17/03/2010

QUELQUES CHANTEURS...

Spadee Sam presents – When Spring Comes Around Mix

01 – Sam Cooke – Sugar Dumpling (The Unforgettable, 1966 RCA)
02 – Tommy Tate – Stand By Me (Hold On, The Jackson Sessions, 2008 Soulscape)
03 – Johnnie Taylor – I Dreamed that Heaven was Like This (Lifetime, a Retrospective of Soul, Blues, Gospel 1956-1999 Stax)
04 – Bobby « Blue » Bland – Angel Girl (The Duke Recordings Vol.03, That Did It ! 1996 MCA)
05 – Johnnie Taylor – Where There’s Smoke There’s Fire (Raw Blues, 1969 Stax)
06 – Mark Murphy – Where Am I Going (Live in Washington, 1978)
07 – Mark Murphy – Who Can I Turn To (When Nobody Needs Me) (Who Can I Turn To, 1966 Sequel Records)
08 – Harry Belafonte – When Spring Comes Around (Sings of Love, 1968 RCA)

Amateurs de nouveautés, passez votre chemin !

Voici pourtant vingt minutes de bonheur absolu, en compagnie de six des plus grands chanteurs de tous les temps.

Sam Cooke pour commencer, en roue libre sur Sugar Dumpling. Rien dire ou dire beaucoup, la conclusion est la même : la voix parfaite.
En comparaison, Tommy Tate paraît avoir dix chats coincés dans la gorge sur le classique Stand By Me de Ben E.King. Mais après un étrange chorus d’orgue, sa voix s’envole vers les sommets.
D’accord, le gospel des Soul Stirrers avec Johnnie Taylor ressemble beaucoup au gospel des Soul Stirrers avec Sam Cooke. Mais à ce niveau là, deux sermons valent mieux qu’un.
Du gospel au blues le plus rauque, il n’y a qu’un pas que Johnnie n’hésite pas à franchir dans une incroyable chanson sur la suspicion et la jalousie ("It took all day to go shopping. Tell me what did you buy ?") . L’écrivain Peter Guralnick, auteur de l’incontournable « Sweet Soul Music » (Allia) en parle comme « du pur Sam Cooke croisé avec une version revue par Memphis du son de Bobby « Blue » Bland période Duke. L’effet rendu est à la fois doux et viscéralement excitant – l’impact émotionnel produit n’est comparable qu’aux œuvres d’Otis Redding ou de William Bell ». Vendu !
Mark Murphy, l’un des grands chanteurs de jazz et il n’y en a pas eu beaucoup. Ici une reprise en public d’une chanson écrite par Dorothy Fields et Cy Coleman et chantée, entre autres, par Dusty Springfield sur l’album du même nom. Puis, en version bossa, l’une de mes chansons préférées, Who Can I Turn To (When Nobody Needs Me).
Une merveille pour finir. When Spring Comes Around, par Harry Belafonte. On peut comme moi ne pas être fan de ses innombrables calypsos. Mais écoutez en boucle son placement vocal sur cette bossa en apesanteur, sur son lit de cordes superbement arrangé et son saxophone langoureux. La grande classe.

08/03/2010

SAVE YOUR LOVE FOR ME

Spadee Sam presents – Save Your Love for Me Mix
01 – Bobby “Blue” BlandSave Your Love For Me (The Duke Recordings Vol.03, Duke)
02 – Jose JamesSave Your Love For Me (Blackmagic, Brownswood 2010)
03 – Nancy Wilson and Cannonball AdderleySave Your Love For Me (Nancy Wilson/Cannonball Adderley, 1962 Capitol)
04 – Alex ChiltonSave Your Love For Me (Cliches, 1994 New Rose)

SAVE YOUR LOVE FOR ME (Buddy Johnson)

Wish I knew
Why I'm so in love with you
No one else in this world will do
Darling please save your love for me
Run away
If I were wise I'd run away
But like a fool I stay
And pray you'll save your love for me
I can feel it
Even when you're not here
Can't conceal it
I really love you my dear
And though I know no good
Can come from loving you
I can't do a thing I'm so in love with you

So darling
Help me please
Have mercy on a fool like me
I'm so unwise but still I plead
Darling please save you love for me
So darling help me please
Have mercy on a fool like me
I know I'm lost but stll I plead
Darling please save your love for me
You can have fun with the crowd
But for crying out loud
Darling please save your love for me

Jose James reprenait Save Your Love For Me, le vieux standard de Buddy Johnson, sur son album BlackMagic. Du talent, une voix intéressante. On entendait dire de lui qu’il est le “nouveau chanteur de jazz”.N'écoutez jamais ce qu'on vous dit.
José James chantait Code, et plutôt pas mal. Il se coltinait donc aussi à Save Your Love For Me. Là, les choses se gâtent. Celui qui s’était fait connaître grâce à l’appui du fatigant Gilles Peterson fait dans la musique d’ascenseur. Pas de vie, pas de rythme, était-ce vraiment nécessaire ?
Mais Save Your Love for Me est une chanson que peu chantent comme il faut.
C’est d’abord une chanson d’homme. Prenez la version de Nancy Wilson. L’ambiance est bonne, détendue. Une fin de nuit enfumée. Pourtant, ça ne colle pas. Même Cannonball Adderley au saxophone la “chante” mieux qu’elle.
Celle de Bobby “Blue” Bland ensuite. Derrière ses atours de vieille scie romantique sirupeuse, Save Your Love For Me est une chanson faite pour les durs, de ceux qui, l'espace d'un instant à peine, ont mis un genoux à terre. Cette version de Bland fait partie des extraordinaires “Duke Recordings”. Trois doubles disques monumentaux de blues/soul sur lesquels sa voix rauque se débat au milieu d'arrangements de cuivres parfaits. Y a t-il vraiment eu mieux un jour ?
Pour interpréter Save Your Love For Me, la réponse est oui. Sur Clichés, un disque de reprises acoustiques paru au milieu des années 90. Je n'ai aucune idée de l'endroit exact ou Alex Chilton a bien pû enregistré sa version mais à la fin de la prise, il pose sa guitare au bord du lit, se lève et sort une bière glacée du réfrigérateur. C’est comme cela qu’il faut la chanter.


10/02/2010

PLAT DU JOUR 28 - Paradise Circus Mix

Spadee Sam presents - Paradise Circus Mix

01 - Yppah - Gumball Machine Weekend (They Know What Ghost Know, Ninja Tune 2009)
02 - RJD2 feat.Aaron Livingston - Crumbs off The Table (The Colossus, XL Recordings 2010)
03 - Georgia Anne Muldrow - Indeed (Kings Ballad, Ubiquity 2010)
04 - Strong Arm Steady feat.Planet Asia prod.by Madlib- Chittlins and Pepsi (In Search of Stoney Jackson, Stones Throw 2010)
05 - Georgia Anne Muldrow - Room Punk! (Kings Ballad, Ubiquity 2010)
06 - Jagga Jazzist - Banfleur Overalt (One-Armed Bandit, Ninja Tune 2010)
07 - Blockhead - Attack The Doctor (The Music Scene, Ninja Tune 2009)
08 - Four Tet - She Just Likes to Fight (There Is Love in You, Ninja Tune 2010)
09 - Massive Attack feat.Hope Sandoval - Paradise Circus (Heligoland, Virgin 2010)
10 - Blockhead - The Prettiest Sea Slug (The Music Scene, Ninja Tune 2009)

28/01/2010

PLAT DU JOUR 27 - THE NIGHT TRAVELER MIX

Spadee Sam presents - Plat du Jour 27, "The Night Traveler" Mix


01 - Gilberto Gil - Flora (Bandadois, Warner 2009)
02 - P.Promdan - Keng Ma (Dog Races) (Thai Pop Spectacular 1960-1980's, Sublime Frequencies 2007)
03 - Madlib and Guilty Simpson - Lucky Guy (Medicine Show N°01, The Verdict, StonesThrow 2010)
04 - Medeski, Martin and Wood - Gwyra Mi (Radiolarians III, Indirecto 2009)
05 - Lucien Dubuis Trio feat.Marc Ribot - Bal Les Masques (Ultime Cosmos, Enja 2009)
06 - Guy Klucevsek - Night Traveler (after Mary Oliver) (Dancing on The Volcano, Tzadik 2009)
07 - Lambchop - Ohio (Oh (Ohio), Merge 2008 )
08 - The Tindersticks - Keep You Beautiful (Falling Down a Moutain, 4AD 2010)
09 - Laura Veirs - Wide-Eyed, Legless (July Flame, RavenMarchingBand 2010)

Gilberto Gil e Maria Rita - Amor ate o fim



Lucien Dubuis Trio feat.Marc Ribot - Bal Les Masques (Live 2005)

26/01/2010

LEONARD MICHAELS


Jan.21, ‘61
Sylvia’s girlfriends are Naomi, Susie, Sally, Jolie, Ellen, and Baïba.
Boyfriends are Harvey and Steve. All can be categorized by a few major facts - pretty, handsome, smart, wealthy, good, bad, depressed, funny. If you’re one thing you can’t be two or three, at least not fully. If someone is good, almost everything else seems trivial.

Leonard Michaels, Time out of Mind-The Diaries of Leonard Michaels 1961-1995 (Riverhead Books)

New-York, 21 janvier 1961, premières lignes du journal de Leonard Michaels, qui commence fin 1960 et que l'écrivain tiendra, si ce n’est jusqu’à son décès en 2003, au moins jusqu’en 1995, année à laquelle s’arrête ce recueil pas encore traduit en français.
Il semble que la toute récente traduction aux éditions Bourgeois des nouvelles de Michaels et de Sylvia, l’un de ses rares romans, rencontrent un beau succès en librairie. Tant mieux. Les choses n’ont plus tout à fait la même saveur après qu'on ait lu une phrase de Leonard Michaels. Dans ces cinq phrases là, tout ou presque est dit sur son oeuvre, sur l'acuité de sa pensée et de son écriture, sa vision du monde qui l'entoure à la fois simple et lumineuse, humble, d’une précision extrême.
Le jour où l'intégrale de ses nouvelles est arrivée dans ma boîte aux lettres, j'en ai choisi une au hasard, la plus courte. En anglais, elle a pour titre « Intimations ». Ouvrez « Conteurs, Menteurs », dans une librairie et lisez -là (à peine plus d’une page, j’en ai oublié le titre en français mais vous la trouverez facilement). Après cela, vous ne pourrez plus vous passer de Leonard Michaels.


"Intimations" (Leonard Michaels) / All Blues (Miles Davis) by Heinz Sauer and Michael Wollny



Vous vous procurerez Sylvia, du même auteur, également paru en français chez Christian Bourgeois. 1960, Michaels fait la rencontre de Sylvia Bloch dans un appartement new-yorkais. « La question de ce que j’allais faire durant les quatre années à venir fut réglée dans l’instant ». « L’histoire de 4 années de passion qui les voient se marier puis se séparer avant que Sylvia ne commette l'irréparable. Ecrit à partir du journal que Michaels a commencé à tenir à cette époque, un récit d’une finesse et d’une précision incroyable, sans aucun pathos, écrit près de 30 ans après les faits. Une déclaration d’amour éternelle dont vous pourrez lire un extrait ici : After a Fight, From Sylvia : http://harpers.org/archive/1992/12/0001096
Et dont vous ne sortirez pas indemne.
Vous l’aurez compris, demain à la première heure, jetez-vous dans la lecture de Leonard Michaels.

25/01/2010

SO FULL OF SHAPES... Juliette de Banes Gardonne, Philippe Mouratoglou, Jean-Marc Foltz

Dowland, mort en 1626 et Britten, en 1976. Je ne connaissais jusqu’à samedi ces deux compositeurs anglais que de nom. Le second au moins, dont Jeff Buckley ou plus récemment Camille avaient repris des extraits de la « Ceremony of Carols ». L’autre soir donc, dans l’oratoire du Temple Neuf, Juliette de Banes Gardonne, mezzo-soprano, Philippe Mouratoglou, guitariste, et Jean-Marc Foltz, clarinettiste, jouaient « So full of shapes… », un programme consacré aux chansons des premiers cités, sur des textes de Shakespeare. Quelques proches avertis, ambiance détendue et silence imposé pour cause d’enregistrement du concert.
Loin de tout classicisme étriqué, ce programme, créé en août 2009 au festival de la Chaise-Dieu, se joue grand ouvert. Bien sûr, l’interprétation respecte l’écriture des deux britanniques. Mais par quelques introductions et interludes improvisés, les deux instrumentistes créent des climats surprenants dans ce genre de répertoire et insuflent une vie nouvelle aux chansons, magnifiquement interprétées par Juliette de Banes Gardonne. Ainsi des Lute Songs de Dowland mais surtout des Folksongs de Britten, en particulier les pièces les plus fortes comme I Will Give My Love an Apple ou encore The Soldier and The Sailor.
On le sait depuis longtemps, Jean-Marc Foltz est aussi à l’aise dans le domaine de la musique écrite, classique ou contemporaine, que dans le jazz et la musique improvisée, témoignent, en passant, ses deux concerts, en duo et en quartet, pendant le dernier festival Jazzdor, deux prestations remarquables. Il est aussi l’un de ceux qui travaille au plus près ce rapport de l’écrit à l’improvisé, deux approches qu’on a longtemps, à tort, opposé, moins dans les faits que dans les formes sans doute. En témoigne « If », une pièce de Pascal Dusapin, magistralement interprétée samedi soir à la clarinette. Dusapin, qui s’était emparé des mêmes mots de Shakespeare pour écrire « So full of shapes is fancy » en 1990, pour soprano et clarinette basse.
Quant à Philippe Mouratoglou, je suis bien loin d’être un spécialiste, mais peut-on vraiment donner une meilleur interprétation des « Nocturnal after John Dowland for guitar Op.70 » de Britten que celle qu’il en a faite samedi ? Je ne crois pas. Je ne connaissais pas ces pièces mais j’y ai simplement entendu ce que j’aime entendre d’une guitare, d’un guitariste, c'est-à-dire de la musique, un sens de l’espace et du son comme on en entend que très rarement, d’autant plus dans un environnement totalement acoustique. Faites un tour sur son site pour y visionner ces quelques vidéos puis guettez ses prochains concerts.
Jean-Marc Foltz sera lui deux soirs de suite, les 26 et 27 février prochain, au Taps Scala à Strasbourg, avec Bruno Chevillon à la contrebasse et Christophe Marguet à la batterie.
Puis on guettera l’apparition du trio de Banes Gardonne / Mouratoglou / Foltz et de ce programme dans les festivals de France et de Navarre et on se précipitera sur le disque à paraître dans les prochains mois.

D'autres versions des chansons mentionnées plus haut :

John Dowland - What if I never speed ?

John Dowland - If my Complaints could passions move

Benjamin Britten - The Soldier and The Sailor

Benjamin Britten - I Will Give my Love an Apple

24/11/2009

PLAT DU JOUR 25 - Roy Nathanson, Monnette Sudler, Meshell Ndegeocello ...

Spadee Sam presents – Plat du Jour 25 Mix

01 – Roy NathansonLove Train (Subway Moon, Enja Records 2009)
02 – Monnette SudlerIn My Own Way (Meeting of The Spirits, Isma’a 2005)
03 – Group BombinoAmidinine (Guitars from Agadez Vol.02, Sublime Frequencies 2009)
04 – Wu FeiCloud of Birds ((A Distant Youth, Forrest Hill Records 2007)
05 – Bill FrisellLittle Girl (Disfarmer, Nonesuch 2009)
06 – Rob BurgerTimescapes-Bazar (City of Strangers, Tzadik 2009)
07 – Tickley FeatherButtshot (Tickley Feather, Paw Tracks 2008)
08 – Lisa GermanoMagic Neighbor (Magic Neighbor, Young God Records 2009)
09 – Vic ChesnuttChain (At The Cut, Constellations Records 2009)
10 – Eldbjorg RaknesThe Red Wheelbarrow (So Much Depends on a Red Wheelbarrow, Platearbeiderne 2003)
11 – Meshell NdegeocelloHair of The Dog (Devil’s Halo, Mercer Street Records 2009)
12 – Hope Sandoval and The Warm InventionsSatellite (Through The Devil Softly, Nettwerk Records 2009)
13 – Monnette SudlerG-String (Meeting of The Spirits, Isma’a 2005)

Départ en métro new-yorkais avec le “Love Train” des O’Jays repris par le saxophoniste et poète Roy Nathanson, acommpagné notamment du human beatbox d’IsWhat ?! Napoleon Maddox. Destination Philadelphie pour y rencontrer la guitariste/chanteuse Monnette Sudler. Son dernier disque enregistré en France s’écoute gentiment mais rien n’est du niveau de ce superbe Meeting of The Spirits paru en 2005 où se croisent blues, soul, spoken word, folk et jazz. Le cadeau de Noël idéal !
Sur la route, les guitares touaregs du Group Bombino au Niger puis le guzheng de la compositrice chinoise Wu Fei, accompagnée de Fred Frith à la guitare et de Carla Kihlstedt au violon.
Mais aussi le rêve américain avec la guitare de Bill Frisell sur son très beau Disfarmer -et toujours le violon de Carla Kihlstedt - puis les miniatures de l’accordéoniste Rob Burger avant les collages lo-fi de Tickley Feather.
Lisa Germano, sa voix de petite fille sauvage, ses chansons magnifiques qui finissent toujours par se casser la gueule comme un gamin qui finit par jeter ses plus beaux jouets.
Depuis les studios d’Hotel2Tango à Montréal, Vic Chesnutt chante l’un des plus beaux morceaux de son dernier disque « At The Cut ». Depuis la Norvège, Eldbjorg Raknes hypnotise.
Lisa Germano, de retour. L.A. Au violoncelle cette fois, avec Meshell Ndegeocello. 1min41 , c’est la durée de Hair of The Dog, l’un des sommets de Devil’s Halo, un disque qui en compte beaucoup.
Plus au Nord, à San Francisco, la baie vitrée est grande ouverte chez Hope Sandoval. Vagues du Pacifique et micro vintage dans le salon. Même en si charmante compagnie, on finit par descendre sur la plage et s'installer aux côtés de Monnette Sudler. Le blues, la soul, la grande classe.