14/01/2009

M.WARD - Hold Time + ANDREW BIRD - Noble Beast


L’année débute en fanfare sur le site de la National Public Radio américaine NPR (http://www.npr.org/), avec la possibilité d’écouter en entier les prochains disques d’Andrew Bird et de M.Ward puis dans quelques jours celui de Bruce Springsteen.
Avant d’entendre toutes ces belles choses, j’insisterai encore une fois pour que vous jetiez une oreille sur la magnifique session live et acoustique de Rodney Crowell, accompagné par la violoniste et chanteuse Jenny Scheinman. C'est aussi sur NPR :

Rodney Crowell and Jenny Scheinman in Philadelphia : http://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=93852651

(Playlist : 1.Rodney Crowell - The Rise and Fall of Intelligent Design 2.Rodney Crowell - Moving Work of Art 3.Jenny Scheinman – I Was Young When I Left Home 4.Rodney Crowell – I Want You 5.Rodney Crowell – Sex and Gasoline 6.Rodney Crowell 7.Jenny Scheinman – Come On Down 8.Rodney Crowell )


Il sera alors temps d’entrer pleinement dans la nouvelle année et plusieurs sorties de disques importants.

Parmi ceux-là on trouve Noble Beast, le nouveau Andrew Bird. On vous recommandera chaudement sur celui-ci le somptueux Masterswarm. Pour le reste, vous pourrez vous faire une opinion ici :

Andrew BirdNoble Beast en écoute intégrale sur npr :
http://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=98649962


Npr nous propose également l'écoute de Hold Time, le prochain M.Ward :

http://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=99084694

Ecouter un disque de M.Ward c’est coller son oreille contre un poste de radio d’un autre âge, posé au milieux d’un immense désert poussiéreux et néanmoins lumineux. Pour ce disque, le chanteur et guitariste évoque son admiration pour Roy Orbison ou Buddy Holly, leur manière d’écrire des chansons à la fois triste et joyeuse. Sur celle qui donne son titre au disque, la balance penche sensiblement du côté sombre quand Never Have Nobody Like You vise l’équilibre.
One Hundred Million Years est un morceau classique de M.Ward, une de celle qu’on écouterait par dizaine. Ca tombe bien, la suivante, Fisher of Men est du même tonneau, à peine plus country. Sur Hold Time on croise le temps d’un fantastique Oh Lonesome Me le fantôme de Roy Orbison et la voix majestueuse, bien vivante elle, de l’immense Lucinda Williams. Juste après, Epistemology marche sur les terres classieuses de l’anglais Richard Hawley.
Rien de vraiment nouveau donc, et le monde de la musique n'en sortira pas transformé. Mais de par sa simplicité, sa facilité, ses inombrables qualités, on pourrait dire que Hold Time de M.Ward est l’anti Merriweather Post Pavillion de Animal Collective. Une baguette chaude plutôt qu’une tarte à la crème pas fraîche. Il y a des plaisirs simples.


M.Ward - Hold Time (Clip)

BEST OF 2008 - Tony Scherr, Vinicio Capossela, Carla Bozulich, Giant Sand, Rodney Crowell, Erykah Badu, Ry Cooder, Kip Hanrahan, Mavis Staples

Il est encore temps de revenir brièvement sur quelques uns des meilleurs disques parus en 2008. Sans ordre particulier, voici donc ce qu’il ne fallait pas rater ces douze derniers mois :

ERYKAH BADU - NEW AMERYKAH PT.01, 4TH WORLD WAR (Motown 2008)

La diva nu-soul faisait son grand retour avec le premier volume de sa « nouvelle Amérique », sur lequel elle rendait hommage au P-funk de George Clinton (Amerykahn Promise) et au maître es beats J Dilla (Telephone), nous plongeait dans un magnifique maelström de titres détraqués (Twinkle, The Cell) ou superbement moites (Telephone, That Hump). Vivement la suite.

Erykah BaduTelephone


MAVIS STAPLES - LIVE HOPE AT THE HIDEOUT (Anti 2008)

Six mois avant l’élection de Barack Obama à la tête des Etats-Unis, Mavis Staples, 65 ans, donnait un concert magique au Hideout, un petit club de Chicago, la ville du futur président. Une série de chansons sur les droits civiques, la plupart tirées de son précédent disque We’ll Never Turn Back (Anti 2006), interprétées avec un optimisme contagieux en compagnie le l'excellent guitariste Rick Holstrom. La voix rauque de Mavis, cinquante ans après ses débuts au sein des Staple Singers de son père, donne toujours autant la chair de poule. Clairement l'un des plus grands disques de soul enregistré depuis bien longtemps, et une sacrée lecçon à tout ceux qui s'y sont maladroitement frottés récemment (de Raphael Saadiq à Amy Winehouse, de Duffy à Nikki Costa) .

Mavis StaplesFor What It’s Worth

KIP HANRAHAN - BEAUTIFUL SCARS (American Clavé 2007)


Alors qu’on pensait ses meilleurs albums derrière lui, le génial producteur Kip Hanrahan revenait fin 2007 avec le superbe Beautiful Scars, sommet de moiteur urbaine et tropicale. Autour des voix de Brandon Ross et Xiomara Laugart, des cuivres, des guitares, une basse électrique et bien sûr toujours ces percussions magiques. Le disque de l’été, du prochain également, parfait pour descendre des mojitos en charmante compagnie, l’une des fonctions majeures de la musique probablement...

Kip HanrahanXiomara wears The Hat Beautifully


CARLA BOZULICH : EVANGELISTA - HELLO, VOYAGER (Constellation)
With SIMONE MASSARON - DANDELIONS ON FIRE (LongSongRecords 2008)

En 2008, impossible de passer à côté de la canadienne Carla Bozulich. Pour cause, deux disques superbes, le premier avec son groupe Evangelista, le second avec le guitariste italien Simone Massaron.
Dans les deux cas, des ballades déchirantes (The Blue Room, Dandelions on Fire) le disputent aux blues cabossés (Winds of St Anne, Never Saw Your Face). Plus expérimentales avec Evangelista, les chansons prennent de l’air aux côtés du guitariste italien. Dans les deux cas, la musique eccorchée de Carla Bozulich se révèle parfaitement indispensable.

Evangelista - Truth is Dark Like Outer Space

Carla Bozulich and Simone MassaronDandelions on Fire



VINICIO CAPOSSELA - DA SOLO (Warner 2008)

Un point commun entre le Dandelions on Fire de Bozulich/ Massaron et Da Solo, le dernier Vinicio Capossela ? Le batteur Zeno de Rossi, également présent sur le Suite for Tina Modotti du saxophoniste Francesco Bearzatti, l’un des meilleurs disques de jazz de l’année passée.
Da Solo est une nouvelle petite merveille du chanteur et pianiste italien. Dépouillé, onirique, partiellement enregistré aux Etats-Unis, notamment la superbe La Faccia della Terra avec Joey Burns et John Convertino de Calexico, Capossela continue de créer une œuvre passionnante, en marge de tout compromis. Et s’il passe près de chez vous, sautez sur l’occasion.

Vinicio CaposselaSante Nicola


RY COODER - I, FLATHEAD (Nonesuch 2008)

Dernière partie d’un tryptique commencé avec le grandiose Chavez Ravine et poursuivi par le moins bon My Name is Buddy, I, Flathead renoue avec l'excellence. Le guitariste légendaire de Los Angeles continue ainsi sa série d'albums concepts en compagnie des meilleurs musiciens (son fils Joachim et Jim Keltner à la batterie notamment). Country, tex-mex, rock n’roll, Cooder brasse toute l’histoire de la musique populaire américaine. Un voyage musical en cinémascope.

Ry Cooder with Juliette CommagereLittle Trona Girl


GIANT SAND - ProVISIONS (YepRoc)

1ère classe également pour Howe Gelb et le retour aux affaires de Giant Sand, l'une de ses innombrables formations. Répétons-le, ProVisions enterre la concurrence, Calexico notamment dont la couverture médiatique du dernier album et ses critiques beaucoup trop élogieuses ont quelque chose de suspect. Car en face, Howe Gelb évolue loin des poussives chansonnettes tex-mex de ses anciens camarades. Facilité mélodique, science des arrangements et sens du casting (Isobel Campbell, Neko Case, M.Ward qui lui doit beaucoup). Et bien sûr la voix grave de Howe. La grande classe.

Giant SandPitch and Sway

RODNEY CROWELL - SEX AND GASOLINE (YepRoc 2008)

Sex and Gasoline fut l'une des très bonnes surprises de l'année. Avec Joe Henry à la production, Rodney Crowell a enregistré son meilleur disque à ce jour, et de loin. Une belle collection de chansons adultes, féministes et douces-amères. Parfaitement soutenu par ,entre autres, Jay Bellerose à la batterie, il règne sur ce disque une sérénité, une bonne humeur et une modestie dont on ne se lasse pas.

Rodney CrowellThe Rise and Fall of Intelligent Design

TONY SCHERR - TWIST IN THE WIND (SmellsLikeRecords 2008)

Enfin, on terminera ce tour d’horizon des meilleurs disques de l’année passée avec le Twist in The Wind de Tony Scherr. Plus souvent croisé dans le milieu du jazz, des Lounge Lizards à Bill Frisell en passant par le Sex Mob de Steven Bernstein, Scherr a également collaboré avec Feist. Son second disque en solo est le meilleur et atteitn des sommets sur une poignée de chansons désabusées, All That I Could Ask par exemple, ou encore une reprise faussement bossa de I Want You To Want Me des Cheap Trick. A mille lieux de tout strass et paillettes, de la musique à l'os, parfait exemple de celle qu'on aime ici. Bonne année !

Tony Scherr - Boxcar

09/01/2009

PLAT DU JOUR 21 - Prince, Bruce Springsteen, The Bird and The Bee, William Elliott Whitmore, Ramblin' Jack Elliott, Aroma

Au menu du weekend, une série de chansons à apprécier du réveil jusqu'à bien plus tard dans la nuit.

Vous commencerez volontiers votre journée de shopping avec l’imparable Diamond Dave de The Bird and The Bee. Leur deuxième album, Ray Guns are not Just The Future est assez inégal mais si on compile les meilleurs plages de celui-ci avec les meilleurs du précédent paru en 2007, on obtient une belle collection de chansons électro-pop ensoleillées. En voici deux bons exemples.

The Bird and The BeeAgain and Again (The Bird and The Bee 2007)

The Bird and The BeeDiamond Dave (Ray Guns are Not Just The Future 2009)


Un peu plus tard, pourquoi ne pas échanger l’affreux et déjà dépassé Charlie Winston contre le beaucoup plus rugueux et authentique William Elliott Whitmore. Son prochain disque ne sortira sur Anti que dans quelques semaines mais Old Devils, premier extrait de celui-ci annonce de beaux jours :

William Elliott WhitmoreOld Devils (Animals in The Dark 2009, Anti)


Toujours sur l’excellent label Anti, on suivra juste après celui de Whitmore le nouveau disque de Ramblin’ Jack Elliott. Produit par Joe Henry (qui depuis le début du siècle réalise une série de disques admirables pour certains des plus grands chanteurs et songwriters américains, Solomon Burke, Allen Toussaint, Ani DiFranco, Rodney Crowell, Jim White, Loudon Wainwright, Mary Gauthier,…), A Stranger Here s’annonce comme un très grand cru, comme le montre ce premier extrait, un magnifique Soul of a Man. Tremblez.

Ramblin’ Jack EliottSoul of a Man (A Stranger Here 2009, Anti)


On n’attendra jamais d'immenses miracles de la part de Bruce Springsteen mais on ne cachera pas son plaisir à l’écoute du modeste et émouvant Life Itself, premier titre issu de son prochain Working on a Dream.

Bruce SpringsteenLife Itself (Working on a Dream 2009, Sony)


Après ca il sera déja tard et le moment de vous passer le You Can Fly on My Aeroplane de Wee, réédité l’année dernière par le label Numero Soul et sur lequel vous entendrez le superbe Find Me, Love Me (Anytime you need love, come on and find me).

WeeFind Me, Love Me (You can Fly on My Aeroplane 1977, NumeroSoul)

Faites ensuite un tour sur le myspace d’Aroma, formation dans laquelle on trouve le saxophoniste Daniel Erdmann (Das Kapital, Erdmann 3000), le batteur Samuel Rohrer (BraffOesterRohrer) et le guitariste Frank Möbus, autour de la chanteuse Winnie Brückner. A mi chemin entre pop et jazz, on vous laisse savourer le sensuel Bossa Bossa et le son exceptionnel du saxophone de Daniel Erdmann. N’hésitez pas aussi à vous laisser prendre par les autres morceaux en écoute ici :

www.myspace.com/aromalabor

Enfin, beaucoup plus tard, on jettera une oreille sur le premier titre, moite à souhait, de la nouvelle égérie de Prince, Bria Valente. Le Love Symbol est omniprésent sur Here Eye Come qui montre combien l’homme est toujours au sommet lorsqu’il s’agit de soul satinée. Plutôt que de le voir nous faire un procès, aller écouter ça sur son nouveau site (3ème morceau du lecteur en haut à droite), réalisé vous allez vous en rendre compte (j'espère) avec beaucoup de goût… :

http://www.lotusflow3r.com/

29/12/2008

HOTEL CALIFORNIA de Barney Hoskyins et quelques chansons de Joni Mitchell


Le livre de l'excellent journaliste et critique anglais Barney Hoskyns sur la scène folk rock de Los Angeles entre 1967 et 1976, paru récemment en français, est assez terrifiant. 
Comme son titre anglais l'indique, le personnage essentiel de l'époque est finalement la poudre. Défonce extrême, sexe à go-go et querelles incessantes d'égos surdimensionnés, tel est le résumé du livre, passionnant dans ce qu'il raconte de l'ascension de David Geffen (démoniaques jusqu'au point de faire cohabiter sur son label dans les années 90 Nirvana et les Guns n'Roses). 
On relèvera aussi cette anecdote sur l'habitude de Don Henley des Eagles de faire chercher ses copines en jet privé ou évidemment celles nombreuses sur le morse hippy David Crosby
Joni Mitchell n'est pas en reste et son image est loin de rester immaculée à la fin du livre. En revanche, l'occasion s'est présentée de se replonger dans quelques uns de ses albums et c'est ainsi qu'on a réécouté Court and Spark (1974)) et The Hissing of Summer Lawns (1975), deux disques qui contiennent plusieurs chansons exceptionnelles, dont celles-ci : 

Joni Mitchell - People's Parties (Court and Spark, 1974) 

Joni Mitchell - Don't Interrupt The Sorrow (The Hissing of Summer Lawns, 1975)

Joni Mitchell - The Hissing of Summer Lawns (The Hissing of Summer Lawns, 1975)

Où l'on constate l'incroyable sens du rythme de la canadienne dans cette manière de réciter ses textes, une manière qu'on retrouve chez Prince (The Ballad of Dorothy Parker, Joy in Repetition) dont on sait que Mitchell est l'une des principales influences. 

Loin d'avoir le même talent, David Crosby possédait néanmoins une voix superbe. Bien trop défoncé, celui-ci n'en a que trop peu fait usage. C'est son album If I Could Only Remember my Name (tout est dit) qui témoigne le mieux de ses capacités vocales mais aussi de ses limites en tant que compositeur et son état de junkie. 

David Crosby - Traction in  The Rain (If I Could Only Remember my Name, 1971) 

Quant à Neil Young, lui non plus n'est pas toujours épargné dans le livre de Barney Hoskyns. Reste qu'il est certainement avec Joni Mitchell l'un des musiciens les plus talentueux de tous. La preuve en musique avec les sorties de plusieurs albums live de l'époque ou le ténébreux canadien est au sommet. 40 ans plus tard, il l'a à peine quitté. 

Neil Young - On The Way Home (Live at Massey Hall 1971)
Neil Young -

Enfin on croise également Tim Buckley et Tom Waits dans Hotel California. Le premier furtivement, pilier du Troubadour jusqu'à sa mort à 28 ans d'une overdose d'héroïne et clap de fin de l'âge d'or. Le second loin de Laurel Canyon, à l'Hôtel Tropicana, picolant avec Rickie Lee Jones et Chuck E.Weiss et sévère envers les hippies des beaux quartiers, les Eagles, America ou Neil Young. Mais comme ce dernier, l'avenir lui donnera raison.

28/12/2008

HORS-CHAMPS Ep.02 - To Catch a Crab

Juste avant la fin de l'année, voici un nouvel épisode de "Hors-Champs", une série destinée à parler de quelques groupes ou artistes non encore signés par des labels.

Dans To Catch a Crab, une formation dont on avait chroniqué le concert à l'Artichaut en début d'année (To Catch a Crab à l'Artichaut), la chanteuse Christine Clément est aux côtés du batteur Pascal Gully (Zakarya). Si la sortie de leur premier album est prévue dans quelques mois, les morceaux extraits de ce dernier et disponibles à l'écoute sur myspace sont plus que prometteurs.


Au carrefour de la pop, des musiques électroniques, expérimentales et jazz, un univers sombre d'une richesse musicale impressionnante, au milieu duquel Christine Clément et Pascal Gully font intervenir en plus de la voix et des percussions, guitare électrique, effets électroniques, claviers et trompette.
Des chansons à tiroirs, noires et étranges, comme New Shelter, qui démarre dans un déluge saturé et s'étire vers une atmosphère rappelant les heures sombres de Tricky, tandis qu'à l'inverse, sur Folk, ce sont d'immenses espaces qui semblent suggérés, la trompette laissant alors progressivement place à d'amples vocalises.
Depuis longtemps on apprécie le mystère qui entoure le dialogue étrange et sensuel de Drogenfahnder et sa ponctuation percussive feutrée, ainsi que le dépouillement de Liquide et ses détails aquatiques.
Mais To Catch a Crab c'est aussi Invisible War et Botanic, deux morceaux aux mélodies accrocheuses, aux développements rythmiques remarquables, à se passer en boucle.
On l'avoue volontiers, ici on adore To Catch a Crab, une formation qui rassemble plusieurs des éléments qu'on trouve essentiels dans la musique : une richesse instrumentale qui sait laisser la place aux silences, le soucis des détails, le sens mélodique, un groove qui donne à la musique une respiration ample, et enfin une voix, instrument à part entière, pièce évidemment maîtresse d'un dispositif magnifiquement sensuel. Un disque qui devrait, entre autres, faire le bonheur de l'excellent magazine anglais Wire.

17/12/2008

PLAT DU JOUR 20 - John Zorn, Roy Orbison, Anthony Hamilton, Jane Birkin, Agnès Varda


Quelques unes des dernières sorties de l'année passées en revue aujourd'hui, avec au programme les disques de  Jane Birkin, Anthony Hamilton ,Roy Orbison et John Zorn .

C’est un euphémisme de dire que l’on a suivi de très loin la carrière discographique de Jane Birkin. La curiosité étant souvent récompensé, l'oreille jetée sur Enfants d’Hiver a offert une belle surprise. Sobrement produit et arrangé, évitez peut-être de le passer à votre famille le soir de Noël. Pour un même résultat, laissez plutôt allumé la gaz.  Désormais avertis, vous pourrez néanmoins apprécier cet album sans vous passez la corde au cou. Pour la première fois, c’est Jane Birkin elle-même qui a écrit tous les textes, ces derniers mis en musique par, entre autres, Alain Souchon et son fils. Ce sont eux par exemple qui signent le superbe Période Bleue, murmure nostalgique qui précède une évocation de Léo Ferré sur le dépouillé piano/voix A la Grâce de Toi. On relèvera également le majestueux et sombre 14 février, on passera sur l’hommage musicalement raté à la Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi et on terminera sur l’émouvante Les Boîtes (« ces boîtes contiennent toute ma vie »), délicatement accompagné par un accordéon discret.
Au final, on tient avec Enfants d’Hiver le meilleur album de Jane Birkin.

Jane BirkinPériode Bleue (Enfants d’Hiver 2008, Liberty)



Le chanteur Anthony Hamilton se maintient lui à un excellent niveau sur The Point of It All. Hamilton, c’est d’abord une voix superbe, chauffée longtemps dans les chœurs de pionniers de la « nu soul », D’Angelo en tête. Reste la musique. Celle-ci n’évite pas les clichés à quelques reprises (les abominables Her Heart et Soul’s on Fire, une intervention ridicule de David Banner sur Cool) mais surnage suffisamment pour qu’on savoure ce disque, bien meilleur que le dernier John Legend et bien plus authentique que tous les affreux Jamie Lidell ou Raphael Saadiq. Quelques ballades moites valent le détour (Hard to Breathe, Please Stay, The Point of It All) et on avouera être particulièrement emballé par un Prayin’ For You/ Superman qui commence en funk/gospel et se termine sur un blues piano/voix qui laisse entrevoir de sacrées promesses !

Anthony HamiltonThe Day We Met (The Point of It All 2008, SoSoDef)



Non, l’homme aux lunettes noires n’est pas ressorti de sa boîte. En revanche, sa musique en sort fièrement ces temps-ci, avec la publication d’un coffret de quatre disques qui couvrent l’ensemble de sa carrière. Au-delà des tubes de l’immense Roy Orbison, puisque c’est de lui qu’il s’agit (Pretty Woman, Crying, Runnin’ Scared, You Got It), c’est la présence de plusieurs démos et enregistrements guitare/voix qui font de The Soul of Rock N’Roll une acquisition indispensable. A ce moment-là vous allez entendre Precious et Claudette et vous allez frémir à l’écoute de cette voix d’un autre monde.

Roy OrbisonPrecious (The Soul of Rock N’Roll 2008, SonyBMG)



Roy OrbisonClaudette (demo) (The Soul of Rock n’Roll 2008, SonyBMG)



Deux disques de John Zorn qui en aura une fois de plus publié une quantité impressionnante cette année. La suite de ses musiques de film d’abord, avec le volume 22, qui fait entendre un quintet vocal a cappella. Mystérieuse et franchement flippante, la musique de The Last Supper se révèle également superbe, quand bien même vous ne l’écouterez pas tous les matins.

John ZornThe Last Supper (The Last Supper 2008, Tzadik)



Mike Patton gueule, la basse électrique de Trevor Dunn est à son volume maximum, John Zorn fait hurler son saxophone comme aux plus belles heures de Naked City et Joey Baron adore ça. Vous écoutez The Crucible, troisième volet des aventures du trio Moonchild (Dunn, Baron, Patton), augmenté cette fois du maître des lieux, John Zorn lui-même. Tous les éléments des différents projets historiques de ce dernier sont réunis ici, de Naked City donc, aux formations Masada, acoustique et électrique, en passant par Painkiller. Trevor Dunn est particulièrement impressionnant, torturant sa basse de belle manière. Et comme il n’en manquait qu’un, Marc Ribot s’habille en Jimmy Page le temps d’un 9 x 9 calqué sur le Black Dog de Led Zeppelin. Que du bonheur.

John Zorn9 X 9 (The Crucible 2008, Tzadik)



Entre tous ces disques, allez voir le magnifique documentaire autobiographique d’Agnès Varda, Les Plages d’Agnès. Des idées incroyables, une inventivité folle, une voix passionnante et une histoire de l’art (Alexander Calder) et du cinéma (Jacques Demy, Chris Marker, Jean-Luc Godard), vous en ressortirez enchanté.

05/12/2008

PLAT DU JOUR 19 - Françoiz Breut, Matthew Herbert, Peven Everett, John Zorn, Vic Chesnutt, Joe Louis Walker, Kindred The Family Soul


Spadee Sam presents – Plat du Jour 19 Mix



01 – Matthew Herbert Big BandThe Story (There’s me and There’s You 2008, K7/Accidental)
02 – Peven EverettWill I See You There (Dear Europe 2008, StudioConfessions)
03 – Kindred The Family SoulCan’t Help It (The Arrival 2008, HiddenBeach)
04 – Vic Chesnutt, Elf Power, The Amorphous StrumsTeddy Bear (Dark Developments 2008, OrangeTwin)
05 – Joe Louis WalkerI Got What You Need (Witness to The Blues 2008, Dixiefrog)
06 – Françoiz BreutLes Jeunes Pousses (A L’Aveuglette 2008, T-Rec)
07 – John ZornMasque en Sole (Filmworks XXI : Belle de Nature-The New Rijksmuseum 2008, Tzadik)

Excellent nouveau disque en big band du compositeur activiste anglais Matthew Herbert. Une poignée d’années après un déjà très bon Goodbye Swingtime (avec Dani Siciliano et Jamie Lidell) , Herbert récidive en grande formation avec, à la tête de celle-ci, la chanteuse Eska Mtungwazi. Départ en trombe avec l’ample The Story, puis un sexy Pontificate et Waiting, l’une des meilleures plages du disque, swing orchestral et groove soyeux. La ballade n’est pas oubliée avec une belle Rich Man’s Prayer. On aura peut-être du mal à tout avaler en une fois mais morceau par morceau, c’est délicieux.

En revanche, les autres disques du moments sont plutôt inégaux.

Chez Peven Everett, c’est une habitude. Chanteur extraordinaire, évoluant à la frontière de la house et de la soul, l’américain publie une quantité ahurissante de disques composés sur des claviers bons marchés. Ne cherchez donc pas de qualités particulières aux compositions d’Everett mais vous pourrez en revanche savourer le groove imparable qui s’échappe naturellement de sa voix.

De belles promesses à l’écoute des deux premiers titres de The Arrival, le nouvel album du duo Kindred and The Family Soul. Ca s’arrête malheureusement là. Une raison supplémentaire d’apprécier la soyeuse ballade nu soul Can’t Help It, en charmante compagnie et pendant les longues soirées d’hiver.

Pour Vic Chesnutt, la bonne série devait bien prendre fin un de ces jours. Mais la chute n’est pas si brutale. Après deux disques fantastiques, Ghetto Bells et The North Star Deserter, ce Dark Developments semble d’abord bien décevant avant de dévoiler ses charmes au fur et à mesure des écoutes. Beaucoup plus léger (on n’hurle pas de rire non plus rassurez vous) qu’à l’accoutumée, comme ce demi-reggae intitulé Teddy Bear.

Dans son numéro de décembre, le magazine Jazzman a choisi le dernier disque de Joe Louis Walker comme disque de l’année dans la catégorie blues, avec cette conclusion : le blues moderne. Si Witness to The Blues est un disque de blues moderne, nous sommes tous des morts vivants. On ne passe pas un si mauvais moment à l’écoute de Witness mais de là à en faire un disque incontournable, il y a de la marge. Visiblement, la musique de Chris Whitley n’a pas encore résonné dans toutes les oreilles.

La seconde partie du vingt et unième volume des musiques de films de John Zorn est sans intérêt (The New Rijksmuseum, clavecin et percussions). Mais avant d’en arriver là, il y a sept plages et une demi heure de très belle musique avec la bande son de Belle de Nature, un film érotico SM. Pas de surprises dans les compositions de Zorn mais l’association de la harpe de Carol Emanuel, des guitares électrique et acoustique de Marc Ribot et de la contrebasse de Shanir Blumenkranz est une réussite. Une musique beaucoup plus douce et agréable que certaines piqûres d’orties...

Enfin, l’un des meilleurs disques de l’année (le meilleur ?) au rayon chanson française. A l’Aveuglette de la chanteuse Françoiz Breut est magnifique. Voix et textes superbes, musique de grands espaces qui évoquent les meilleurs moments de Holden ou évidemment de Dominique A, on est dans une mélancolie jamais assommante et à la fin de ce disque court (un peu plus d’une demi heure), on se presse de réappuyer sur la touche lecture. Mille fois oui à Françoiz Breut, et courrez offrir A l’Aveuglette à vos amis pour les fêtes.