter à cette liste le Bar Kokhba Sextet. Car Lucifer s’avère passionnant de bout en bout, riche, énergique et lyrique à souhait. Des cordes superbes (Mark Feldman au violon, Erik Friedlander au violoncelle), une des meilleures rythmiques du monde (Joey Baron à la batterie, Greg Cohen à la contrebasse), le génial percussionniste Cyro Baptista, et la fantastique aisance de Marc Ribot à la guitare électrique. Une formation d’une extraordinaire cohésion, d’un équilibre remarquable. Aussi beau mélodiquement que réjouissant rythmiquement, aussi intense que, n’ayons pas peur des mots, divertissant. Si vous aimez la musique, vous aimez déjà le Bar Kokhba Sextet et son Lucifer.

Marc Ribot : Exercises in Futility (Tzadik, 2008)
John Zorn : The Dreamers (Tzadik, 2008)
John Zorn : The Gift (Tzadik, 2001)
Bar Kokhba : Lucifer, Book of Angels Vol.10 (Tzadik, 2008)

http://www.tzadik.com/

En 2005 est paru un superbe triple album live du Bar Kokhba Sextet, à l’occasion du cinquantième anniversaire de John Zorn. Ce sont ces morceaux que l’on a pu entendre lors de leur concert à Marciac l’été dernier, que Mezzo a diffusé et dont on peut voir les images ici :

18/02/2008

A LOVELY WAY TO SPEND YOUR (SATURDAY) EVENING, Christine Clément en Concert à l'Artichaut le 16/02/2008


A Strasbourg, le bon plan du week-end était sans aucun doute d’aller samedi soir écouter, gratuitement, la chanteuse Christine Clément au caveau de l’Artichaut.

Un premier set la voyait en duo avec le saxophoniste Roby Glod. Un début âpre, difficile, qui a semblé en décourager plus d’un, et qui voyait la chanteuse dialoguer avec le saxophoniste, alternant cris et chuchotements, entre Phil Minton et Cathy Berberian. Mais en épousant les pentes parfois abruptes des vocalises de Christine Clément, on arrivait dans des contrées d’une incroyable beauté. Petit à petit, les mouvements vocaux dissonants et agressifs laissaient place à de longues plages contemplatives où il devenait difficile de dissocier la voix des plaintes du saxophone. Les deux musiciens étaient remarquables dans leur capacité à épouser mutuellement les directions musicales proposées par l’un ou l’autre. A la fin du set, on avait en tête toute une série d’images esquissées pendant une heure par le duo Clément/Glod.

http://www.myspace.com/christineclementrobyglod

Quelques minutes plus tard, c’est Pascal Gully qui prenait place derrière sa batterie, Christine Clément manipulant quant à elle une petite console d’où étaient lancées des boucles, à partir de notes et d’accords qu’elle jouait sur son clavier. To Catch a Crab, le nom du groupe, débutait donc un set beaucoup plus « pop », avec une série de morceaux là ou la première partie de la soirée s’était déroulé en continue.
De la douceur, de la poésie, une musique pleine d’imagination, de légèreté et de silences, Pascal Gully superbe de finesse aux balais et aux percussions, assurant un groove permanent, comme une pulsation vitale sur laquelle la voix de la chanteuse se déplaçait, tour à tour d’une mystérieuse neutralité puis l’instant d’après d’une incroyable sensualité.
La voix trouvait également un prolongement naturel dans les notes que jouait Christine Clément à la trompette, là encore avec un délicat sens du temps et des silences.

http://www.myspace.com/tocatchacrab


Vraiment, « Allez aux concerts ». Tel était le message de la chanteuse à la fin de la soirée.

Et pourquoi pas, par exemple, le 26 février au Musée d’art Moderne de Strasbourg, avec deux autres pourvoyeuses de rêves sonores, Andrea Parkins (claviers, accordéons, électroniques) et Jessica Constable (chant, électroniques).

http://www.myspace.com/andreaparkinsandjessicaconstable


D'ici là, écoutez également la norvégienne Maja Ratkje, qui s'apprête à sortir un disque sur le label Tzadik de John Zorn :


http://www.myspace.com/majaratkje


Et faites de beaux rêves…

19/11/2007

JAZZDOR EP.04 - PANIQUE + GILDAS ETEVENARD/AKOSH S. (16/11/2007)

Le groupe Panique, Antoine Arlot au saxophone alto, Eric Hurpeau à la guitare, Pierre Boespflug au Fender Rhodes, Jean-Luc Déat à la basse éclectrique et Charlie Davot à la batterie, montait sur la scène de la Friche Laiterie à 18h le vendredi 16 novembre.
Ce n’était que le troisième concert du groupe originaire de Nancy, formé il y a quelques mois à peine.
Si le groupe ne revendique pas son influence directe, on ne pouvait s’empecher de penser aux formations Masada de John Zorn, acoustique et électrique, notamment de par l’utilisation du Fender Rhodes, de la basse et de la guitare électrique, et meme si Eric Hurpeau, qui jouait de cette dernière, était au niveau du son comme du jeu plutot Frisell que Ribot. Zorn, du reste, n’était jamais très loin lorsque l'on observait Antoine Arlot, par ailleurs excellent, se contorsionner faisant hurler son saxophone sur des morceaux dont la structure, avec thème très marqué précédent des moments d'improvisation, faisait là encore échos à l' Acoustic Masada.
Certains titres lorgnaient quant à eux du coté du rock progressif et de Soft Machine, avec ces thèmes joués à l’unisson entre le saxophone et la guitare.
C’était bien dans les morceaux les plus vifs que Panique était le plus à l’aise, avec un Antoine Arlot tour à tour agressif et lyrique, entouré par de très bons musiciens dont la cohésion y gagnera probablement avec les concerts.
En attendant, ne vous privez pas d'écouter les quelques titres disponibles sur leur site Myspace et pour plus d'informations rendez-vous sur leur excellent site officiel, ou vous pourrez écouter l'intégralité de leur concert au Nancy Jazz Pulsation 2006. Voici les liens :

A 22h, Akosh S. aux saxophones, clarinettes et percussions leur succédait sur la meme scène , accompagné par Gildas Etevenard à la batterie et percussions, pour un voyage de presque une heure et demi dans les paysages d’Europe de l’Est. Etevenard s’est fait particulièrement remarqué lorsqu’il joua sur cet instrument percussif à cordes dont jouent les femmes dans une vallée de Moldavie, le gordon. Un très beau concert qu’il fallait apprécié détendu et déconnecté du quotidien.