01 – Ry Cooder – Humpty Dumpty World (Pull up some Dust & Sit Down, Nonescuh 2011) 02 – Erik Friedlander – Hanky Panky (Bonebridge, Skipstone Records 2011) 03 – Joe Henry – Sticks and Stones (Reverie, Anti 2011) 04 – Tom Waits – Bad as Me (Bad as Me, Anti 2011) 05 – Jim White – This Little Girl (Sounds of The Americans, 101 Distribution 2011) 06 – Steven Bernstein’s MTO feat. Antony Hegarty – Family Affair (MTO plays Sly, The Royal Potato Family 2011) 07 – Bill Frisell – Beautiful Boy (All we are Saying, Savoy Jazz 2011) 08 – Kip Hanrahan – You play with the Night with your Fingertips (At Home in Anger, American Clavé 2011) 09 – Jamie Saft – New Zion (Borscht Belt Studies, Tzadik 2011) 10 – Van Hunt – Falls (Violet) (What Were You Hoping For ?, Red Distribution 2011) 11 – Jean-Louis Murat – Les Souliers Rouges (Grand Lièvre, Polydor 2011) 12 – Wilco – Rising Red Lung (The Whole Love, Dbpm / Anti 2011)
Il est encore temps de revenir brièvement sur quelques uns des meilleurs disques parus en 2008. Sans ordre particulier, voici donc ce qu’il ne fallait pas rater ces douze derniers mois :
ERYKAH BADU - NEW AMERYKAH PT.01, 4TH WORLD WAR (Motown 2008)
La diva nu-soul faisait son grand retour avec le premier volume de sa « nouvelle Amérique », sur lequel elle rendait hommage au P-funk de George Clinton (Amerykahn Promise) et au maître es beats J Dilla (Telephone), nous plongeait dans un magnifique maelström de titres détraqués (Twinkle, The Cell) ou superbement moites (Telephone, That Hump). Vivement la suite.
Erykah Badu – Telephone
MAVIS STAPLES - LIVE HOPE AT THE HIDEOUT (Anti 2008)
Six mois avant l’élection de Barack Obama à la tête des Etats-Unis, Mavis Staples, 65 ans, donnait un concert magique au Hideout, un petit club de Chicago, la ville du futur président. Une série de chansons sur les droits civiques, la plupart tirées de son précédent disque We’ll Never Turn Back (Anti 2006), interprétées avec un optimisme contagieux en compagnie le l'excellent guitariste Rick Holstrom. La voix rauque de Mavis, cinquante ans après ses débuts au sein des Staple Singers de son père, donne toujours autant la chair de poule. Clairement l'un des plus grands disques de soul enregistré depuis bien longtemps, et une sacrée lecçon à tout ceux qui s'y sont maladroitement frottés récemment (de Raphael Saadiq à Amy Winehouse, de Duffy à Nikki Costa) .
Alors qu’on pensait ses meilleurs albums derrière lui, le génial producteur Kip Hanrahan revenait fin 2007 avec le superbe Beautiful Scars, sommet de moiteur urbaine et tropicale. Autour des voix de Brandon Ross et Xiomara Laugart, des cuivres, des guitares, une basse électrique et bien sûr toujours ces percussions magiques. Le disque de l’été, du prochain également, parfait pour descendre des mojitos en charmante compagnie, l’une des fonctions majeures de la musique probablement...
Kip Hanrahan – Xiomara wears The Hat Beautifully
CARLA BOZULICH : EVANGELISTA - HELLO, VOYAGER (Constellation) With SIMONE MASSARON - DANDELIONS ON FIRE (LongSongRecords 2008)
En 2008, impossible de passer à côté de la canadienne Carla Bozulich. Pour cause, deux disques superbes, le premier avec son groupe Evangelista, le second avec le guitariste italien Simone Massaron. Dans les deux cas, des ballades déchirantes (The Blue Room, Dandelions on Fire) le disputent aux blues cabossés (Winds of St Anne, Never Saw Your Face). Plus expérimentales avec Evangelista, les chansons prennent de l’air aux côtés du guitariste italien. Dans les deux cas, la musique eccorchée de Carla Bozulich se révèle parfaitement indispensable.
Evangelista - Truth is Dark Like Outer Space
Carla Bozulich and Simone Massaron – Dandelions on Fire
VINICIO CAPOSSELA - DA SOLO (Warner 2008)
Un point commun entre le Dandelions on Fire de Bozulich/ Massaron et Da Solo, le dernier Vinicio Capossela ? Le batteur Zeno de Rossi, également présent sur le Suite for Tina Modotti du saxophoniste Francesco Bearzatti, l’un des meilleurs disques de jazz de l’année passée. Da Solo est une nouvelle petite merveille du chanteur et pianiste italien. Dépouillé, onirique, partiellement enregistré aux Etats-Unis, notamment la superbe La Faccia della Terra avec Joey Burns et John Convertino de Calexico, Capossela continue de créer une œuvre passionnante, en marge de tout compromis. Et s’il passe près de chez vous, sautez sur l’occasion.
Vinicio Capossela – Sante Nicola
RY COODER - I, FLATHEAD (Nonesuch 2008)
Dernière partie d’un tryptique commencé avec le grandiose Chavez Ravineetpoursuivi par le moins bon My Name is Buddy, I, Flathead renoue avec l'excellence. Le guitariste légendaire de Los Angeles continue ainsi sa série d'albums concepts en compagnie des meilleurs musiciens (son fils Joachim et Jim Keltner à la batterie notamment). Country, tex-mex, rock n’roll, Cooder brasse toute l’histoire de la musique populaire américaine. Un voyage musical en cinémascope.
Ry Cooder with Juliette Commagere– Little Trona Girl
GIANT SAND - ProVISIONS (YepRoc)
1ère classe également pour Howe Gelb et le retour aux affaires de Giant Sand, l'une de ses innombrables formations. Répétons-le, ProVisions enterre la concurrence, Calexico notamment dont la couverture médiatique du dernier album et ses critiques beaucoup trop élogieuses ont quelque chose de suspect. Car en face, Howe Gelb évolue loin des poussives chansonnettes tex-mex de ses anciens camarades. Facilité mélodique, science des arrangements et sens du casting (Isobel Campbell, Neko Case, M.Ward qui lui doit beaucoup). Et bien sûr la voix grave de Howe. La grande classe.
Giant Sand – Pitch and Sway
RODNEY CROWELL - SEX AND GASOLINE (YepRoc 2008)
Sex and Gasoline fut l'une des très bonnes surprises de l'année. Avec Joe Henry à la production, Rodney Crowell a enregistré son meilleur disque à ce jour, et de loin. Une belle collection de chansons adultes, féministes et douces-amères. Parfaitement soutenu par ,entre autres, Jay Bellerose à la batterie, il règne sur ce disque une sérénité, une bonne humeur et une modestie dont on ne se lasse pas.
Rodney Crowell – The Rise and Fall of Intelligent Design
TONY SCHERR - TWIST IN THE WIND (SmellsLikeRecords 2008)
Enfin, on terminera ce tour d’horizon des meilleurs disques de l’année passée avec le Twist in The Wind de Tony Scherr. Plus souvent croisé dans le milieu du jazz, des Lounge Lizards à Bill Frisell en passant par le Sex Mob de Steven Bernstein, Scherr a également collaboré avec Feist. Son second disque en solo est le meilleur et atteitn des sommets sur une poignée de chansons désabusées, All That I Could Ask par exemple, ou encore une reprise faussement bossa de I Want You To Want Me des Cheap Trick. A mille lieux de tout strass et paillettes, de la musique à l'os, parfait exemple de celle qu'on aime ici. Bonne année !
01 – Elvis Costello and The Imposters – Drum and Bone (Momofuku 2008, Universal) 02 – Kylie Auldist with The Bamboos – Community Service Annoucement (Just Say 2008, TruThoughts) 03 – Tricky – C’mon Baby (Knowle West Boy 2008, Pias) 04 – Ry Cooder – Pink-o-Boogie (I, Flathead 2008, Nonesuch) 05 – Solomon Burke – Understanding (Like a Fire 2008, ShoutFactory) 06 – Randy Newman – Harps and Angels (Harps and Angels 2008, Nonesuch) 07 – Elvis Costello and The Imposters – Harry Worth (Momofuku 2008, Universal) 08 – Ry Cooder – Can I Smoke in Here (I, Flathead 2008, Nonesuch) 09 – Randy Newman – Only a Girl (Harps and Angels 2008, Nonesuch) 10 – Matthew Shipp – The Sweet Science (Right Hemisphere 2008, RogueArt)
Avec Elvis Costello, Solomon Burke, Ry Cooder, ou Randy Newman, ce sont des poids lourds de la musique populaire dont les disques sont ou s’apprètent à sortir ces temps-ci.
Le plus lourd des trois est sans conteste le roi Solomon, qui, de son trône, offre Like a Fire à un public dont on fait partie. Mais passée une première écoute rapide et prometteuse, on repère petit à petit les grosses ficelles qui font sombrer l’album dans le superficiel. Avec Eric Clapton ou Ben Harper à l’origine de certains des morceaux, il y avait honnêtement peu d’espoir de marquer les esprits. Surtout depuis l’exceptionnel Don’t Give Up On Me (Anti), qui, en 2002, avait vu le retour aux affaires de Burke. Mais sur ce dernier, c'était Joe Henry qui était aux manettes, et les chansons étaient signées du même Henry, de Tom Waits, Bob Dylan, Elvis Costello, Brian Wilson ou Dan Penn avec des musiciens qui avaient pour noms Jay Bellerose ou Chris Bruce. Un autre monde. Ici, la couche de vernis appliquée au disque par le producteur Steve Jordan ne tient pas les premières pluies et seule la voix, à jamais superbe, de Solomon Burke, survit à l’effondrement de l’édifice.
Elvis Costello lui, va droit au but. Momofuku est un disque de rock direct, bien produit et si l’on est d’humeur à supporter la voix de canard à bout de souffle de Costello, c’est avec plaisir que l’on écoute un album qui débute teigneux, finit romantique, et regorge comme souvent d’excellentes chansons.
Signons vite une pétition pour l’amélioration des arrangements sur les disques pop. Le prochain Randy Newman, Harps and Angels souffre sacrément de ces affreuses vaguelettes de cordes, les mêmes qui pourissent quantité de films. Sinon, l’impression dominante est d’être dans un disque, poli, du Tom Waits de la fin des années 70, Blue Valentine ou Heartattack and Vine. Agréable à écouter, suffisamment court pour ne pas trop s’y ennuyer, les textes canailles de l’extraordinaire parolier qu’est Newman sont beaucoup plus savoureux que la musique sur ce Harps and Angels , loin tout de même d'être un mauvais disque.
On sursaute en entendant la première plage du nouveau Tricky. Un motif de piano et la voix d’outre-tombe du chanteur font espérer le retour à la complexité tordue des premiers albums. Et puis, une chanteuse r’n’b et un gros riff qui tache viennent gâcher le plaisir. Puppy Toy, où le parfait résumé d’un très inégal Knowle West Boy. La flamme rallumée sur Coalition, moite à souhait, et pour le reste, des horreurs comme plusieurs raggas ridicules (Baccative, Balgaga), l’hommage pathétique à Hooverphonic (Past Mistake), ou du r’n’b à l’arrêt (Veronika). Frustrant.
Deux catégories semblent s’être formées dans le monde des nouvelles chanteuses soul. Les « populaires », avec Amy Winehouse bien sûr, puis Duffy, Adele et d’autres d’un côté, et les « alternatives », avec Sharon Jones, Alice Russell, Nicole Willis et désormais Kylie Auldist. Accompagnée par le groupe australien The Bamboos, cette dernière publie sur le label TruThoughts, Just Say, son premier album. On va la faire courte, c’est du déjà entendu mille fois. On peut néanmoins parfaitement l’entendre encore un peu si on nous sert des morceaux aussi bons que Community Service Annoucement ou No Use. En revanche, la reprise de Everybody Here Wants You de Jeff Buckley est dispensable. Surtout que c’est l’un des seuls morceaux de Buckley fils que l’on arrive encore à écouter. En tout cas, Just Say est plus que recommandable.
Pour terminer, Ry Cooder conclue sa trilogie californienne avec I, Flathead, qui, sans égaler le fantastique Chavez Ravine, est bien meilleur que le décevant My Name is Buddy, paru l’an dernier. Jim Keltner est toujours à la batterie et la musique cinématographique servie par Cooder est un très bon exemple de ce qu’on apprécie par ici. Un son chaud, de la musique riche à tous les niveaux, des histoires (Steel Guitar Heaven), de l’éclectisme, de l’humour (Johnny Cash), de la finesse (My Dwarf is Getting Tired), du rêve (Little Trona Girl). I, Flathead, un disque où l’on ne s’ennuie pas un instant. Pouvez-vous en citer beaucoup d’autres en ce moment ?
Comme prévu, revenons sur les meilleurs disques parus en 2007. Pour commencer, trois des grands disques américains de l'année passée, ceux de Mavis Staples, de Lucinda Williams et de Howe Gelb. Points communs à ces trois albums: américains certes, mais aussi, il faut l'avouer, plutot inégaux. Alors pourquoi sont-ils les meilleurs ? c'est simple, les moments forts sur ces trois disques le sont bien plus que chez n'importe qui en 2007.
We'll Never Turn Back est de loin le meilleur album de Mavis Staples. Les précédents étaient souvent assez mal produits, tandis que sur celui-ci, Ry Cooder et son fils Joachim font du très bon boulot. Ni synthés, ni batterie en plastique, c'est acoustique que jouent le guitariste américain avec Mike Elizondo à la contrebasse et Jim Keltner à la batterie sur la fantastique reprise de JB Lenoir, Down In Mississippi, premier titre de l'album, vite suivi par le tout aussi génial Keep You Eyes On The Prize ou la voix grave et rugueuse de Mavis Staples fait frissonner. Regardez aussi le clip, archives qui montrent l'horeur du racisme dans le sud des Etats-Unis il y a de cela quelques dizaines d'années seulement.
Plus joyeux, sur YouTube on peut voir Mavis Staples chanter Eyes On The Prize sur les plateaux de plusieurs émissions de télé américaines, accompagnée par l'excellent guitariste de blues Rick Holmstrom (auteur notamment du très recommandable Hydraulic Groove en 2002 et du tout récent Late In The Night).
La chanteuse est encore au sommet sur le terrible Is The Mississippi ou elle dialogue avec ses choristes et la guitare splendide de Ry Cooder. Si On My Way conclut en beauté cette première partie d'album impeccable, la suite est un cran au dessous mais comment rester à un tel niveau tout le long du disque ?
Comme Ry Cooder sur We'll Never Turn Back, le producteur new-yorkais Hal Willner fait du superbe travail sur West, le dernier disque de Lucinda Williams. Revoila Jim Keltner à la batterie mais également Bill Frisell à la guitare, la violoniste Jenny Scheinman et l'accordéoniste du Tin Hat Trio, Rob Burger. Avec des musiciens pareils, l'attente n'est pas longue avant d'entendre des merveilles comme ce magnifique Mama You Sweet ou la voix légèrement éraillée de Lucinda Williams est accompagnée par les balais de Jim Keltner et les arpèges de guitare de Bill Frisell avant que l'accordéon de Rob Burger ne conclue un morceau en apesanteur. Plus loin, la voix de Williams donne froid dans le dos sur Unsuffer Me ("My Joy is dead"), qui donne malheureusement un peu trop dans l'emphase. Sur Rescue puis Words, la chanteuse retrouve le chemin des merveilles, en partie grace à ses accompagnateurs de luxe. Avec ces deux morceaux et Mama You Sweet, on tient trois merveilles de chansons, à des années-lumières de tout ce qui se fait dans la chanson française actuelle, sans musique, sans rythme et sans musiciens. Et l'on n'a pas encore parlé de Wrap My Head AroundThat, funk glacial et répétitif de presque dix minutes, ou la chanteuse utilise un phrasé presque hip-hop a vous glacer le sang. Fantastique.
Howe Gelb est sans aucun doute l'un des plus grands musiciens actuels. Et disons-le tout de suite, Down Home 2-Return To San Pedro, c'est la grande classe. Enregistré dans une petite église à San Pedro, en hommage à son défunt ami, le guitariste Rainer Ptacek, il est seul ou presque à la guitare sur ce disque ou il alterne inédits et titres plus anciens. Train Singer Song, The Hangin' Judge ("If You're not the new Dylan, who are you?") sont excellents, The Wild Frontier est hilarant, y'a t-il plus classe et plus cool que All Done in Again, Notoriety ou Lonely Man You Are ? Pour terminer, Down On Home achève d'écoeurer la concurrence qui ne pourra que s'incliner devant tant de facilité et de talent. Tant de disques folks sortent chaques semaines, gardez votre argent pour ce Down Home 2-Return To San Pedro, vous ne retournerez peut-etre jamais à San Pedro mais vous vous tournerez définitivement vers Howe Gelb !