18/10/2008

PLAT DU JOUR 17 - Ep.03 - John Zorn, Trevor Dunn


Les deux derniers volumes de musiques de films composées par John Zorn ont plus d’un point commun.
Musique de chambre, jeux entre les timbres des instruments employés, soit un trio piano/violoncelle/contrebasse pour le volume 19, The Rain Horse, et un quintet accordéon/harpe/contrebasse/violon/violoncelle pour le volume 20 intitulé Sholem Aleichem.
Deux disques à écouter dans un cadre feutré, en regardant tomber la neige.

Sur The Rain Horse, Rob Burger, plus connu jusque là pour ses talents d’accordéoniste au sein du Tin Hat Trio et sur le volume 18 des Filmworks (The Treatment), est au piano. On avouera n’être que moyennement enthousiasmé par son jeu sur l’instrument, surtout entre deux musiciens qui ont eux la parfaite maîtrise du leur, Erik Friedlander au violoncelle et Greg Cohen à la contrebasse. Mais la toute relative « faiblesse » du jeu de Burger au piano ne masque jamais la qualité des thèmes écrits par Zorn. Ainsi ce très beau Forests in The Mist :

John Zorn (Rob Burger/Erik Friedlander/Greg Cohen) – Forests in The Mist (Filmworks XIX, The Rain Horse 2008, Tzadik)



Et le niveau monte encore d’un cran quand Rob Burger laisse la parole au fantastique duo violoncelle/contrebasse :

John Zorn (Greg Cohen/Erik Friedlander) – Dance Exotique (Filmworks XIX, The Rain Horse 2008, Tzadik)




La musique de Sholem Aleichem voit la réapparition de la harpiste Carol Emanuel, une musicienne qu’on avait peu entendu depuis ses prestations remarquées dans les pièces Godard/Spillane de Zorn, au milieu des années 80.
Un retour réussi, d’autant que cette fois, la harpiste est accompagnée par un Rob Burger accordéoniste mais aussi du Masada String Trio au complet, soit Erik Friedlander et Greg Cohen ainsi que Mark Feldman au violon.
L’association des cordes et de l’accordéon faisait déjà bon ménage sur The Treatment mais prend encore une autre dimension avec l'ajout de la harpe. On retrouve les « gimmicks » thématiques de Zorn et ce volume prend parfois des allures de cabaret noir magique.

John ZornShalom, Sholem ! (Filmworks XX, Sholem Aleichem 2008, Tzadik)




Enfin, toujours sur Tzadik, c’est le bassiste Trevor Dunn qui sortait il y a quelques semaines son disque de musiques de films, Four Films. Où l’on retrouve les influences d’Ennio Morricone et surtout des premiers volumes des Filmworks de John Zorn et de Marc Ribot. Des miniatures s’attachant à créer des climats cinématographiques (la « musette » de Paris Whore, "Les Prostitués de Paris").

Trevor Dunn - Isabelle (Four Films 2008, Tzadik)


16/10/2008

PLAT DU JOUR 17 - Ep.02 - Danilo Perez, McCoy Tyner


Si vous êtes allergiques au sucre, ne vous arrêtez pas sur le nouveau disque du pianiste Danilo Perez, membre émérite de l’actuel quartet du saxophoniste Wayne Shorter.
Across The Crystal Sea est un voyage sur de grandes vagues de cordes qui rendent la digestion parfois difficile. Mais on y croise aussi une sirène, la chanteuse Cassandra Wilson, impériale sur deux titres. Au final, on passe trop régulièrement de la gourmandise à l’écoeurement sur cette mer de cristal.

Danilo Perez feat.Cassandra WilsonLazy Afternoon (Across The Crystal Sea 2008, UniversalJazz)




Si Danilo Perez restera probablement longtemps associé au nom de Wayne Shorter, difficile de dissocier un autre pianiste, McCoy Tyner, d’un autre légendaire saxophoniste, John Coltrane.
Mais point de saxophone sur Guitars, drôle de projet qui voit Tyner dialoguer avec les guitaristes Marc Ribot, Bill Frisell, Dereck Trucks, John Scofield ou le joueur de banjo Bela Fleck.
On peut apprécier les associations de Tyner avec Frisell ou Scofield mais on restera beaucoup plus réservé sur les apparitions de Ribot, Trucks ou Bela Fleck.
Entre plages d’improvisation pas vraiment passionnantes et bœufs blues, on entend McCoy Tyner se faire plaisir et c’est sans doute là l’essentiel.

McCoy Tyner feat.Bill Frisell - Oma (Guitars 2008, HalfNoteRecords)


14/10/2008

PLAT DU JOUR 17 - Ep.01, Le Mix - Lucinda Williams, Jolie Holland, B.B.King, John Zorn, Bob Dylan, Danilo Perez, McCoy Tyner


Spadee Sam presents – Plat du Jour 17 Mix

01 – McCoy Tyner with Marc Ribot500 Miles (Guitars 2008, McCoyTynerMusic)
02 – Danilo PerezAcross The Crystal Sea (Across The Crystal Sea 2008, UniversalJazz)
03 – John ZornMamme Loshen (Filmworks XX : Sholem Aleichem 2008, Tzadik)
04 – B.B.KingBackwater Blues (One Kind Flavor 2008, Geffen)
05 – Lucinda WilliamsTears of Joy (Little Honey 2008, LostHighway)
06 – Bob DylanAin’t Talkin’ (Tell Tale Sign-Bootleg Series Vol.08 2008, Columbia)
07 – Lucinda WilliamsHeaven Blues (Little Honey 2008, LostHighway)
08 – Jolie HollandFox in Its Hole (The Living and The Dead 2008, Anti)
09 – John ZornLucky Me, I’m an Orphan! (Filmworks XX : Sholem Aleichem 2008, Tzadik)
10 – Jolie HollandLove Henry (The Living and The Dead 2008, Anti)

Le légendaire pianiste de John Coltrane s’amuse avec Marc Ribot, comme le fait le celui du quartet actuel de Wayne Shorter avec le grand orchestre de Claus Ogerman qu’on avait entendu en 1977 « Amoroso » de Joao Gilberto. Sinon, John Zorn et la harpe de Carol Emmanuel pour des nouvelles musiques de films, B.B.King ressuscité par T-Bone Burnett, les fonds de tiroir de Bob Dylan et deux fortes têtes de la chanson américaine, Jolie Holland et Lucinda Williams, de retour pour le meilleur et pour le pire.

13/10/2008

PLAT DU JOUR 16 - Rodney Crowell, Madlib, James Taylor, Mark Kozelek

Le label YepRoc est en passe de devenir le refuge pour songwriter de luxe. Ainsi sort ces temps-ci le nouvel album de Rodney Crowell, quelques semaines après les excellents derniers Loudon Wainwright et Giant Sand (soit Howe Gelb)

Rodney CrowellSex and Gasoline (clip)

Comme Recovery de Wainwright, Sex and Gasoline est produit par Joe Henry, entouré de sa désormais habituelle équipe, le batteur Jay Bellerose, le claviériste Patrick Warren ou encore le bassiste David Piltch.
Il n’est ainsi pas surprenant de retrouver certains des éléments qui ont fait la réussite d’autres productions de Henry comme I’ve Got My Own Hell to Raise de Betty Lavette, Drill a Hole in that substrate de Jim White ou son propre Tiny Voices.
Autour de la voix aigre douce de Crowell, à mi-chemin entre celles de Bob Dylan et de George Harrison, Sex and Gasoline mélange belles ballades folk, Moving Work of Art, The Night’s Just Right, et morceaux plus enlevés comme celui qui donne son titre à l’album ou ce Funky and The Farm Boy.

Rodney CrowellFunky and The Farm Boy

Joe Henry vient quant à lui donner de la voix, et quelle voix, sur l’émouvant I’ve Done Everything I Can.

Rodney Crowell feat.Joe HenryI’ve Done Everything I Can
Rodney Crowell achève de nous prouver qu'il est un homme de goût avec cette belle session sur la radio WXPN où il partage l'affiche avec l'une de nos artistes favorites, la violoniste et désormais chanteuse Jenny Scheinman.
Rodney Crowell and Jenny Scheinman - Live at World Café, WXPN

En toute modestie, Rodney Crowell propose avec Sex and Gasoline son meilleur disque à ce jour, un de ceux qu’on écoutera souvent en attendant le printemps.

Un autre qui s’écoute très bien près de la cheminée c’est Mark Kozelek. On l’a déjà dit, mettre un disque de Kozelek dans la platine, c’est le bourdon assuré. Mais le californien chante de mieux en mieux et ses chansons ont gagné en concision avec le temps.
Au début de l’année est paru April avec son nouveau groupe Sun Kil Moon et dont Moorestown n’est qu’une des superbes chansons.

Sun Kil MoonMoorestown

Plus récemment, Kozelek a sorti 7 Songs Belfast, recueil de morceaux live joués en solo. Pour l’humour, passez votre chemin. Mais si vous cherchez de la musique pour vos automnales fins d’après-midi dominicaux, vous êtes à la bonne adresse.

Mark KozelekAround and Around

Un autre grand songwriter publie son album de reprise. James Taylor rend avec Covers une copie tout à fait acceptable à défaut d’être inoubliable, enregistrée en dix jours avec ses musiciens au complet dans une petite maison du Massachusetts. En tout cas, l’album débute de la meilleure des manières avec cette reprise de It’s Growing, composée par Smokey Robinson et popularisée par les Temptations.

James TaylorIt’s Growing


On quitte l’univers folk pour celui du hip-hop, avec le dernier album du producteur Madlib. Wlib Am, King of The Wigflip est le dernier chapitre des Beat Generation Series, offrant carte blanche le temps d’un disque un producteur (King Britt, Jazzy Jeff, Jay Dee, Will I Am,...).
Wlib Am est comme son nom l’indique conçu comme une émission de radio et fourmille de samples soul. Si tout le disque est excellent, certaines plages atteignent des sommets, comme ce Life avec Kerriem Riggins :

Madlib feat.Kerriem RigginsLife

Ou le magnifique Yo Yo Affair Pt.1 et 2 avec la chanteuse Frezna :

Madlib feat.FreznaYo Yo Affair Pt.1 & 2


Bonne semaine!

07/10/2008

JAZZDOR STRASBOURG-BERLIN 2008 - Ep.08, 04/10 - Elisabeth Kontomanou + MegaOctet d'Andy Emler

Double plateau luxueux pour cette dernière soirée au Kino Babylon, avec d'abord le quartet d’Elisabeth Kontomanou. On ne s’y attardera pas si ce n’est pour dire que, classique, sa musique n’en demeure pas moins plutôt pas mal.

Mais beaucoup plus passionnante est la musique du MegaOctet d'Andy Emler. Un final en fanfare avec 9 musiciens formidables. Exceptionnelles qualités d’écriture et d’arrangements, humour du chef d’orchestre, solistes superbes, le MegaOctet est à l’heure actuelle l’un des plus grands orchestres du monde, sorte de pendant français et européen au Bar Kokhba Sextet de John Zorn avec François Verly en Cyro Baptista national !
Difficile de souligner le talent de chacun des musiciens, celui du lutin rouge saxophoniste Laurent Dehors dont il ne faudra pas rater la formation Tous Dehors en novembre à Strasbourg, celui du contrebassiste Claude Tchamitchian ou du batteur a la frappe rapide, sèche et démoniaque Eric Echampard. Avec Laurent Blondiau, Thomas de Pourquery, Philippe Sellam et François Thuillier, le MegaOctet est un feu d’artifices permanent, sans cesse surprenant par des prises de paroles, des atmosphères, des faits de jeu désarçonnants. Et quand on voit sur les visages un tel plaisir de jouer, une telle communion à travers la musique, on comprend que celle-ci, comme le reste, n’est belle et ne véhicule des émotions que lorsqu’elle est l’affaire de types biens. Autour d’Andy Emler, impossible d’envisager autre chose. Ce nouveau répertoire du MegaOctet marque le début d’une aventure qui s’apprête à tout renverser sur son passage. Vraiment, allez participer à la fête !


Vous pouvez voir ici quelques photos des musicien présents à Berlin, prises par le photographe Christophe Huber.

JAZZDOR STRASBOURG-BERLIN 2008 - Ep.07, 04/10 - Hélène Labarrière solo

Dernière soirée à Berlin. Peu avant 20 heures, Hélène Labarrière arrive au Roter Salon pour y jouer en solo. Incertitudes sur le public, sur le bruit dans cette salle avec bar.
A 20h 10, la contrebassiste a débuté et la salle est comble, silencieuse. Pendant 45 minutes, l’attention de cette dernière va être totalement tournée vers la performance d’Hélène Labarrière et de son programme autour de quelques chansons françaises. Fais Moi Mal, Johnny de Boris Vian, et son refrain, groove imparable qui roule sur les cordes de la contrebasse, Avec Le Temps de Léo Ferré, pris à l’envers pour mieux en tirer la substantifique moëlle mélodique. L’émotion est palpable tandis que la musicienne s'empare de son archet. Ses quelques mots de présentation en allemand sont écoutés avec attention. Et puis, alors qu’elle termine un morceau d’une beauté lumineuse, où son plaisir de jouer est communicatif devant un public subjugué, arrive l’impensable. 3/4 d'heure, c’était le temps qui lui était donné pour jouer, pas une minute de plus. Alors le gérant de la salle menace d’éteindre les lumières, harangue le public devant la musicienne désarçonnée. La bronca des spectateurs n’y fera rien, le concert est arrêté avant même qu’elle ait pu terminer son programme, remercier le public. Mais les longues minutes d’applaudissement nourris pour la musicienne ne doivent pas tromper sur leur signification : c’est bien la performance d’Hélène Labarrière qui est saluée, intense, émouvante, joyeuse, totale. A ce point d’investissement dans la musique, personne ne pouvait se tromper.
Avant d'avoir la chance d'entendre Hélène Labarrière en concert, ne vous privez surtout pas de l'écoute de son excellent dernier disque, Les Temps Changent (Emouvance/Abeille 2007), avec Hasse Poulsen à la guitare, Christophe Marguet à la batterie et François Corneloup au saxophone.

JAZZDOR STRASBOURG-BERLIN 2008 - Ep.06, 03/10 - Le Trio de Clarinettes

Après l'émotion procurée par ce Lenin On Tour, il était difficile de se replonger dans la musique pour aller écouter le Trio de Clarinettes. Mais l’effort fut largement récompensé. Car Armang Angster, Sylvain Kassap et Jean-Marc Foltz ont donné à leur tour un excellent concert, loin de tout hermétisme, dans ces élégantes lignes mélodiques croisées, tissées par ces trois superbes instrumentistes. Dans la salle de ce cinéma au haut plafond, on appréciait toutes les nuances des sons qui s’échappaient des différentes clarinettes utilisées.
Angster, Kassap et Foltz laissèrent beaucoup de place aux silences, aux respirations, à la mise en avant des partenaires, chacun leur tour jouant une pièce solo autour de laquelle l’écoute des deux autres semblait d'une importance égale. Elégant, subtil, délicat dans sa manière d’évoluer autour d’une écriture ciselée, Le Trio de Clarinettes a donné dans des conditions pas évidentes un de ces concerts dont on sort heureux.